Au Royaume
CGEM. Driss Boutti : «Devenir une plateforme de valorisation des produits africains»
Le potentiel, les réalisations, les défis et les ambitions d’une région. Tour d’horizon de l’économie régionale avec le président de la CGEM Souss-Massa.
Où en est l’exécution du Plan d’accélération industrielle de la région ?
Il est sur les rails. Les premières zones, telles Haliopolis, l’Agropole et les parcs industriels intégrés 1 et 2, ainsi que Draga 1, 2 et 3 plus les autres zones comme celles de Oulad Teima ont connu une accélération remarquable. Nous avons aujourd’hui des zones quasiment entièrement valorisées. Haliopolis et l’Agropole sont à un taux de valorisation autour de 80%. Au niveau des parcs industriels intégrés, ce taux est de près 70%. Nous avons une troisième zone du genre qui va voir le jour bientôt. Beaucoup de partenaires et d’acteurs ont joué le jeu dans le chantier d’industrialisation de Souss-Massa. Reste encore maintenant aux fédérations sectorielles, telles celles du cuir, de la chimie et du BTP, signataires de ce plan pour améliorer l’offre dans notre ré-gion, de s’impliquer concrètement. Nous les attendons toujours. Il y a aussi les banques qui ne se sont pas encore réellement engagées alors qu’elles sont aussi signataires de cette convention.
Quels sont les autres projets phares de la région ?
Le premier projet phare de la région, c’est indéniablement la station de dessalement, qui a coûté plusieurs milliards de dirhams. Cette infrastructure a résorbé la problématique de la sécheresse dans les zones agricoles avoisinantes et dans la métropole d’Agadir. Le deuxième projet qui marque la région, c’est le plan de développement urbain d’Agadir qui a transformé la ville à travers l’aménagement d’importantes infrastructures. La zone d’accélération industrielle est aussi un projet à fortes retombées sur l’économie régionale et qui commence à porter ses fruits. Cette zone a drainé un des spécialistes des câbles automobiles qui est Leoni avec à terme plus de 7.000 postes d’emploi. Il y a aussi la société Meditech Gloves, porteuse d’une unité de fabrication de gants en nitrile et latex, qui s’est implantée dans la zone. Ce sont de véritables locomotives pour la région qui vont attirer d’autres projets. Le TGV vers Agadir et les trains inter-provinces, ainsi que l’autoroute entre Agadir et Tiznit sont aussi des chantiers d’envergure pour la région. Il y a également l’élargissement du port d’Agadir. Sur le plan de l’animation touristique, Agadir dispose maintenant d’un téléphérique. Nous sommes aujourd’hui les seuls au Maroc à disposer d’une telle attraction. Ce sont ainsi autant de projets qui promettent de belles perspectives pour Agadir.
Quid du projet du port sec ?
Il y a une convention-cadre qui a été signée entre la région Souss-Massa, TMSA et la CDG. Ce groupement a décidé de créer la société Agadir Atlantic Hub pour gérer ce projet-là. Tous les investisseurs de la région le réclament, car cette infrastructure va nous relier à un des ports les plus importants au monde, qui est Tanger Med, et ainsi nous connecter au monde, et ce, à travers une ligne de cabotage qui nous reliera tous les quarante-huit heures au port de Tanger. Pour le moment, un terrain de 100 ha a été identifié. Les partenaires de ce projet se sont mis d’accord sur la création de 10.000 emplois et d’un budget d’investissement de 1,2 milliard de dirhams. Maintenant, nous attendons avec impatience la réalisation de ce projet. Il y a des étapes administratives à franchir avant que ce projet ne puisse entrer en phase d’aménagement. Cet équipement d’envergure est déterminant pour le développement économique de la région Souss-Massa et pour d’autres régions voisines qui vont pouvoir exporter à travers le port sec d’Agadir. Cette infrastructure va nous permettre de gagner en proximité avec Tanger Med. L’implication de TMSA dans la réalisation du port sec est indispensable pour la réussite de ce projet.
Souss-Massa est une grande région productrice, mais son potentiel est peu valorisé. Comment booster son industrie de transformation ?
Il faut souligner tout d’abord que nous sommes la région la plus productrice au niveau agricole et halieutique du Royaume. Mais la valeur ajoutée est dans la valorisation de ces produits. Nous pourrions même devenir une plateforme de valorisation des produits africains, car nous sommes la région la plus proche économiquement de l’Afrique subsaharienne. Il faut donc aussi pousser la réflexion pour capter les produits africains, les valoriser chez nous et se positionner comme plateforme d’exportation vers d’autres pays.
Malgré trois grands secteurs clés, la région est marquée par un fort taux de chômage, qui est de 13%. Comment inverser cette tendance ?
C’est en boostant l’activité économique régionale que l’on peut résorber le chômage. Au niveau du tourisme, il faut renforcer l’animation à travers l’ouverture de deux palais des congrès, un à Agadir et un à Taghazout. Nous avons aussi besoin d’un parc d’exposition d’une dimension internationale pour encourager la niche du Mice et avoir de grands événements dans notre territoire pour générer de nouveaux postes d’emploi.
L’artisanat est aussi créateur d’emploi, mais le low cost a tué ce business. Les tou-ristes achètent peu, car ils sont limités au niveau du poids de leurs bagages. Il y a donc une démarche à entreprendre auprès des compagnies low cost pour voir dans quelle mesure le poids des bagages peut-être plus important pour les voyageurs au départ du Maroc. Cela va les encourager à acheter localement et ainsi doper la production artisanale locale. Il y a donc encore des réglages à faire pour doper l’activité économique et faire d’Agadir une destination prisée, une destination choisie. Au niveau de l’agriculture, en raison des problèmes de sécheresse, il est nécessaire de déplacer l’activité agricole vers le littoral, c’est-à-dire vers le flanc atlantique entre Agadir, Massa et Tiznit pour bénéficier d’un coût du dessalement plus bas et encourager l’investissement dans les unités de dessalement mobiles.
Il est nécessaire aussi de penser au développement de l’agriculture en hors-sol pour pouvoir produire toute l’année et mieux. Il me semble que ce sont quelques-unes des actions à entreprendre pour booster l’économie régionale et générer plus d’emplois.
Il reste beaucoup à faire, mais quelles sont aujourd’hui les priorités ?
La priorité des priorités, c’est connecter notre ville et disposer d’une importante logistique. Il nous faut un aéroport qui réponde à nos ambitions et le projet d’extension à ce niveau est plus que nécessaire. Nous avons besoin aussi d’élargir notre port et bien sûr de voir réaliser le port sec qui doit être sous douane. Le développement industriel de la région passe aussi par celui d’une importante zone logistique. Aujourd’hui, Agadir dispose au total de 1.000 ha de zones industrielles. Nous devons donc disposer de 1.000 ha de zones logistiques, c’est la règle partout pour se positionner en véritable région industrielle. Sur le plan culturel, la région doit aussi être plus attractive. Nous avons un grand théâtre et des musées en cours de réalisation.
Une grande offre culturelle à mettre en marche. Il faut faire fonctionner tout cela et donc penser aux compétences humaines qui vont gérer ces lieux. Il faut s’y atteler dès maintenant. Et on est très optimistes, car on revient de loin. Il y a quelques années, nous n’avions pas d’offre industrielle, aujourd’hui nous en avons une. Auparavant, nous n’avions pas de vraie vision, aujourd’hui nous disposons d’une bien tracée.
