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Zakaria Soukri : «Le segment des entreprises fait partie de l’ADN de la BMCI»
Le corporate banking et les sujets liés à la finance durable sont au cœur des priorités de la filiale de BNP Paribas. Le point avec le directeur du pôle.
Entre solutions innovantes, expertise de ses équipes et une organisation dédiée, la banque se positionne plus que jamais comme l’allié incontournable des entreprises. Pour Zakaria Soukri, directeur du corporate banking, le Royaume recèle des opportunités énormes, vu ses ambitions en termes de développement d’infrastructures, du besoin vital de transition énergétique, de l’attractivité des investissements étrangers au Maroc et du besoin en digitalisation des processus. Interview.
Quelle place occupent les métiers du corporate banking dans la stratégie de BMCI ?
Le groupe BNP Paribas, et plus particulièrement la BMCI, a une attache particulière aux entreprises. Ce segment fait partie de l’ADN même de notre groupe, qui a toujours eu une réputation de banque experte sur les métiers des entreprises et qui le prouve par la qualité de ses solutions, ses équipes et ses parts de marché, aussi bien au Maroc qu’à l’international. Notre raison d’être, c’est de pouvoir accompagner nos clients entreprises, à tout moment de leur cycle de vie, à la fois sur tous les sujets du quotidien que sur leurs transformations stratégiques. D’ailleurs, le corporate banking devient au Maroc un métier de plus en plus intéressant et crucial pour le secteur bancaire, compte tenu des ambitions du Royaume en termes de développement d’infrastructures, du besoin vital de transition énergétique, de l’attractivité des investissements étrangers au Maroc, du besoin en digitalisation des processus, mais surtout du niveau de sophistication de nos entreprises et du tissu industriel marocain.
Quels sont ces métiers et comment permettent-ils de mieux servir les entreprises ?
Nos équipes sont regroupées autour de 4 segments de clientèle : les PME-PMI, la grande entreprise, les multinationales, ainsi que les institutionnels. Ces segments ont accès à 6 grandes familles de métiers: les métiers de flux, de financement, de banque de capitaux, de banque d’investissement, de services et, enfin, les métiers relatifs aux personnes physiques. Notre stratégie de banque universelle et diversifiée permet à nos clients de consommer la banque auprès d’un seul et même opérateur. C’est la logique du One Stop Shop. D’ailleurs, nous ne cherchons pas à former sur le terrain des vendeurs ou des commerciaux… nous formons des banquiers, capables de conseiller nos clients, en leur apportant une expertise tout en protégeant leurs intérêts. Trois priorités ont déjà émergé de notre stratégie corporate banking : accompagner nos clients dans leur stratégie ESG et transition énergétique, digitaliser nos process/outils pour nos clients, et continuer d’investir dans notre offre de solutions.
Comment la banque se distingue-t-elle de ses concurrents dans ce domaine, en termes d’offres et d’accompagnement ?
C’est une question difficile, car nous avons au Maroc des banques de très grande qualité, complétées désormais par des institutions multilatérales internationales, telles que la BERD, l’IFC, Proparco, BAD, BEI… Toutes développent des choses intéressantes, dans différents domaines. Si l’on se concentre sur la BMCI, nos points forts résident dans une palette de solutions innovantes, notamment sur les métiers de flux et marchés de capitaux, et dans nos solutions de financement ESG et notre fort engagement pour une finance durable, ainsi que l’intégration du sens de l’éthique dans nos relations professionnelles. L’adossement à un groupe leader, BNP Paribas, sur lequel la BMCI peut se reposer notamment pour l’accompagnement à l’international de nos clients marocains, est un autre de nos points forts. Tout comme le sont le niveau d’expertise de nos équipes et le dispositif de formation autour d’elles, le placement du client au centre du dispositif corporate, le parcours client différencié en fonction du segment de clientèle, ainsi que la solidité de nos indicateurs financiers, comme le confirme le rating AAA maintenu par Fitch.
Sur le plan de la finance durable, comment se traduit l’engagement de BMCI en faveur d’une économie verte au Maroc ?
Le groupe BNP Paribas est membre de la Net Zero Banking Alliance (NZBA), ce qui veut dire que nous avons pour objectif la neutralité carbone de notre portefeuille à l’horizon 2050 en suivant une trajectoire de réchauffement à 1,5 °C. Grâce aux efforts déployés par le groupe, les énergies bas carbone représenteront 80% des financements liés à la production d’énergie à l’horizon 2030. Ainsi, le développement durable est l’un des 3 principaux piliers de notre plan stratégique GTS : Growth, Technologies et Sustainability, via la mobilisation de l’ensemble des métiers du groupe autour de la finance durable. La BMCI n’échappe pas et ne souhaite absolument pas échapper à la cascade naturelle de ces fortes ambitions pour ses activités au Maroc. Elle en a d’ailleurs, comme je le rappelais avant, fait un axe stratégique majeur, parfaitement aligné avec l’objectif ambitieux d’un mix énergétique plus propre pour le Maroc d’ici 2030. Notre plan d’action devrait nous permettre d’accompagner de manière efficace les attentes de nos clients les plus avancés dans le domaine, mais aussi de sensibiliser et de conseiller les clients moins avertis. Par exemple, nous ambitionnons de croître notre production de financements ESG deux fois plus vite que nos financements classiques. Nous avons également formé nos équipes de banquiers afin de discuter des sujets d’économie verte avec leurs clients, car nous partons du principe que l’ESG n’est pas un produit, mais plus une stratégie industrielle que doit mettre en œuvre le tissu d’entreprises marocaines. C’est de cette manière que nous cherchons à participer à l’effort national et industriel d’un pays en pleine transformation.
