Evénement
Maroc IA 2030 : Une stratégie nationale aux ambitions fortes et réalistes
Le Maroc compte générer, grâce à l’intelligence artificielle, 100 MMDH de PIB, avec à la clé la création de 50.000 emplois directs et indirects, en plus de la formation de 200.000 personnes à l’horizon 2030. Zoom sur la Feuille de route nationale de l’IA.
Le 12 janvier 2026 est une date gravée dans le marbre de l’écosystème technologique du Royaume, qui ne cesse de monter en gamme et de gagner en maturité. Elle marque la présentation officielle de la Stratégie Maroc IA 2030, dont l’épine dorsale est constituée des Instituts Jazari, lesquels forment un réseau national de centres d’excellence en formation, recherche et innovation en IA.
La journée organisée à Rabat le 12 janvier, placée sous le thème «AI Made in Morocco», était l’occasion pour la ministre déléguée, chargée de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, Amal
El Fallah Seghrouchni, de présenter dans le détail les grandes lignes de la Feuille de route nationale à même d’accélérer l’essor de l’intelligence artificielle et d’atteindre les objectifs fixés par le Royaume en la matière.
L’organisation de la rencontre tombe à point nommé, puisque dans le paysage technologique mondial, l’IA connaît une industrialisation fulgurante. Pour avoir un ordre de grandeur, en 2025, les investissements privés dans cette technologie moderne ont dépassé la barre symbolique des 200 milliards de dollars, pour culminer autour de 202 milliards de dollars.
Autre donnée édifiante, justifiant amplement l’implémentation de la Feuille de route nationale : la domination des grandes puissances. À titre illustratif, 60% des talents se concentrent aux États-Unis.
La Chine, pour sa part, contrôle la majorité des brevets et des matières premières. Quant à l’Afrique, qui accuse un grand retard dans la course à l’IA, elle abrite seulement 2% des data centers mondiaux et 1,5% des investissements.
«Jazari Root», un pivot central
La journée du 12 janvier, abritée par la capitale administrative, a été ponctuée par plusieurs temps forts, de nature à donner une idée claire sur les principaux piliers de la Stratégie Maroc IA 2030. En cela, elle a acté le lancement officiel de «Jazari Root», cœur fédérateur du réseau national des centres d’excellence en intelligence artificielle, les «Jazari Institutes».
Il importe de préciser que ces centres reflètent l’objectif du Royaume de bâtir un écosystème national de l’intelligence artificielle basé sur l’excellence scientifique, la recherche et l’innovation.
Et ce, en accompagnant la montée en puissance des start-up technologiques, en favorisant l’adoption du numérique par les PME et en consolidant les capacités nationales en matière de développement, d’attraction et de rétention des talents.
Dans la même veine, la rencontre technologique de Rabat a servi de tribune idoine au lancement du laboratoire de recherche et développement en intelligence artificielle, Mistral AI & MTNRA.
Cette initiative fait suite au mémorandum d’entente signé entre le ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’Administration et Mistral AI qui n’est autre que l’un des leaders mondiaux de l’intelligence artificielle générative.
La mise en œuvre de ce partenariat stratégique marque surtout un tournant de la coopération internationale du Maroc dans le domaine des technologies avancées.
En clair, les deux lancements officiels évoqués reflètent l’une des principales ambitions de la Feuille de route nationale, celle d’assurer la souveraineté numérique et l’excellence technologique et de renforcer la coopération internationale. Sachant que le Maroc est appelé à faire office d’acteur régional et africain de référence en matière d’intelligence artificielle.
50.000 emplois d’ici 2030
En termes d’impact économique, les objectifs fixés sont ambitieux dans le cadre de la Stratégie Maroc IA 2030. Selon Amal El Fallah Seghrouchni, l’ambition affichée est de générer, grâce à l’IA, 100 MMDH de PIB, avec à la clé la création de 50.000 emplois directs et indirects, en plus de la formation de 200.000 personnes à l’horizon 2050.
Pour l’heure, force est de constater que le pays s’emploie à multiplier les chances pour atteindre les objectifs ambitieux fixés d’ici l’échéance de 2030. D’ailleurs, on dénombre une multitude de projets dans le pipe et de chantiers lancés.
Citons à titre d’exemple la création d’un fonds dédié à l’IA (pour financer, entre autres, les projets en phase d’amorçage), le développement de nouveaux data centers (Rabat, Dakhla) ou encore la génération du cloud dans le secteur public (administrations).
Précisons que les investissements sont de plus en plus canalisés vers la formation, les centres de données souverains et les services cloud.
La priorité accordée à la formation est amplement confortée par le foisonnement de nouvelles branches en IA, cloud, data, cybersécurité, dans les établissements d’enseignement supérieur publics que privés.
Dans le même ordre d’idées, il est important de souligner que sur la période 2024-2026, environ 11 MMDH ont été budgétisés par l’État dans le cadre de la Stratégie de transformation numérique. Cette enveloppe sert à promouvoir les initiatives en matière d’IA et d’accélérer l’extension du réseau de fibre optique.
Les cinq piliers qui structurent la démarche mûrement réfléchie du pays pour le développement de l’IA sont la souveraineté technologique, la confiance des citoyens, le développement massif des compétences, la promotion d’une innovation endogène, ainsi que la consécration de l’équité territoriale.
Medusa, une infrastructure de dernière génération
Concernant la souveraineté numérique et le renforcement de la connectivité internationale, il y a lieu de mentionner que le Maroc a débuté l’année 2026 sous de bons auspices.
Pour cause, en décembre 2025, les opérateurs télécoms Inwi et Maroc Telecom ont substantiellement contribué au renforcement de la souveraineté numérique du Maroc. Et ce, avec l’inauguration de la «Cable Landing Station» de Nador, marquant l’atterrissement du câble sous-marin Medusa, le plus long de la Méditerranée, offrant jusqu’à 20 Tbp/s de capacité et reliant le Maroc à 18 points d’atterrissement en Europe et en Afrique du Nord.
Concrètement, cette infrastructure structurante de nature à renforcer la souveraineté numérique du pays permet également d’améliorer ses infrastructures numériques à l’échelle nationale et internationale, de diversifier les routes de connectivité avec l’Europe, tout en soutenant le développement croissant du trafic des citoyens et des entreprises marocaines.