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Enseignement, un bras de fer aux relents politiques

Le gouvernement a beau exprimer sa disposition à «améliorer» le statut unifié, la tension persiste dans le secteur de l’enseignement. Des enjeux de positionnement sont à l’œuvre. La polémique enfle.

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Les centaines de milliers de fonctionnaires que compte le secteur de l’Éducation nationale sont l’objet de convoitise de ceux qui cherchent à mobiliser la rue pour des visées à l’apparence revendicative, mais qui ont des relents purement politiques. Pour eux, les divergences d’appréciation quant à la teneur du «statut unifié» ont été une aubaine. Voire une vague sur laquelle ils sont en train de surfer depuis début octobre. Avec en toile de fond «le statut unifié» qui a pris deux années pour voir le jour. Sauf que la mouture finale n’a pas été du goût de certaines franges des corps relevant du ministère de l’Éducation nationale. Conséquence, un début d’une année scolaire chaotique avec une série de débrayages.

Or, en vue de désamorcer la tension, le Chef du gouvernement s’est réuni, le 30 octobre, avec les quatre syndicats les plus représentatifs (UMT, CDT, UGTM et FDT). Au sortir de la réunion, les représentants desdites centrales ont «apprécié le sens de l’écoute» de Aziz Akhannouch, tout comme ils ont estimé que le statut unifié devrait être «amélioré». Un constat dont les deux parties, gouvernement et syndicats, conviennent d’ailleurs. Pour autant, les mots d’ordre relatifs aux débrayages ont été maintenus.

Chose que certains syndicalistes ne comprennent pas, puisque, pour eux, «cette main tendue du gouvernement aurait dû ramener le calme pour éviter davantage de perte de temps pour des millions d’élèves». Mais, nous dit ce cadre de la CDT, les directions ont estimé qu’elles ne pouvaient pas faire machine arrière puisqu’elles ont déjà mis en place un plan d’action avant la rencontre avec le chef de l’Exécutif.
Toujours est-il qu’il y aurait une autre raison pour le maintien des actions de protestation. C’est d’une question de positionnement qu’il s’agit, relève cet analyste.

Et la prolifération d’une cascade de «coordinations» (Tansikiyat), 18 selon un décompte, qui se revendiquent être les «vrais porte-paroles des femmes et des hommes de l’enseignement» y est pour quelque chose.

Sans surprise, on est dans la même configuration qui a prévalu vers la fin des années 2000. En fait, quand on prend en ligne de compte le «discours» véhiculé, on retrouve une «littérature» qui renvoie aux années 1960-1970 dont les porte-plume relèvent d’une approche gauchisante évoquant l’ombre d’Annahj Addimokrati et leurs «alliés objectifs» d’Al Adl Wal Ihsane. Un duo en veille permanente pour s’amarrer à toutes les démonstrations dont le théâtre est la rue.

Ce qui n’est pas pour plaire aux syndicats les plus représentatifs sur la scène. «Il faut être sérieux, nous dit ce cadre de l’UGTM, on ne peut pas tout avoir et en même temps, compte tenu de la situation économique du pays». Et puis, ajoute notre interlocuteur, «de larges franges du secteur applaudissent les acquis engrangés, mais les directions des syndicats seraient dans l’embarras entre les pressions de certains militants et la voix de la raison».
Le membre de la CDT verse pratiquement dans le même sens, en notant qu’il y a tous «ces leaders de la 25ème heure qui sèment la zizanie et qui, pour des raisons purement politiques, soufflent sur les braises».

Revendication irréalisable
«Des pseudo-militants, par réseaux sociaux interposés, gangrènent le landerneau syndical, ont leur propre agenda et utilisent les hommes et les femmes de l’enseignement comme des boucliers pour des démonstrations de force. Qui plus est sont en quête d’un positionnement, quand ce n’est pas un repositionnement politique», nous dit cet analyste. Autrement, on sort bel et bien du cadre revendicatif, pour entrer dans un «ordre politicien», en tentant la «démarcation», quitte à nuire aux intérêts des enfants scolarisés dans le système public, puisqu’ailleurs, dans le secteur privé, c’est «la vie normale» et où une bonne partie des «enseignants grévistes» opèrent, à mi-temps, le tout «normalement» du monde !

Justement, au chapitre du repositionnement, il n’y a qu’à revenir sur la sortie des «responsables» de l’UNMT pour se rendre à cette évidence. En effet, le bras syndical du PJD, qui survit à l’heure d’une hémorragie interne, avec des vagues de «militants» qui ont choisi de migrer vers d’autres enseignes syndicales, a trouvé le moment propice pour faire dans la surenchère.

D’abord, en s’en prenant au gouvernement et en revenant, amèrement, sur les élections du 8 septembre, dont on connaît l’issue et les effets, mais aussi en attaquant les centrales syndicales signataires de l’accord du 14 janvier. Notamment, en les appelant à procéder à une «autocritique» (sic !) et en reconnaissant leur «erreur» d’avoir signé un accord que d’aucuns avaient considéré comme «historique».

Le plus étonnant dans cette séquence est que le responsable syndical, dont la centrale n’a pas été associée aux «concertations» pour une question de représentativité, voudrait que le statut unifié revienne à la case départ, parce qu’à ses yeux, il «doit être revu de fond en comble». Une appréciation que viendra étayer Khalid Samadi, dans une sortie pour le site du parti de la lampe. Ce dirigeant du PJD et ancien secrétaire d’État chargé de l’enseignement supérieur a estimé que le statut unifié «ne répond nullement aux attentes des femmes et des hommes de l’enseignement». Avec là encore, sans surprise, des relents politiques identifiables qui sont également à verser dans ce dossier.


à la pelle !

Outre les relents politiques de la tension que connaît le secteur de l’enseignement, avec ces dizaines d’heures perdues pour les élèves, on aura relevé quelques revendications qui défient l’entendement. À l’image de ceux qui appellent à une revalorisation généralisée des salaires de… 100%. Auxquels il faudrait additionner les appels à suspendre les ponctions sur les salaires des grévistes, voire qu’on devrait les restituer.
Ou encore de nouveaux arrivants qui voudraient voir leurs émoluments s’aligner sur ceux des anciens. Sans oublier ceux qui estiment que les salaires dans le secteur public, tous départements confondus, devraient être les mêmes pour tous. Sans oublier tous «les meneurs» des «tansikiyate» qui voudraient faire partie du processus de négociations. On imagine de loin la situation. D’autant que chaque corporation a ses propres revendications et on n’arrivera jamais à réconcilier les irréconciliables.