Au Royaume
Finances publiques : Le chemin est balisé
Dette maîtrisée, inflation contenue, croissance soutenue, chantiers sociaux avancés ou même achevés… À deux mois des élections,
la situation économique et sociale est bien meilleure qu’il y a cinq ans. Avec la programmation triennale déclinée, la voie est tracée.
Une semaine après la clôture de la dernière session parlementaire et donc de la législature, Nadia Fettah Alaoui, ministre de l’Économie et des Finances, est revenue au Parlement pour le dernier «oral» de son mandat. Devant les deux commissions réunies des finances, la ministre a exposé l’état d’exécution de la Loi de finances de 2026, mais surtout des performances du gouvernement sortant, des réalisations incomparables au vu du contexte dans lequel il a pris la gestion des affaires publiques.
Concrètement, comme le veut désormais la loi, la ministre a présenté l’exécution de la Loi de finances 2026, le cadre général de l’élaboration du projet de Loi de finances 2027 et la programmation budgétaire triennale 2027-2029. Sur le fond, la ministre a brossé l’état des lieux de l’économie nationale et tracé les grandes lignes des finances publiques pour l’équipe à venir. Non seulement tous les voyants sont au vert, avec un rythme de croissance de l’économie de 5,3% au terme de cette année, mais aussi l’équipe Akhannouch – c’est une nouveauté –, en plus d’élaborer le projet de Loi de Finances qui sera présenté au Parlement quelques semaines après les élections, a déjà conçu une sorte de «feuille de route» pour les trois premières années du futur Exécutif.
Faut-il rappeler au passage que lorsque le chef du gouvernement avait présenté son programme en 2021, il avait promis un taux de croissance de 5% vers la fin de son mandat. Plusieurs acteurs politiques, et même économiques, avaient douté de sa capacité à tenir cette promesse. Pour eux, c’était irréalisable. Mais lui, il a fini par le réaliser.
Si le gouvernement Akhannouch a été amené à gérer à la fois une difficile sortie de la crise sanitaire, les retombées de la crise russo-ukrainienne et une période de sécheresse déjà installée pour durer, pour l’équipe issue des législatives du 23 septembre, la voie est déjà tracée. Certes, avec le retour des pluies et surtout le déploiement à grande échelle du programme national de l’eau, avec ses principales composantes, le renforcement du stockage, le dessalement, l’interconnexion des bassins et la réutilisation des eaux usées, la question du stress hydrique n’est plus posée avec la même acuité qu’il y a cinq ans.
Cependant, la donnée géopolitique, avec le risque d’inflation importée, n’a pratiquement pas changé. Elle est désormais intégrée dans les hypothèses du gouvernement.
Néanmoins, comme l’a souligné la ministre, «la programmation budgétaire triennale 2027-2029 repose sur la poursuite de la mise en œuvre des grands chantiers et la consolidation de l’État social». Le gouvernement, a-t-elle précisé, «table sur un taux de croissance de 4,1% en 2027, puis de 4,2% en 2028 et en 2029».
Une croissance appelée à se transformer en points de développement humain, en une meilleure répartition régionale de la richesse et surtout en postes d’emploi.
Une croissance qui crée de l’emploi
Selon la ministre, dans le cadre du principe de la continuité de l’État, le futur gouvernement devrait poursuivre l’achèvement des chantiers stratégiques et l’accélération des grandes réformes. Et ce, de manière à consolider les acquis, à assurer leur pérennité et à ouvrir de nouvelles perspectives pour la poursuite de la dynamique économique et sociale au cours de la prochaine phase.
Cela, «tout en veillant au renforcement de l’efficacité des politiques publiques et à la préservation des équilibres économiques et financiers».
Ce qui aura sans doute un impact positif sur l’emploi et le déploiement des politiques sociales. En matière d’emploi justement, les effets des années successives de sécheresse continuent de peser sur le marché du travail, particulièrement en milieu rural.
«Depuis 2019, le secteur agricole a perdu près de 905.000 emplois, dont la majorité étaient non rémunérés», a souligné la ministre.
Le marché du travail, laisse-t-elle entendre, «a toutefois amorcé une évolution favorable à partir du second semestre 2024, qui s’est consolidée en 2025 avec la création nette de 193.000 emplois.
