Evénement
Maroc–Royaume-Uni : Les implications d’une décision majeure
En soutenant le plan d’autonomie au Sahara marocain, le Royaume-Uni ouvre un nouveau chapitre dans ses relations avec le Maroc. C’est le troisième membre permanent du Conseil de sécurité à franchir le pas. Comme pour les États-Unis et la France, il s’engage à promouvoir cette position au niveau bilatéral et international.
C’est un tournant. Le Royaume-Uni devient, depuis le 1er juin, la troisième puissance et membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU à soutenir le Plan d’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine, après les États-Unis, en 2020, et la France depuis juillet de l’année dernière.
Jusque-là, le Royaume-Uni considérait le Sahara marocain comme un territoire dont le statut restait «indéterminé», tout en soutenant «l’autodétermination» du «peuple du Sahara occidental». Dans les jours à venir, la nouvelle décision sera notifiée et déposée à l’ONU.
Et comme dans le cas des États-Unis, de la France, de l’Espagne et de toutes les principales puissances qui soutiennent le Plan d’autonomie, le Royaume-Uni s’est engagé à «continuer d’agir sur le plan bilatéral, notamment en matière économique, ainsi que sur les plans régional et international, conformément à cette position, afin de soutenir le règlement du différend».
C’est pour mesurer l’ampleur de cette décision qui, évidemment, n’est pas fortuite.
Avant d’en arriver à la déclaration conjointe du 1er juin, signée par les ministres des Affaires étrangères des deux Royaumes, Nasser Bourita et David Lammy, c’est un long processus diplomatique qui a été mené pour consolider le rapprochement entre les deux pays.
Le Maroc avait conclu un partenariat stratégique avec le Royaume-Uni avant même sa sortie de l’UE, dont l’entrée en vigueur a eu lieu au lendemain du Brexit.
C’était déjà un exploit diplomatique «historique» pour le Maroc. Souvenons-nous, le recours en justice qui a abouti à l’annulation par la Cour de justice de l’UE des accords de pêche et de l’agriculture avait été initié devant la justice britannique, en 2015.
Entre-temps, cette même justice a décidé de mettre fin à son instrumentalisation pour servir les intérêts étriqués du Polisario et son mentor, le régime algérien, portés par des ONG montées de toutes pièces à cet effet (WSC-UK et WSRW-UK, entre autres).
En mai 2023, la Cour d’appel de Londres avait confirmé le rejet irrévocable d’une requête du Polisario, présentée par le biais de WSC-UK, contre l’Accord d’association Maroc–Royaume-Uni.
Avec cette décision, le Royaume-Uni, tout en sécurisant définitivement, sur le plan juridique, ses accords avec le Maroc, montrait la voie à d’autres pays du Commonwealth (56 États). C’était aussi le premier signe concret des prémices du changement de la position de ce pays sur la question du Sahara.
Aujourd’hui, c’est chose faite. En plus d’être le troisième pays ayant le droit de veto au CS de l’ONU, la décision du Royaume-Uni ne manquera pas d’avoir un écho auprès du reste des membres du Commonwealth.
Et si l’on tient en compte la nouvelle position du Kenya, également en faveur du Plan d’autonomie, exprimée lundi 26 mai, tout porte à croire que le Maroc est en train d’opérer une percée majeure dans le clan des pays anglophones africains.
Effet d’appel
Et comme dans tout deal de ce genre entre les États – les relations internationales étant ainsi faites –, ce changement de position britannique n’est pas un acte isolé de bienveillance diplomatique.
C’est le résultat d’une approche pragmatique où le soutien politique est intrinsèquement lié à la sécurisation d’avantages économiques tangibles et à l’alignement sur une stratégie géopolitique occidentale plus large.
Cela n’échappe plus à personne, le Maroc est au cœur de nouveaux plans géopolitiques pour l’Afrique du Nord et tout le continent. La position du Royaume-Uni, qui s’aligne déjà sur celle des États-Unis, de la France, de l’Espagne et de l’Allemagne, renforce la dynamique de reconnaissance qui pourrait exercer une pression sur les pays restants pour qu’ils adoptent une position similaire ou clarifier la leur.
Ce sont déjà 118 pays qui appuient le Plan d’autonomie, il en faut bien moins que ce chiffre pour voter, à l’Assemblée générale, une résolution pour dessaisir la quatrième commission de la question du Sahara.
C’est une option, et cela ne saurait tarder. Toujours est-il que l’engagement de 5 milliards de livres sterling via UK Export Finance illustre l’importance des considérations économiques dans cet accord.
Cette approche, adoptée par la France avec les engagements de l’AFD, y compris pour le Sahara, et les États-Unis avec un soutien financier pour les investissements privés, d’un montant de 3 milliards de dollars, est de nature à inciter d’autres nations à reconsidérer leur position en fonction de leurs propres intérêts économiques et géopolitiques et potentiellement accélérer la reconnaissance du plan marocain.
C’est sans doute pour cette raison que les regards sont portés actuellement sur la Chine, et même la Russie.
Bref, l’engagement de UK Export Finance à «envisager de soutenir des projets dans le Sahara» ouvre directement la voie à des investissements significatifs dans les trois régions du Sahara, marquant une reconnaissance économique de facto de la souveraineté marocaine sur ces régions.
Notons que dans le sillage de cette reconnaissance, une série d’accords ont été signés, portant sur les infrastructures, les marchés publics, le secteur de l’eau, des énergies renouvelables, des transports, de la logistique intelligente et des technologies portuaires vertes.
Le Royaume-Uni a également manifesté son intention de participer aux projets relatifs à l’organisation du Mondial 2030 ainsi qu’à l’industrie de défense naissante au Maroc.
Des projets concrets pour commencer
Une quinzaine d’accords, en comptant un MoU avec le leader de l’industrie de défense, BAE Systems, ont été signés entre les deux pays. Les secteurs ciblés pour la coopération et l’investissement sont diversifiés et stratégiques.
Dans les infrastructures, des projets liés à la Coupe du Monde 2030 sont visés dans des villes hôtes comme Marrakech, Casablanca et Rabat, incluant spécifiquement le projet d’agrandissement de l’aéroport de Casablanca, évalué à 1,2 milliard de livres sterling.
Le secteur de la santé bénéficiera d’un soutien à la réforme, notamment sur le volet digitalisation, un marché estimé à plus de 2 milliards de livres sterling, avec un projet spécifique de construction d’un hôpital à 150 millions de livres sterling à Casablanca, impliquant l’expertise et le financement britanniques.
Un accord de coopération d’une valeur allant jusqu’à 200 millions de livres sterling a été signé pour promouvoir l’expertise britannique en gestion durable de l’eau et des ports, ainsi que dans les technologies portuaires vertes.
Enfin, les deux pays s’engagent à débloquer des projets de croissance verte, comme le projet XLinks. Un nouvel accord de passation de marchés a été établi pour faciliter l’accès des entreprises britanniques aux appels d’offres publics marocains, avec des exemptions de traitement national pour assurer une concurrence équitable.
Le Maroc est stratégiquement positionné et est considéré par le Royaume-Uni comme une «porte d’entrée majeure pour le développement socioéconomique en Afrique» et un «partenaire essentiel pour la croissance de tout le continent».
