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Evénement

Intempéries dans le Nord : Des eaux et des hommes

Les pluies intenses ont fait sortir les oueds de leur lit, menaçant villes et douars. Face à la montée des eaux, citoyens et autorités, dont les FAR sur Hautes Instructions Royales, se mobilisent pour évacuer, héberger et protéger les populations.

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La pluie est tombée longtemps, trop longtemps. D’abord comme une promesse après des années de sécheresse, puis comme une inquiétude sourde, enfin comme une urgence.

Fin janvier, dans le nord du Maroc, les oueds ont cessé d’être de simples lignes sur les cartes pour redevenir ce qu’ils sont depuis toujours : des forces imprévisibles.

À Ksar El Kébir, à Sidi Kacem, dans les campagnes du Gharb et au-delà, les eaux ont monté, lentement puis brutalement, jusqu’à isoler des quartiers entiers, couper des routes et contraindre des milliers de personnes à quitter leurs maisons.

À Ksar El Kébir, ville bordée par oued Loukkos, les pluies répétées venues du Rif central se sont ajoutées à un contexte hydrologique tendu. Le barrage Oued El Makhazine, déjà rempli à sa capacité maximale, a obligé les autorités à surveiller en permanence le niveau des cours d’eau. Les quartiers bas de la ville ont été les premiers touchés.

Les opérations de secours se sont alors déployées sans interruption, sous la coordination de la Commission provinciale de veille, mobilisant les Forces Armées Royales (FAR), le génie militaire, la Protection civile, les autorités locales et les services de sécurité.

Les équipes ont procédé à l’évacuation des habitants vers des zones sécurisées, tandis que des centres d’hébergement ont été installés dans les stades Abdeslam Laghrissi et Karim El Ahmadi, équipés de tentes et de services de base, avec un accompagnement paramédical, notamment pour les personnes vulnérables.

Crues et secours à flux tendu
Le reflux partiel observé durant le week-end a offert un répit fragile. Assez pour permettre à certaines familles de quitter les zones menacées, pas assez pour lever l’alerte.

La Direction générale de la météorologie (DGM) a émis des bulletins de vigilance orange, prévoyant de nouvelles pluies intenses sur le bassin du Loukkos et d’autres provinces du Nord, avec des cumuls compris entre 40 et 80 mm, tandis que des perturbations affectaient également le réseau ferroviaire entre Sidi Kacem et Mechraâ Bel Ksiri et sur la ligne Tanger-Fès, nécessitant des itinéraires alternatifs pour maintenir la circulation.

Plus au sud, dans la province de Sidi Kacem, c’est l’oued Sebou qui préoccupait les autorités. À mesure que le niveau des eaux montait, les comités locaux de veille ont activé une série d’évacuations préventives dans les communes d’Al-Haouafate, d’Oulad H’cine, de Tekna, de Sidi El-Kamel et d’Ermilate.

À mesure que la menace se précisait, la réponse des autorités a changé d’échelle. Une mobilisation totale a permis l’évacuation et le transport de 108.423 personnes dans les zones les plus exposées, à la date du 4 février.

La province de Larache concentre l’essentiel des déplacements, avec 81.709 personnes évacuées, notamment à Ksar El Kébir, où près de 85% des habitants ont quitté la ville. Le dispositif a également concerné 9.728 personnes à Sidi Kacem, 14.133 à Kénitra et 2.853 à Sidi Slimane. L’opération, encadrée par les Forces Armées Royales en coordination avec les autorités civiles, s’est appuyée sur un déploiement massif de moyens humains et logistiques.

En parallèle, des dispositifs d’hébergement et d’assistance ont été activés pour accompagner les populations déplacées, tandis que la vigilance a été renforcée face aux prévisions annonçant jusqu’à 150 mm de pluie, pour le mercredi 4 février, en peu de temps dans certaines zones.

La pression exercée sur les installations hydrauliques, notamment au barrage Oued El Makhazine, a conduit à l’adoption de nouvelles mesures préventives, incluant des appels à évacuation immédiate dans plusieurs communes de la province de Larache et les zones riveraines de l’oued Loukkos.

Solidarité en action
Une gestion sous tension, guidée par un impératif clair : anticiper pour éviter le pire, alors que la situation hydrologique reste évolutive et sous surveillance permanente.

Pour rappel, le Comité national de veille chargé du suivi des inondations s’est réuni, vendredi 30 janvier, afin de coordonner les interventions et d’ajuster les dispositifs.

Sur Hautes instructions Royales, les Forces Armées Royales ont été aussitôt mobilisées, déployant des unités spécialisées et d’importants moyens matériels, logistiques et humains pour assurer l’évacuation, l’hébergement et l’assistance aux populations touchées.

Sur le terrain, la coordination entre autorités locales, forces de sécurité, Protection civile, services de l’Équipement, sociétés régionales multiservices et agences des bassins hydrauliques a été constante.

À Sidi Kacem, les équipes techniques ont protégé les réseaux d’assainissement contre l’infiltration des eaux et surveillé la sécurité des axes routiers, parfois fermés temporairement pour éviter tout incident. Dans certaines zones urbaines, des coupures temporaires d’électricité ont été mises en œuvre.

Au-delà de la gravité de la situation, c’est aussi l’élan de solidarité citoyenne qui a marqué les esprits. Les habitants, les autorités locales et les équipes de secours ont collaboré pour sécuriser les populations et les biens, distribuant aides alimentaires et assistance aux familles isolées par la coupure de certains axes.

La vigilance reste maximale, les sols saturés et les barrages pleins imposent un suivi permanent des oueds Loukkos et Sebou, tandis que les prévisions météorologiques incertaines continuent de dicter la conduite des opérations de prévention et de secours.

Cette séquence d’intempéries, exceptionnelle par sa durée et son intensité, aura rappelé la capacité de réaction d’un dispositif de crise qui, sous l’impulsion des Hautes Instructions Royales, a su se déployer du local au national.

Entre l’eau qui monte et les hommes et femmes qui s’organisent, ces derniers jours ont dessiné une cartographie mouvante de l’urgence, où se croisent digues, centres d’hébergement, sacs de sable, unités militaires et initiatives citoyennes. Un moment suspendu, où le pays a retenu son souffle en attendant que les oueds regagnent leur lit.


L’abondance sous contrôle
Début 2026, la montée rapide des réserves hydrauliques a placé les grands barrages du nord du Maroc sous vigilance active.
Les retenues nationales dépassaient début février les 10,2 milliards de m³, soit environ 61% de remplissage, un net retournement après plusieurs années de stress hydrique.

Dans le bassin du Sebou, le barrage Al Wahda affichait un niveau supérieur à 85%, tandis que celui d’Oued El Makhazine, sur le Loukkos, frôlait sa capacité maximale avec près de 672 millions de m³ stockés.

Face à des apports exceptionnels (plus de 845 millions de m³ reçus depuis le début de la saison hydrologique à Oued El Makhazine, dont plus de 500 millions en une seule semaine) les agences des bassins hydrauliques ont engagé des lâchers d’eau partiels et contrôlés.

Objectif affiché : préserver les ouvrages et maintenir leur rôle d’écrêteurs de crues, sous surveillance continue et en coordination avec les autorités locales. La gestion de l’abondance devient ainsi un exercice de précision, où la sécurité prime sur le symbole des barrages pleins à ras bord.