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Transmission d’entreprise : Un contexte macroéconomique favorable

L’arrivée massive d’entreprises sur le marché de la transmission, le développement du capital-investissement ou encore l’avènement de nouveaux modèles d’investissement peuvent rebattre les cartes au Maroc. Éclairage.

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De l’avis de nombreux spécialistes de l’entrepreneuriat et de l’accompagnement des entreprises, le Maroc est dans une phase charnière de son développement économique, où la question de la transmission d’entreprise est à la fois une problématique urgente et un enjeu stratégique.

Pour avoir un ordre de grandeur, la quatrième vague du baromètre de la transmission des entreprises familiales du cabinet BDO Maroc avait estimé, dès 2021, le poids du marché de la transmission à 60% des entreprises familiales au Maroc.

Aujourd’hui, avec l’arrivée massive d’entreprises sur le marché de la cession, la maturité de nombreuses entreprises familiales (représentant plus de 90% des entreprises au Maroc) et les nouvelles dynamiques économiques, plusieurs tendances convergent pour faire de la transmission un levier central de la réindustrialisation et de la montée en gamme du tissu économique national.

Le même baromètre précité permet d’arriver au constant suivant : le processus de transmission s’avère complexe pour beaucoup d’entreprises au Maroc. Ce qui prouve l’utilité de l’accompagnement et de la préparation en la matière. Interrogé sur les profondes mutations du marché de la transmission d’entreprise au niveau national, Amine El Azher, fondateur de la banque d’affaires Arden Capital et expert en stratégie, en finance et en capital-investissement, décortique ses principales subtilités.

Un marché en ébullition
«À l’image de ce qui s’est produit dans de nombreux pays développés, le Maroc connaît un vieillissement de la première génération d’entrepreneurs. Ces derniers, fondateurs de PME souvent familiales ou fortement personnalisées, arrivent à l’âge de la retraite. Or, dans de nombreux cas, l’absence d’une relève familiale ou managériale rend la transmission plus complexe», analyse l’expert des opérations de fusion-acquisition (M&A).

Notre source alerte ainsi sur le grand risque de voir ces entreprises, parfois solides et ancrées localement, disparaître faute de solution adaptée. D’ailleurs, l’étude de BDO Maroc susmentionnée montre que plus de la moitié des entreprises familiales (53%) se retrouvent sur le marché de la cession sous la pression de la nécessité (départ à la retraite du dirigeant ou pour la survie de l’entreprise).

Des capitaux plus disponibles
El Azher est formel : le contexte macroéconomique joue en faveur de la transmission.
«Le Maroc bénéficie aujourd’hui d’une dynamique d’investissements impulsée par des projets d’envergure internationale (Coupe du monde 2030, CAN 2025, grands projets d’infrastructure…)», constate-t-il. Et d’ajouter : «Le développement du capital-investissement, boosté par l’apport du Fonds Mohammed VI et l’arrivée d’acteurs internationaux, rend le financement d’opérations de transmission plus accessible notamment pour les entreprises les plus en vue».

À ce stade, les derniers chiffres rendus publics par l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC) sont édifiants. Selon l’Association, le montant des investissements en private equity des sociétés de gestion dans les entreprises au Maroc a presque triplé entre la période 2012-2017 (3.360 MDH) et l’intervalle 2018-2024 (9.176 MDH).

Pour l’année dernière, les investissements dans les entreprises marocaines, réalisés par 10 sociétés de gestion, s’élèvent à 1.699 MDH (contre 2.542 MDH réalisés par 12 sociétés de gestion en 2023). Pour tirer parti de l’énorme potentiel de croissance du private equity au Maroc, notre expert exhorte les dirigeants et actionnaires de PME à démystifier le «monde du capital-investissement , souvent perçu, selon lui, avec méfiance de leur part, craignant surtout de perdre le contrôle ou de voir leurs valeurs diluées.

«Pourtant, il s’agit d’un levier puissant pour financer la croissance, l’innovation ou la transmission, surtout lorsque les financements bancaires traditionnels sont limités. En apportant des capitaux frais, le private equity permet de concrétiser des projets ambitieux, d’accélérer le développement à l’international ou de moderniser l’entreprise», fait observer notre interlocuteur.

En plus des fonds apportés
Au-delà de l’aspect financier, le rapport d’impact 2023 de l’AMIC prouve que le private equity apporte une véritable expertise en gouvernance et en management aux entreprises investies. À titre illustratif, à fin 2023, 97% des entreprises investies par les capital-investisseurs ont établi des indicateurs de performance (contre 36% au moment de la prise de participation) et 93% d’entre elles ont mis en place des mécanismes d’audit réguliers (contre 61% au moment de la prise de participation).

Notons que les fonds de private equity investissent souvent dans la structuration des conseils d’administration, l’amélioration des processus de décision et la professionnalisation des pratiques, ce qui renforce la performance globale et la pérennité de l’entreprise.

«Cette collaboration permet aussi de clarifier les rôles entre famille et management, un point crucial dans les entreprises familiales», assure notre interlocuteur. El Azher attire aussi l’attention sur le fait que le capital-investissement joue un rôle clé pour le passage de relais en apportant une vision extérieure objective qui aide à résoudre les tensions familiales et à préparer les successeurs.

Il ressort du rapport d’impact de l’AMIC de 2023 que la quasi-totalité des entreprises investies répondent, à terme, aux exigences des fonds d’investissement en matière d’amélioration de la gouvernance et de mise en place d’outils de communication et de transparence financière.

Ce qui constitue un avantage considérable, surtout pour les structures ambitieuses qui comptent financer leur expansion via une introduction en Bourse.

En clair, le private equity repose sur un modèle d’alignement d’intérêts, puisque les investisseurs et dirigeants partagent un objectif commun de croissance et de valorisation sur un horizon moyen terme.

Au final, la relation partenariale, basée sur la confiance et la transparence, permet de dépasser les craintes initiales et de transformer l’investissement en une véritable opportunité de développement durable dans le cadre de la transmission.


Un levier adapté à la transmission d’entreprise
Selon Amine El Azher, un nouveau modèle d’investissement s’observe de plus en plus au Maroc après avoir fait ses preuves à l’étranger. Il s’agit des plateformes sectorielles/thématiques bâties autour d’une entreprise leader.

«Ce modèle, soutenu par des investisseurs institutionnels, vise à créer des synergies à travers la croissance externe en agrégeant plusieurs PME autour d’une même chaîne de valeur», indique-t-il. Ce levier structurel serait particulièrement adapté à la transmission d’entreprise, car il permet de pérenniser des compétences et des structures existantes tout en leur donnant un nouvel élan.