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Ahmed Kathir : «Faire de Dakhla un hub commercial, énergétique, logistique et industriel»

Le directeur du Centre régional d’investissement de Dakhla-Oued Eddahab fait le bilan des investissements réalisés dans la région au cours de la dernière décennie et aborde les initiatives du CRI pour améliorer le climat des affaires et attirer davantage de projets.

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Comment évaluez-vous la dynamique des investissements dans la région au cours des dernières décennies ?
Nous sommes en train d’évaluer cette dynamique dans le cadre du 50e anniversaire de la Marche Verte et du 10e anniversaire du lancement du Nouveau modèle de développement des provinces du Sud, initié en 2015 par Sa Majesté.

Au cours des dix dernières années, le gouvernement a engagé d’importants investissements, principalement axés sur la construction d’infrastructures modernes dans les différentes régions. Initialement fixé à 77 milliards de dirhams (MMDH), le budget prévu dans le cadre de ce programme a largement dépassé les 88 MMDH et pourrait encore augmenter.

Parmi les projets majeurs, on peut citer le nouveau port de Dakhla Atlantique qui a nécessité plus de 13,5 MMDH, la voie express Tiznit-Dakhla (environ 10 MMDH) et les stations de dessalement en cours de construction pour un investissement de près de 3 MMDH.

Grâce à ces gros chantiers, le PIB de la région de Dakhla-Oued Eddahab, qui était d’environ 10 MMDH avant 2015, est passé à 15 MMDH, soit une hausse de 50% en une décennie. Durant la même période, entre 7.000 et 8.000 entreprises ont été créées à Dakhla, ce qui est vraiment conséquent pour cette petite ville.

Durant ces cinq dernières années, le CRI a également accompagné près de 850 projets validés par le Comité régional d’investissement. D’un montant d’investissement avoisinant les 18 MMDH, ces projets, dont certains ont été réalisés et d’autres en cours, vont créer près de 40.000 emplois.

Et cette dynamique se poursuit, puisque depuis le début de l’année, nous avons reçu énormément de demandes d’investissement de bailleurs issus de nombreux pays dans plusieurs secteurs.

Justement, en quoi consiste l’action du CRI pour dynamiser davantage les investissements dans la région et améliorer le climat des affaires ?
Durant la dernière décennie, les investissements publics ont boosté ceux du secteur privé, qui ont représenté 30% du volume global. Nous voulons inverser cette tendance en incitant les bailleurs privés à s’impliquer davantage dans cette dynamique.

D’abord, en leur garantissant une offre territoriale qui est attractive et compétitive, particulièrement pour la production d’énergies renouvelables et les projets liés à l’économie bleue et à l’aquaculture, pour lesquels nous recevons de nombreuses sollicitations.

Nous sommes en train d’étoffer cette offre en y intégrant la vocation de hub stratégique de la région pour desservir les marchés africain, européen et américain.

Nous sommes en train de créer des écosystèmes autour des énergies renouvelables, de l’hydrogène vert et des autres secteurs porteurs, pour mieux accompagner les entreprises déjà implantées. L’idée étant d’attirer le maximum de PME et de TPME locales et internationales dans ces zones afin qu’elles puissent offrir leurs services.

Le CRI a aussi lancé des programmes d’entrepreneuriat pour accompagner les jeunes diplômés, issus notamment de l’ENCG, de l’EST et de la future Cité des métiers et des compétences (CMC) de l’OFPPT, dans la création et le développement de start-up.

Afin d’attirer plus d’investisseurs, il est impératif de disposer d’un environnement des affaires propice. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place des guichets uniques pour leur faciliter les procédures administratives.

En collaboration avec le wali de la région, le CRI a également mis sur pied, depuis début 2025, le Comité régional de l’environnement des affaires (CREA), avec des sous-commissions spécialisées dans les questions relatives à la digitalisation, la compétitivité et l’attractivité.

Parallèlement, nous lancerons bientôt un programme de formation destiné à toutes les administrations pour renforcer leurs compétences sur les énergies renouvelables, l’hydrogène vert, l’acier vert, l’ammoniac et l’e-fuel, pour qu’elles puissent mieux accompagner les investisseurs.

Si vous êtes en face d’un investisseur, quels sont les principaux atouts compétitifs de la région que vous lui vendez ?
Nous leur présentons Dakhla comme la terre des opportunités cachées. Une région qui a trois atouts stratégiques : air, mer, terre. D’abord sa géographie qui lui permet de représenter 19% du territoire national.

Elle dispose aussi de 740 km de côté, 3.000 heures d’ensoleillement et d’énormes opportunités dans l’énergie éolienne avec des vents d’une vitesse de 35 km/h.

Ces atouts constituent d’énormes opportunités pour investir dans des secteurs à forte croissance comme les énergies renouvelables, dans une région qui offre l’un des meilleurs coûts mondiaux en termes de mixité énergétique.

Mais aussi dans l’agriculture, l’économie bleue, le dessalement, etc. À cela s’ajoute la stabilité politique et économique.

On leur explique aussi que nous privilégions les entreprises qui ont une vocation internationale, pour mieux valoriser la position de hub de Dakhla à travers le futur port de Dakhla Atlantique et le mégaprojet de Gazoduc Afrique Atlantique.

Avez-vous mis en place des programmes de formations spécifiques pour faire émerger une masse critique de compétences qui pourraient participer à ces grands projets ?
Effectivement. Je peux citer la formation développée en partenariat avec l’Anapec pour former des techniciens spécialisés en aquaculture, une filière qui a connu un important développement au cours des cinq dernières années.

Ce qui a permis à Dakhla d’être le leader national dans ce domaine. D’autres formations similaires sont prévues dans les autres secteurs stratégiques de la région.

On ne peut pas parler de Dakhla sans aborder son futur mégaport qui est au cœur de l’Initiative royale pour l’accès des pays du Sahel à l’Atlantique. Quelles sont les retombées attendues de ce mégaprojet sur la région ?
La vision royale, c’est de faire de Dakhla un hub commercial, énergétique, logistique et industriel. Le futur port Dakhla Atlantique ne sera donc pas un simple quai, mais plutôt une plateforme qui connectera les différents maillons de la chaîne logistique du transport maritime.

C’est un projet intégré qui stimulera le développement de la région, notamment grâce à l’Autoroute électrique Sud-Nord, le futur Gazoduc Afrique Atlantique et à l’interconnexion électrique entre le Maroc et la Mauritanie.

Au-delà de Dakhla, ces projets complémentaires profiteront à d’autres pays du continent, particulièrement ceux de la façade atlantique et du Sahel, grâce aux zones industrielles adossées au port qui faciliteront la transformation et l’exportation de leurs matières premières.

Et ce, dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant et d’un esprit de co-développement.

D’ailleurs, le CRI travaille actuellement avec les douze consulats pour développer ensemble des projets en co-investissement avec leurs pays, notamment dans l’agriculture, la pêche et la logistique.