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Au Royaume

La route atlantique : Le Maroc achève de construire une vaste entité régionale

En combinant trois initiatives, le Gazoduc Maroc-Nigéria, l’Afrique Atlantique et l’offre d’accès à la mer pour les pays du Sahel, le Royaume est en passe de constituer un «bloc africain» de première importance.

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Samedi 23 décembre, les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Tchad ont officialisé l’adhésion de leurs pays à l’Initiative royale pour favoriser l’accès des États du Sahel à l’océan Atlantique. Initiative qui, personne ne l’ignore, offre de grandes opportunités pour la transformation économique de l’ensemble de la région. Les chefs de la diplomatie des quatre pays ont fait le déplacement à Marrakech pour une première réunion de coordination. Au terme de cette première rencontre, après avoir salué l’initiative intégratrice du Royaume, les quatre pays, en plus du Maroc, ont décidé de mettre en place une task force nationale dans chaque pays, et ce, afin de préparer et proposer les modalités d’opérationnalisation de cette initiative.

Ils se sont également mis d’accord pour procéder, dans les meilleurs délais, à la finalisation des propositions à soumettre à l’attention du Souverain et des chefs d’État des quatre autres pays. Le Maroc, rappelons-le, offre de mettre à la disposition des États du Sahel ses infrastructures routières, portuaires et ferroviaires en vue de renforcer leur participation au commerce international. Cependant, et comme il a été souligné à la fin de cette réunion, «pour qu’une telle proposition aboutisse, il est primordial de mettre à niveau les infrastructures des États du Sahel et de les connecter aux réseaux de transport et de communication implantés dans leur environnement régional».

Seulement, pour peu que l’on connaisse la géographie de la région, certaines parties n’ont d’ailleurs pas manqué de le relever en riant sous cape, le Maroc n’a de frontières communes avec aucun de ces quatre pays. Qu’à cela ne tienne. Et c’est là que Nasser Bourita sort son joker. En fait, cette Initiative royale inclura bel et bien la Mauritanie. Le ministre des Affaires étrangères a d’ailleurs confirmé que le sujet avait déjà été évoqué avec son homologue mauritanien en marge du Forum russo-arabe, tenu à Marrakech le 20 décembre. Il a également mentionné que le Roi Mohammed VI considère que le succès de cette Initiative ne peut se concevoir sans une implication constructive, positive et concrète de la Mauritanie. Plusieurs observateurs n’écartent pas non plus l’adhésion à cette Initiative du Sénégal dont le ministre du Pétrole et des énergies a souligné l’engagement de son pays à contribuer au succès du projet stratégique de gazoduc Nigéria-Maroc. Ironie du sort, juste après avoir réintégré sa grande famille l’UA, en janvier 2017, le Royaume a fait une demande pour rejoindre la CEDEAO. Pour des raisons politiques et accessoirement économiques, la demande n’a toujours pas abouti. Six ans plus tard, ce sont les pays de la CEDEAO qui viennent vers le Maroc à travers les deux initiatives Afrique Atlantique et Sahel Atlantique et qui seront reliés à la fois par le gazoduc et un réseau logistique avec des infrastructures et des voies terrestres, ferroviaires et maritimes.

Partenaire fiable et loyal
Dans les différentes déclarations des responsables des quatre pays, on retiendra que pour eux le Maroc est un partenaire «fiable et historiquement loyal, qui propose des solutions sans arrière-pensée et sans jugement». L’Initiative du Souverain a le potentiel, avéré et bien réel, et la finalité de désenclaver la région, de dynamiser le commerce, de favoriser l’intégration régionale et de sécuriser le Sahel à travers le développement économique et social, ce en quoi les pays appelés à l’intégrer croient. Il n’en reste pas moins que des projets similaires existent, depuis des années, sinon des dizaines d’années, mais qui n’ont jamais abouti, sans doute en raison de leurs motivations politiques et en tout cas n’ayant rien à voir avec le développement et l’intégration régionale.

C’est le cas justement de la route transsaharienne, dont l’idée remonte aux années 60, qui devait connecter Alger à Lagos, sur 4.800 km, en reliant six pays : l’Algérie, la Tunisie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Nigéria. En 2021, l’Algérie avait annoncé que le projet était sur le point d’être achevé et devait initialement entrer en service l’année prochaine, c’est-à-dire 2024. Il en est encore très loin. Ce projet pour lequel s’est enthousiasmée l’Algérie ces dernières années avec dans la tête l’idée d’isoler le Maroc tombe, pour ainsi dire, à l’eau. Et pour cause, en plus du retard du chantier, Alger et Bamako viennent de rompre leurs relations diplomatiques et les rapports entre le Niger et son voisin du nord ne sont pas non plus au beau fixe, alors que le Nigéria a réduit au strict minimum ses relations politiques avec l’Algérie. Tout comme d’ailleurs le projet du pipeline transsaharien que l’Algérie a offert de financer en grande partie et qui est censé dissuader le Nigéria d’aller de l’avant dans le mégachantier du gazoduc reliant ce pays au Maroc et passant par 13 États de la région. On comprend maintenant le sens des termes avec lesquels les quatre pays ont qualifié leur partenariat avec le Royaume et l’on mesure l’importance qu’ils accordent à cette Initiative royale.


Alger : processus d’isolement terminé

Il y a un peu plus de deux ans, Rached Ghannouchi, le chef des frères musulmans en Tunisie et accessoirement président du Parlement, alors que le pays entamait son alignement sur son voisin de l’ouest, avait appelé à la réactivation de l’UMA, mais sans le Maroc. Aujourd’hui, les deux pays se trouvent isolés, à la marge d’une nouvelle dynamique régionale englobant non seulement le Maroc et la Mauritanie, mais également les quatre pays du Sahel. La Libye étant toujours en phase de reconstruction. Et là encore, le Maroc est très impliqué dans le processus en accompagnant les partenaires libyens à arriver à un accord pour la restauration de leurs institutions. Sur un autre registre, et comme les rapports entre l’Algérie et le G5 Sahel se sont disloqués au point que le voisin du nord a été éjecté de toutes les initiatives de recomposition régionale, notamment l’Alliance du Sahel, ce pays se retrouve coupé de son prolongement africain et voit capoter tous ses projets d’isoler le Maroc, par le truchement des séparatistes du Polisario. Le gazoduc transsaharien qu’il a proposé de financer et qui devait passer par le Niger est jeté aux oubliettes au même titre que la route qui devrait relier Bamako à Tamanrasset et puis à Alger, dans le cadre du projet de «la Transsaharienne», pour lequel le pays a déboursé jusque-là 2,6 milliards de dollars.