Quelle place les critères environnementaux occupent-ils dans la politique de distribution de crédits aux entreprises ?
En tant que banque, nous sommes amenés à financer un certain nombre d’industries, dont certaines présentent des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) majeurs. Le groupe a mis en place les politiques sectorielles couvrant les secteurs les plus sensibles afin de prendre en compte les normes ESG en plus des critères de performance économique dans les décisions de financements et d’investissements. Nous avons un seul principe : faire les choses justes! Les banques, et en particulier la BMCI, ont un rôle majeur dans le développement durable en réorientant les financements vers des solutions propres dans le respect de l’environnement.
La performance économique ou la viabilité financière d’un projet ne sont plus les seules composantes dans notre processus décisionnel d’octroi de crédits. Nous pouvons refuser une demande de crédit simplement parce que nous ne croyons pas en la compatibilité d’un projet avec des aspects ESG forts. Ce «screening» ESG a d’ailleurs été systématisé au sein du processus d’octroi de crédits à la BMCI, et cela permet à nos banquiers d’instaurer un dialogue sur les sujets de transition énergétique avec leurs clients.
Quels premiers enseignements la banque tire-t-elle de cette politique ?
Une grande entreprise marocaine ou une multinationale n’aura pas forcément de difficulté à le comprendre ou à s’ajuster face à cette dimension ESG… Toutefois, c’est moins évident pour nos clients PME-PMI. C’est l’un des premiers enseignements que nous tirons d’ailleurs, car pour les PME-PMI, le sujet est encore soit trop vague, soit trop compliqué à adresser, alors qu’il existe bien des dispositifs d’accompagnement (aussi bien publics que privés). Or, nous parlons ici de plusieurs centaines de milliers d’entreprises qui, si elles ne se transforment pas très rapidement, seront mises à l’écart notamment sur des marchés à l’export.
Comment BMCI adresse-t-elle les enjeux de décarbonation qui préoccupent les entreprises, notamment industrielles, alors que la taxe carbone aux frontières de l’UE est entrée en vigueur le 1er octobre ?
Je voudrais démystifier un peu le sujet de la taxe carbone de l’UE. Pour le Maroc, c’est plus une opportunité qu’une contrainte. Je m’explique : le nombre d’entreprises ayant décidé de déménager leurs usines de production vers le Maroc en 2022 et 2023 est impressionnant. Le Maroc attire mais surtout il est à seulement 14 km des portes de l’Europe. Combien de pays dans le monde peuvent justifier d’une telle proximité avec l’UE, tout en étant une économie résiliente, avec un dispositif politique et géopolitique stable ? C’est donc un candidat idéal, et nous le voyons au quotidien sur les secteurs comme l’automobile, l’aéronautique, l’agro et la métallurgie. Il faut donc ici féliciter les initiatives du gouvernement sur ces sujets. Maintenant, au-delà de la compétitivité du Maroc, il faut que nos entreprises locales s’ajustent très rapidement. La principale action de la BMCI vis-à-vis de cet enjeu colossal, c’est de s’assurer de la prise de conscience de nos clients. Nous les poussons à bénéficier d’audits et de certifications qui existent en nombre aujourd’hui. Cela fait partie des discussions quotidiennes entre nos banquiers et nos clients. Et nous poursuivons les discussions même sur les sujets de supply chain, en essayant de financer un écosystème plutôt qu’un seul maillon de la chaîne. Cela permet d’assurer une durabilité et de contribuer plus globalement à une filière, surtout quand cette dernière souhaite être décarbonée.
Quelles sont les solutions proposées par la banque aux entreprises pour développer davantage leurs investissements verts ?
Il existe réellement 4 types de solutions de financement. Les premiers sont les prêts bonifiés : dernièrement, la BMCI a innové sur le marché en proposant un nouveau type de financement, le Sustainability Linked Loan (SLL). C’est d’ailleurs la première banque au Maroc à lancer cette solution, qui consiste en un prêt dont le coût dépend de l’atteinte d’indicateurs clés de performance ESG.
La banque et son client s’accordent sur des indicateurs extrafinanciers matériels et des objectifs d’évolution suffisamment ambitieux. Ces indicateurs seront mesurés annuellement par un auditeur externe indépendant pendant toute la durée du prêt. Si les objectifs sont atteints, le taux du financement sera revu à la baisse. Nous sommes également en train de lancer une version simplifiée du SLL, surtout pour notre tissu PME-PMI. Les seconds sont les prêts subventionnés. La BMCI propose plusieurs produits qui encouragent les investissements dans le green, comme par exemple le GEFF en partenariat avec la BERD. Ce dernier est un programme de la BERD dédié à l’efficacité énergétique, aux énergies renouvelables et à la gestion des ressources (eau, déchets, etc.) Troisièmement, les prêts et solutions publiques. La BMCI offre également le produit Green Invest développé par Tamwilcom. Ce produit consiste à proposer un co-financement pour les projets de Capex et Opex verts, ainsi que l’obtention d’installations techniques pour les entreprises avec une composante ESG forte. Il existe également les solutions apportées par Maroc PME pour la croissance verte et les développements industriels pour les PME-PMI. Enfin, les financements de projets. La BMCI peut structurer et coordonner, pour le compte de ses clients grandes entreprises et multinationales, des financements de projets, tout en faisant appel également aux DFI (Developping Financing Institutions).