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Gouvernement-syndicats : Vers un nouvel accord avant la fin du mandat ?

Dans une conjoncture difficile, l’Exécutif et les partenaires sociaux négocient un dernier accord de cette mandature. Tout porte à croire qu’ils y arriveront. Ce serait une fin en apothéose du mandat du gouvernement.

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Un nouveau round des négociations sociales a été ouvert vendredi 17 avril. Le chef du gouvernement a reçu les trois syndicats les plus représentatifs, l’UMT, la CDT et l’UGTM, ainsi que la CGEM, la Comader, en tant que représentants du patronat, annonçant ainsi le début des négociations qui devraient aboutir au troisième et dernier accord social de la mandature de Aziz Akhannouch.

L’ordre du jour n’a pas été communiqué officiellement, mais la conjoncture pèse déjà sur les discussions. Si, après les augmentations des salaires, d’un niveau inédit, accordées aux fonctionnaires, la hausse, tout aussi inégalée, du SMIG et du SMAG, durant ce mandat, écarte une nouvelle revalorisation des salaires, il n’en demeure pas moins que l’une des principales revendications des syndicats reste l’amélioration des revenus des salariés et fonctionnaires.

Cependant, lors de la présentation de son bilan, le président sortant de la CGEM, Chakib Alj, après avoir mis en avant une hausse historique du SMIG pendant son mandat, soit 30% en six ans, a laissé entendre qu’une nouvelle hausse était exclue. En tout cas, dans la conjoncture actuelle.

Ce qui fait que, contrairement aux deux autres centrales qui restaient vagues sur leurs attentes, l’UMT, par exemple, est pleinement consciente de la situation. Aussi, la centrale dirigée par Miloudi Moukharik propose-t-elle de faire activer d’autres leviers que la hausse directe des salaires.

À savoir la révision de l’IR, la revalorisation des allocations familiales, la hausse des pensions de retraite, la poursuite de la réforme de la TVA, et même la réforme de la TIC, entre autres.

De son côté, le nouveau patron de la CDT, Khalid Alami Houir, a déclaré au sortir de la réunion du vendredi dernier avec le chef du gouvernement que si éventuellement une décision de revalorisation du pouvoir d’achat des citoyens était actée, ce serait au niveau de la fiscalité, avec une entrée en vigueur en janvier de l’année prochaine dans le cadre de la future Loi de finances.

Cela dit, ce qui est cependant considéré comme déjà acquis, c’est un amendement partiel du Code du travail. Le chef du gouvernement l’a d’ailleurs annoncé dans le communiqué diffusé à l’issue de cette réunion, ce changement concerne la situation de quelque 400.000 salariés des agences et entreprises de gardiennage.

Les agents de sécurité pourront ainsi faire des journées de travail de 8 heures au lieu de 12h actuellement, comme le reste des salariés. Autre point qui fera sans doute partie de l’accord attendu dans les jours à venir, une révision de la loi 60-17 relative à la formation continue.

Le projet de loi devrait bientôt être versé dans le circuit législatif pour une adoption, fort probablement, avant la fin de session. La CGEM ne cesse d’ailleurs de rappeler l’importance de cette réforme pour sortir le mécanisme du blocage.

Un chiffre pour le montrer : c’est «un système dans lequel toutes les entreprises cotisent et seulement 1% en bénéficient», insiste la CGEM. Dans le projet de loi qui sera présenté prochainement en Conseil de gouvernement, c’est toute la gouvernance de ce dispositif, aujourd’hui largement dominée par les pouvoirs publics, qui sera revue.

Il est même probable, d’après certaines sources, que sa gestion relèverait désormais d’une SA. Le patronat aura ainsi obtenu l’une de ses deux principales revendications, depuis le démarrage du dialogue social sous gouvernement Akhannouch.

Entre gouvernement et syndicats
La deuxième revendication, de longue date d’ailleurs, est l’adoption de la loi organique relative à la grève.

