Au Royaume
L’hydrogène vert, catalyseur de l’emploi
La filière devrait permettre la création de 30.000 emplois directs annuellement et davantage d’emplois indirects. Un gros effort est fait au niveau de la formation pour répondre aux besoins en compétences des industriels.
Le secteur de l’hydrogène vert occupera une place de choix dans la stratégie du gouvernement en matière d’emploi, et dont les détails seront présentés prochainement. L’Exécutif, qui a fait de la bataille pour l’emploi l’un des piliers de sa deuxième moitié de mandat, s’attend à des retombées positives de l’hydrogène vert sur le marché du travail, une fois que cette industrie en devenir atteindra son rythme de croisière. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si Younes Sekkouri, ministre de l’Inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences, était l’un des invités de marque du Sommet mondial Power-to-X qui s’est tenu récemment à Marrakech et qui s’est focalisé sur les enjeux et les opportunités liés à l’hydrogène vert, un secteur où le Maroc nourrit de grandes ambitions et pour lequel le Royaume se positionne en tant que hub mondial de production compétitive. Le ministre de l’Emploi avait en effet plusieurs messages à délivrer à ce sujet. Le premier, c’est que l’hydrogène vert, avec les secteurs associés, devrait apporter une contribution notable au marché du travail, puisqu’il devrait permettre, selon Sekkouri, la création de quelque 30.000 emplois directs annuellement, ce qui correspond à peu près à 10% des besoins annuels du Maroc, chiffrés à 300.000 emplois.
L’impact en termes d’emplois indirects serait encore plus significatif eu égard à ses effets sur d’autres secteurs productifs. «Ce secteur est non seulement porteur en termes de création d’emplois directs, mais offre également un fort potentiel pour générer des emplois indirects et induits. L’hydrogène vert impacte le secteur des énergies renouvelables, celui de l’industrie avec la décarbonation, mais aussi celui de la mobilité électrique, qui sont des chantiers phares pour notre pays», a expliqué Sekkouri.
L’autre message clé délivré par le ministre est que le Maroc a pris les devants en matière de formation pour répondre aux besoins en compétences. Un argument qui fait mouche auprès des investisseurs. «Nous avons déjà anticipé l’offre en matière de formation, parce qu’il s’agit d’employer de jeunes Marocains qui ont des compétences en la matière. Nous disposons déjà de trois instituts spécialisés, les Ifmeree (Instituts de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique) à Oujda, Tanger et Ouarzazate, qui dispensent une très bonne formation pour les techniciens spécialisés dans l’éolien, le photovoltaïque et l’efficacité énergétique», a indiqué le ministre, qui cite aussi les instituts qui dépendent de l’OFPTT, comme l’Institut spécialisé de formation dans les métiers des énergies renouvelables de Tarfaya.
Enfin, l’hydrogène vert sera au cœur de la feuille de route du gouvernement pour l’emploi. Cette feuille de route, qui sera annoncée avec le projet de Loi de finances 2025, introduira des mesures spécifiques visant à promouvoir l’emploi dans le secteur de l’hydrogène vert. Ces mesures incluent des incitations fiscales, des subventions directes et des initiatives pour encourager l’innovation et la recherche dans ce domaine. «Cet appui, qui se fait déjà partiellement à travers la nouvelle Charte de l’investissement, se fera de façon plus spécifique et agressive pour accompagner le secteur de l’hydrogène vert qui a un business model bien particulier», a fait savoir le ministre.
L’Offre Maroc séduit
En attendant la concrétisation des premiers projets d’investissement, le Maroc continue de promouvoir son offre en matière d’hydrogène vert auprès des investisseurs nationaux et internationaux. Rendue publique le 11 mars 2024 par une circulaire du chef du gouvernement, l’Offre Maroc en matière d’hydrogène vert suscite en effet un intérêt grandissant, en témoigne la participation de quelque 1.600 1.600 experts, décideurs politiques, leaders industriels et chercheurs, nationaux et internationaux, à la 4e édition du Sommet mondial Power-to-X, organisée à Marrakech par l’Iresen en partenariat avec le Cluster Green H2, l’UM6P et Masen. Le principal message délivré aux investisseurs par les autorités marocaines est clair : l’Offre Maroc en matière d’hydrogène vert est transparente, pragmatique et procure de la visibilité aux investisseurs, que ce soit en termes de mesures incitatives, de process sur la chaîne de contractualisation, et surtout de foncier avec la mobilisation de près d’un million d’hectares, dont 300.000 seront accessibles dans une première phase (un facteur qui, selon les panélistes, distingue la proposition du Maroc de celle d’autres pays), le tout chapeauté par une gouvernance renforcée, avec Masen en point focal.
«Ce Sommet a été pour nous l’occasion de présenter les avantages et les capacités du Maroc en matière d’hydrogène vert. L’Offre Maroc procure énormément d’opportunités aux investisseurs. Le moment est venu d’œuvrer, ensemble, avec nos partenaires du secteur privé et public dans ce domaine», a déclaré Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable. La ministre n’a pas manqué de souligner la nécessité de trouver des solutions de financement innovantes afin d’assurer la pérennité et la compétitivité des projets. L’un des principaux défis à relever réside notamment dans le fait de massifier les financements dans le réseau électrique, pour pouvoir fournir une énergie propre et à moindre coût. L’objectif, in fine, est de parvenir à un coût de production de deux dollars par kilo d’hydrogène vert.
Quatre conventions pour renforcer la collaboration public-privé
Quatre conventions relatives au domaine de l’hydrogène vert ont été signées en marge de la 4e édition du World Power-To-X Summit. Ces conventions visent à renforcer la coopération entre les acteurs publics et privés, tant au niveau national qu’international, afin d’accélérer le développement de projets intégrés dans le secteur de l’hydrogène vert au Maroc. Elles concernent également la mise en place de solutions innovantes pour la production, le transport et le stockage de cette énergie propre, ainsi que le renforcement des capacités industrielles et technologiques nécessaires à sa compétitivité.
Ainsi, la première convention a été conclue entre l’Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles (Iresen) et le Centro para el Desarrollo Tecnológico Industrial (CDTI), une entité publique d’affaires relevant du ministère espagnol de la Science, de l’innovation et des universités, qui promeut l’innovation et le développement technologique des entreprises. Le deuxième mémorandum d’entente, signé entre l’Iresen et le Cluster Tweed, concerne l’innovation dans le stockage de l’énergie et la production d’hydrogène vert pour l’industrie marocaine. S’agissant du troisième protocole d’accord, conclu entre l’Iresen et Mohring Energie Maroc, il porte sur la coopération technique, la démonstration de technologies et la recherche et développement (R&D). Enfin, la dernière convention, signée entre le Cluster Green H2, Fidaroc Grant Thornton et UGGC Africa Lawfirm a pour objectif de créer une plateforme d’expertise multidisciplinaire pour l’écosystème de l’hydrogène vert au Royaume.
