Evénement
Campagne agricole : Démarrage sous le signe de la résilience et de l’accompagnement
Elle débute sous de bons auspices avec une pluviométrie généreuse ces derniers jours. Cependant, le déficit hydrique demeure la contrainte de taille qui pèse lourdement sur le secteur et ses acteurs. Le ministère poursuit ses efforts pour être au chevet des agriculteurs.
La campagne agricole 2025-2026 a officiellement démarré le 14 novembre dernier à Larbaâ Ayacha dans la province de Larache. Le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, a donné le coup d’envoi «avec une détermination et une volonté claires de poursuivre le développement du secteur agricole et de réussir le pari de la souveraineté alimentaire du pays».
Il n’a pas manqué de rappeler les sept années de sécheresse qu’a connues le pays et qui ont lourdement pesé tant sur les agriculteurs que sur le couvert végétal et le monde rural. Mais, en dépit de ces conditions difficiles, le secteur agricole a montré une forte résilience en affichant une croissance de 6% par rapport à la campagne précédente.
D’emblée, il est à savoir que la superficie prévue pour les cultures d’automne est estimée à environ 5,17 millions d’hectares, dont 85%, soit l’équivalent de 4,4 millions d’hectares, sont réservés aux céréales, 538.000 ha aux cultures fourragères, 172.000 ha aux légumineuses et 61.000 ha aux cultures sucrières.
Pour sa part, la superficie prévue pour la culture des légumes d’automne est d’environ 107.000 ha, répartis à hauteur de 25% pour les pommes de terre, 23% pour les légumes verts à feuilles, 13% pour les oignons et 4% pour les tomates.
Le ministère maintient ses engagements envers les agriculteurs, visant à renforcer la résilience du secteur face aux aléas climatiques, garantir un approvisionnement continu des marchés et assurer les revenus des agriculteurs.
Un arsenal de mesures est ainsi pris, relatives notamment à l’approvisionnement en facteurs de production, au développement des filières agricoles, à la gestion de l’eau d’irrigation, à l’assurance agricole, ainsi qu’au financement et l’accompagnement des agriculteurs.
Une multitude de mesures
Il s’agit de la mise à la disposition des agriculteurs de 1,5 million de quintaux de semences certifiées des céréales d’automne, à des prix incitatifs et des subventions qui dépassent 40% du coût total pour l’orge et le blé tendre.
De nouvelles espèces de céréales, fourrages et légumineuses alimentaires ont même été intégrées, comme le triticale, l’avoine, la vesce, les pois fourragers, la fève/féverole, les lentilles et les pois chiches.
Parallèlement, il est prévu d’approvisionner le marché à hauteur de 650.000 tonnes d’engrais phosphatés, au même prix de la campagne précédente, et le maintien de l’octroi d’aides aux analyses de laboratoire (sols, eaux et plantes).
Il faut savoir que le ministère alloue une importance capitale à la démocratisation du semis direct. Les efforts se poursuivent ainsi pour déployer ce programme qui devra porter sur une superficie de 400.600 ha.
L’objectif est d’atteindre 1 million d’hectares à l’horizon 2030, et ce, à travers l’acquisition de 235 semoirs au profit de coopératives agricoles.
À côté de cela, il est prévu de poursuivre l’encouragement de l’investissement dans le secteur agricole en octroyant des incitations dans le cadre du Fonds de développement agricole (FDA). Cela se traduit par le maintien des incitations en vigueur et la mise en place de nouvelles aides pour la mise en œuvre de la stratégie Génération Green.
Parmi les aides instaurées : un montant de 4.000 DH par tête pour l’acquisition de génisses jeunes importées à partir de l’âge de 12 mois et la réduction de l’âge d’acquisition des génisses laitières de races pures et produites sur le territoire national à 16-24 mois pour qu’elles soient éligibles à l’aide financière.
En plus, pour encourager l’exportation d’agrumes vers l’Union européenne, l’Afrique et les États-Unis, une nouvelle aide de 1.000 DH par tonne exportée est mise en place, et ce, pour toutes les variétés, sauf «Nadorcott».
L’irrigation avec des restrictions
Quoi qu’il en soit, les conditions climatiques restent assez défavorables, avec un retard marqué des pluies. Cependant, les dernières précipitations ont ravivé les espoirs des agriculteurs.
Elles ont été bénéfiques pour les barrages destinés à l’irrigation dont le taux de remplissage avoisine 26%, à 4,32 milliards de m3, en croissance de 19% par rapport à la saison dernière.
Ce sont ainsi 388 Mm3 qui ont été alloués aux périmètres d’irrigation, dont 48% au Loukkos et 52% à Moulouya, Ouarzazate, le Gharb et Tafilalt, mais avec des restrictions. En revanche, les zones de Doukkala, Tadla, Al-Haouz et Souss-Massa devraient continuer à subir les restrictions totales des dotations en eau.
Et en dépit de toutes ces difficultés, la résilience du secteur agricole s’est bel et bien manifestée, à travers notamment la croissance de la production agricole durant la campagne 2024-2025.
En effet, la production céréalière a connu une hausse significative de 39% par rapport à la saison passée, atteignant plus de 43 millions de quintaux, alors que les légumineuses ressortent en hausse de 28% à 160.000 tonnes et les cultures sucrières de 53% à 2,3 millions de tonnes.
Les primeurs, elles, affichent une amélioration de la production de 5% à 2 millions de tonnes. En revanche, les agrumes ont affiché une baisse de 6% à 1,5 million de tonnes et les olives de 10% à moins d’un million de tonnes.
Mais, elles devraient inverser totalement leur tendance baissière durant cette campagne, avec une production conséquente de 2 Mt, soit plus du double de la campagne passée. Pareil pour les agrumes dont la production devrait avoisiner 1,9 Mt, en croissance de 27%. Enfin, la filière phœnicicole devrait enregistrer une hausse de 55% à 160.000 tonnes.
Assurance multirisque : Plus d’un million d’hectares couverts
En matière d’assurance agricole, la superficie totale estimée devrait s’élever à 1,05 million d’hectares. Elle englobe trois types d’assurance. La première, assurance multirisque climatique dans les zones favorables, devra couvrir 550.000 ha, soit 52% de la superficie totale.
La deuxième qui consiste en un programme de soutien à la résilience et à l’adaptation au climat, cible, quant à elle, 450.000 ha, alors qu’à date, la superficie globale couverte est de 110.824 ha.
Le dernier qui est un programme d’assurance multirisque pour les arbres fruitiers devra porter sur 50.000 ha, contre 7.180 actuellement. Il est à noter que pour les deux premières assurances, le montant global des indemnisations s’est élevé à 376 MDH. Celle concernant le 3e type devra débuter à partir du mois de décembre, les opérations d’expertise étant toujours en cours.