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Evénement

Dessalement : le modèle marocain

Avec le lancement des travaux de construction de la station de dessalement, le Royaume comptera quatre usines d’envergure. Quatre modèles de PPP et d’ingénierie financière et technique, mais une seule vision.

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C’est un exemple concret de la convergence des politiques publiques. Au moment où le Prince Héritier Moulay El Hassan donnait le coup d’envoi officiel des travaux de réalisation de la station de dessalement de Casablanca, des démarches avaient déjà été entamées pour lancer la procédure d’expropriation des terrains le long du tracé de l’autoroute de l’eau reliant le bassin hydraulique de Bouregreg à celui d’Oum Errabia. Ce qui permettra d’alimenter le barrage d’Al Massira à partir du bassin de Sebou. Pendant ce temps, le projet de la station de dessalement de Dakhla sortait de terre. Elle est adossée à un projet de parc éolien dont les travaux de réalisation sont très avancés. L’on en est déjà au montage des éoliennes.

Le point commun entre ces trois projets ? Le stress hydrique dont souffre tout le pays. Certes, mais la construction de la station de dessalement de Casablanca permettra de soulager complètement le barrage d’Oum Errabia, dont l’interconnexion avec les bassins de Bouregreg et de Sebou permettra d’accélérer le processus de remplissage, qui sera consacré à terme à l’agriculture. L’autre point de connexion entre les trois projets, c’est que la station de dessalement de Casablanca sera construite sur l’exemple de celle de Dakhla et fonctionnera entièrement à l’énergie renouvelable produite dans un parc de 360 MW qui sera construit à Bir Anzarane. L’électricité produite sur place sera injectée dans le réseau de transport national grâce à une ligne qui sera réalisée entre le parc éolien et la ville de Dakhla. L’ONEE intervient dans les deux cas comme commanditaire du projet et client, mais aussi comme prestataire du transport de l’électricité.

C’est donc là aussi un exemple parfait de partenariat et de complémentarité entre les secteurs public et privé. Et tout comme la station de Dakhla et celle d’Agadir auparavant, l’unité de dessalement, la plus grande en Afrique, dont les travaux ont été lancés, sera destinée à la production de l’eau potable, mais aussi à l’irrigation.

En plus de sa dimension, avec une capacité de production de 200 millions de m3 dans un premier temps pour passer à 300 millions après, pouvant desservir 7,5 millions de personnes, la station de Casablanca sera aussi un bijou de technologie. C’est «l’un des deux ou trois projets les plus pertinents dans le monde en termes de dessalement et de sa durabilité grâce notamment à sa composante énergétique», souligne Jose Diaz-Caneja, PDG de Acciona Infraestructuras. La station de dessalement de Casablanca «est un ouvrage aussi important d’un point de vue technique, puisqu’elle sera dotée des meilleures technologies dans le domaine et sera alimentée avec de l’énergie renouvelable», explique de son côté Tarik Hammane, le nouveau DG de l’ONEE.

Un plan en marche
Autre élément et non des moindres, la station sera dotée d’une unité de traitement de boue. Tout cela pour un coût de production d’eau potable estimé à 4,48 dirhams le mètre cube. La station, qui devait être opérationnelle en 2014 ou un peu plus tard (si les deux gouvernements précédents avaient fait montre d’une capacité d’anticipation et de proactivité), ne devra finalement entrer en service que vers la fin de 2026. Elle fait partie intégrante de l’axe «Amélioration de l’offre hydrique» du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, lancé en 2020 et dont le coût global devrait atteindre 143 milliards de dirhams.

Un programme mené en métronome par un gouvernement qui a déjà montré à plusieurs reprises ses capacités à faire face aux aléas conjoncturels. Il sait aussi garder le cap. Et dans ce domaine, il est clair : d’ici 2030, le Maroc sera doté d’une vingtaine de stations d’envergure, pour une capacité globale de 1,3 milliard de mètres cubes d’eau traités par an.

Et aujourd’hui pour les quatre stations déjà lancées, dont deux opérationnelles, celles d’Agadir et de Jorf Lasfar, le modèle de réalisation et de fonctionnement et le montage financier sont différents. Celle d’Agadir est le fruit d’un PPP, ce dernier compte des partenaires marocains dont le ministère des Finances, le ministère de l’Agriculture, l’ONEE et la CDG, ainsi qu’un consortium privé. La réalisation de celle de Dakhla, avec son parc éolien, sera financée à hauteur des deux tiers par un investissement public et le reste par des opérateurs privés dans le cadre d’un PPP. La station de Jorf Lasfar (82 millions de m3 avec pour objectif 200 millions de m3 d’ici la fin de l’année) est entièrement réalisée par le programme «Eau» de l’OCP (OCP Green Water) alors que celle de Casablanca est portée par des investisseurs privés, soit l’Espagnol Accion (50%), Green Of Africa (45%) et Afriquia Gaz (5%).

Ce projet d’envergure, dont les travaux de viabilisation du terrain, d’études techniques et d’ingénierie d’acquisition de matériel et de sous-traitance ont déjà démarré plusieurs mois avant. Le projet d’envergure va mobiliser un investissement global de 11 milliards de dirhams, y compris les coûts de réalisation du parc éolien au sud du pays et le transport de l’électricité. C’est pour dire qu’avec de l’ingéniosité et en mobilisant les capacités du pays, publique et privée, le gouvernement a pu transformer une crise, le stress hydrique aigu, en une opportunité de développement. Dans ce cas de figure, c’est de tout un secteur, qu’est le dessalement, qu’il s’agit, et où le Maroc est en passe de devenir un modèle à suivre.


La plus grande station d’Afrique
La station de dessalement de l’eau de mer de Casablanca, la plus grande usine du genre en Afrique, avec, à terme, une capacité annuelle de production de 300 millions de m3, va desservir une population estimée à 7,5 millions d’habitants. Elle permettra de répondre à la demande croissante en eau du Grand Casablanca, des villes de Settat, de Berrechid et de Bir Jdid et des régions avoisinantes. Elle sera réalisée en deux tranches sur un terrain de 50 ha et nécessitera un investissement global de 6,5 MMDH, mobilisé grâce à un partenariat public-privé. Lors de la première tranche, dont la mise en service est prévue fin 2026, la station doit atteindre une capacité de 200 millions de m3 par an, extensible, dans une deuxième phase (prévue pour la mi-2028), pour atteindre 300 millions de m3 supplémentaires par an, dont 50 millions à usage agricole.
Ce projet d’envergure porte sur la réalisation d’une unité de dessalement d’eau de mer par osmose inverse et la mise en place d’un système de transport de l’eau potable produite comprenant trois stations de pompage, trois réservoirs de stockage et un réseau de distribution de près de 130 kilomètres de conduites d’adduction. Ce système de transport d’eau potable nécessitera, pour sa part, une enveloppe de 3 MMDH financés par des fonds publics.