Le président sortant de la CGEM l’a affirmé, il y a quelques jours : l’organisation patronale a contribué activement à l’adoption de ce texte aussi bien pendant les négociations du dialogue social qu’à travers son groupe parlementaire à la deuxième Chambre.

Cependant, la nouvelle loi reste tributaire, pour sa pleine mise en œuvre, de l’adoption de deux décrets d’application.

Le premier porte sur le comité de grève, alors que le second encadre le service minimum.
Évidemment, aussi bien pour le gouvernement que les partenaires sociaux, la réforme de la retraite reste l’un des principaux points de l’agenda social.

La commission technique a achevé son travail et le sujet sera, fort probablement, mis sur la table même si l’engagement d’une réforme profonde ne semble pas pour bientôt.

Autre dossier, d’ailleurs déjà évoqué plus haut : l’amendement du Code du travail. Le cas des agents de sécurité montre que les partenaires sociaux semblent avoir opté pour une approche partielle de la réforme.

Là encore, une réforme globale du texte de 2024 n’est pas un sujet urgent. Il n’en reste pas moins qu’avec les mutations profondes que connaît le monde du travail, certains ajustements partiels relèvent aujourd’hui de l’urgence.

Autant dire que les enjeux de ce round se jouent désormais entre le gouvernement et les syndicats. Ces derniers tiennent à saisir l’opportunité d’une conjoncture difficile et de l’approche des élections législatives pour gratter quelques avantages financiers à même d’améliorer le pouvoir d’achat des travailleurs et des ménages.

Quant au gouvernement, un dernier accord social au terme de son mandat, qui plus est s’ajoute à une longue liste déjà très fournie de réalisations dans le domaine social, sonnerait comme une fin en apothéose de son exercice.

Pour l’économie nationale, c’est un nouveau coup de pouce à la consommation interne, avec un impact certain sur l’activité économique, l’investissement et les rentrées fiscales de l’État, principalement en termes de TVA et de TIC.

D’ailleurs, sur le plan fiscal, la réforme engagée par le gouvernement, notamment dans le cadre du dialogue social, a montré qu’on peut parfaitement améliorer les recettes tout en allégeant la pression fiscale.

Entre 2020 et 2025, les recettes de l’IR ont progressé de 9,4%, en valeur absolue selon les chiffres de la TGR, alors que le gouvernement a procédé à un allégement fiscal considérable au profit des salariés, des fonctionnaires et des retraités.

Les mêmes chiffres montrent que la part de la TVA, qui reflète dans une certaine mesure le niveau de la consommation des ménages, par ailleurs également révisée, reste largement dominante dans les recettes fiscales.

Un signe, s’il en est besoin, de l’impact du dialogue social qui, au terme de l’année en cours, aura injecté un total de près de 50 milliards de dirhams de pouvoir d’achat dans l’économie nationale.


Conventions collectives : Le relais
Si dans le secteur public, le dialogue sectoriel est un mécanisme qui a montré son efficacité dans différents secteurs dits «socialement difficiles», la convention collective joue le même rôle dans le secteur privé.

Ces dernières années le montrent d’ailleurs. Un exemple, lundi dernier, la direction de Reneault Maroc et les représentants des salariés sont arrivés à un accord qualifié d’historique.

Un SMIG adapté à chaque poste, une augmentation générale des salaires et des indemnités diverses. Le groupe s’étant déjà démarqué par la signature, en décembre 2025, d’une convention collective avec l’UMT et la CDT.

Ce mécanisme encadré par l’article 104 du Code du travail a connu un fort élan au début de l’année dernière, qui a vu la signature de plus d’une douzaine de conventions durant la première moitié de l’année.

En 2025, justement, le gouvernement a adopté une approche proactive pour transformer la négociation collective en un levier de stabilité économique.

Ce mécanisme répond à une méthodologie de régularité prônée par l’Exécutif. Ainsi, plutôt que d’intervenir uniquement en période de crise, c’est un calendrier de rencontres périodiques qui est désormais instauré.