Il s’agit du meilleur bilan annuel depuis 2006, hors année 2021, marquée par un rattrapage exceptionnel des emplois perdus durant la pandémie de Covid-19». Cette dynamique a contribué à ramener le taux de chômage à 13% en 2025, avec une amélioration de 0,5 point en milieu urbain, où il s’est établi à 16,4%. Le chômage demeure néanmoins élevé, notamment parmi les jeunes, les femmes et les diplômés.
Au premier trimestre 2026, les premiers résultats de la nouvelle enquête sur la main-d’œuvre font ressortir un effectif de 10,364 millions de personnes occupant un emploi rémunéré, tandis que le taux de chômage, mesuré selon le concept strict, s’est établi à 10,8%. «Les données rétrospectives étant encore en cours d’élaboration, elles ne permettent pas, à ce stade, d’effectuer des comparaisons temporelles précises», indique la ministre. Toutefois, ces indicateurs «confirment l’amélioration progressive du marché du travail, tout en mettant en évidence la persistance des défis liés à l’emploi en milieu rural et à l’insertion professionnelle des jeunes, des femmes et des diplômés».
La feuille de route léguée au prochain gouvernement insiste surtout sur la consolidation des fondements de l’État social, mais aussi sur l’équité territoriale avec la mise en œuvre de la nouvelle génération des programmes de développement territorial. L’objectif étant, bien entendu, le renforcement de la complémentarité entre les dimensions économique, sociale et territoriale. Une démarche où l’un ne va plus sans l’autre et où la logique du résultat prime. C’est ainsi que sera poursuivie la mise en œuvre des grands chantiers et des stratégies sectorielles, qui va de pair avec la généralisation du chantier de la protection sociale, par l’élargissement du champ des bénéficiaires et le renforcement de la soutenabilité du financement des différents régimes de protection sociale.
L’État social définitivement installé
La prochaine étape sera surtout inscrite, souligne la ministre, sous le thème de la valorisation du capital humain et de renforcement de l’inclusion économique et sociale.
Cela par la poursuite de la réforme des systèmes d’éducation et d’enseignement et la mise en œuvre effective de la feuille de route de l’emploi. Le déploiement imminent de la nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré permettra sans doute d’améliorer l’accès aux services publics de base, de réduire les disparités territoriales, de soutenir les catégories vulnérables et d’améliorer les conditions de vie de la population dans l’ensemble des régions du Royaume. Le gouvernement sortant laisse également en héritage à son successeur un climat d’affaires assaini, avec à l’appui des instruments d’incitation à l’investissement productif. Cela à travers la poursuite de la mise en œuvre de la Charte de l’investissement, la simplification des procédures administratives, un dernier décret relatif aux CRI et aux CRUI, ayant été adopté pas plus tard que le 22 juillet dernier, et l’accélération de la réalisation des projets d’investissement à impact économique et social.
Le gouvernement sortant a tout ainsi contribué, même œuvré, largement à la création d’un environnement propice à l’investissement productif pour l’emploi et la valeur ajoutée, à travers une répartition équitable des mécanismes de soutien à l’investissement dans l’ensemble des régions du Royaume et le renforcement de leur gouvernance régionale.
En parallèle, la consolidation de la souveraineté industrielle, par la poursuite du développement des infrastructures, le soutien à l’industrie nationale, l’encouragement de l’innovation et la valorisation du label «Fabriqué au Maroc» constituent un levier du développement industriel et territorial. À cela s’ajoutent le renforcement et le développement, actuellement en chantier, des infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et aéroportuaires.
Cela sans oublier le grand chantier qui va également changer la vie quotidienne des citoyens: la transformation digitale actuellement en phase d’accélération avec le développement, en même temps, d’une infrastructure solide capable de renforcer la connectivité réseau, les capacités de cloud computing ainsi que la sécurité et la transparence des données.
Pour finir, la ministre a également évoqué un chantier, et non des moindres, qui va complètement transformer le visage du Maroc: l’énergie. Fettah Alaoui a mis en avant la consolidation de l’indépendance énergétique et transition vers les énergies propres, via le développement de l’hydrogène vert et la mise en œuvre de la feuille de route du gaz naturel. Un chantier – les récents événements le montrent – qui est déjà largement avancé et qui fera du Royaume, aujourd’hui fort indépendant des hydrocarbures, un pays exportateur net d’énergie dans quelques années à venir.
