SUIVEZ-NOUS

Argent

Private equity : Les cinq enseignements d’une année record

L’année dernière confirme l’entrée du capital-investissement dans une nouvelle phase de croissance. Levées de fonds, désinvestissements, rendements…, les indicateurs sont globalement bien orientés. Mais derrière ces niveaux historiques, de nouveaux défis sont à surmonter.

Publié le


Mis à jour le

Le capital-investissement aura connu son meilleur millésime depuis la création de cette industrie. Levées de fonds, désinvestissements, taux de rendement, diversification des secteurs…, le private equity est rentré dans un cercle vertueux, comme le qualifie Hassan Laaziri, président de l’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC).

Levées et investissements record
L’industrie a ainsi enregistré une année historique. En 2025, les levées de fonds ont atteint 6,6 milliards de dirhams, contre 4,4 MMDH l’année précédente, soit une hausse de 50%.

Sur la période 2020–2025, les levées cumulées ont atteint 20,1 milliards de dirhams, ce qui représente quatre fois le volume de la génération précédente (2014-2019). Cette dynamique a été portée par la mobilisation des capitaux de 11 fonds. Elle traduit également un changement de fond. En effet, la structure des levées est dynamisée actuellement par des investisseurs marocains plutôt qu’étrangers, avec une part de 60%, alors qu’ils ne représentaient que 30% la génération précédente.

Du côté des investissements, 12 sociétés de gestion ont déployé 2,2 MMDH sur 64 opérations, dont 35 nouvelles et 29 réinvestissements. Depuis 2020, ce sont près de 11 milliards de dirhams qui ont été investis, correspondant au double de la mise de 2014–2019.

Désinvestissements
Avec 4,2 milliards de dirhams de sorties en 2025, le secteur affiche une deuxième année record sur le plan des désinvestissements, en croissance de 182%.

Le cumul atteint 14,3 milliards de dirhams pour près de 200 opérations de sortie depuis l’origine du capital-investissement. Le point marquant de ces sorties réside dans la part des introductions en Bourse.

Elles concentrent plus du tiers (33%) en 2025, ce qui témoigne d’un regain d’attractivité et de l’élan qu’a pris le marché boursier depuis plus de deux années. Mais pas que.

Le marché secondaire représente toujours un poids assez important dans les désinvestissements, à 23%, bien qu’en baisse de 20 pts par rapport à la génération 2014-2019. Cette configuration traduit la capacité des entreprises accompagnées à poursuivre leur trajectoire de croissance, en attirant de nouveaux fonds d’investissement de plus grande taille lors de la sortie des investisseurs initiaux.

Polarisation des tickets
Toutefois, par stade de développement, le marché demeure largement dominé par le capital-développement. En valeur, il concentre l’essentiel des montants investis, devant le capital-risque et l’amorçage.

Il est vrai qu’en nombre d’opérations, les tickets de petite taille restent plus présents, mais leur poids financier demeure limité. Cette catégorie représente donc 66% des opérations et près de 11% des montants investis, avec un ticket moyen autour de 10 MDH. Ce qui témoigne d’une montée en puissance de l’innovation.

En face, le capital-développement rafle la grande part avec 80% des montants investis. «Il a beaucoup gagné en maturité avec un ticket de 152 MDH, contre 76 MDH une génération auparavant», commente Laaziri.

Si ces performances montrent des indicateurs bien favorables, une fragilité importante subsiste au sein de cette industrie, qui réside dans la forte polarisation des tickets.

En effet, le segment du middle market commence à montrer des signes d’essoufflement, notamment sur les opérations comprises entre 10 et 50 MDH. Cette problématique apparaît d’autant plus marquée que le capital-développement continue de progresser sans grande peine, tandis que le capital-risque et l’amorçage devraient bénéficier d’un nouvel élan grâce au Fonds Mohammed VI pour l’investissement.

L’arrivée des neuf sociétés de gestion sélectionnées, en complément des cinq acteurs déjà présents sur ce segment, pourrait ainsi constituer un tournant important pour le financement des premières phases de développement des entreprises.

Laaziri souligne ainsi que «l’AMIC s’attelle activement à cette problématique des tickets du mid-market, avec les sociétés de gestion de fonds pour éviter une disparition totale de ce niveau de tickets».

TRI, entre 9 et 17%
Les indicateurs financiers du private equity sont au beau fixe. Le taux de rendement brut moyen se situe à 14% sur la période 2024-2025, avec une période de détention moyenne de 6,2 années et un multiple global de 1,9x.

Autrement dit, la mise initiale des investisseurs est doublée à leur sortie. Il faut dire que les niveaux de rendement sont disparates en fonction du stade de développement. Ils atteignent 9% pour le capital-risque et 17% pour la phase transmission. Le rendement des capitaux investis dans le capital-développement se situe exactement dans la moyenne sectorielle.

Par secteur, c’est le domaine de la santé qui détrône les rendements avec un TRI de 31%, porté par la généralisation de l’AMO et l’apparition d’acteurs de santé de taille importante. Il est suivi par les services avec un TRI de 18% et de la construction avec un rendement qui se situe autour de 14%.

Des investissements soutenus
Les capacités d’investissement de l’industrie demeurent conséquentes, avec encore 9,2 MMDH disponibles. Les déploiements attendus sont estimés à 2,1 MMDH en 2026, avant de progresser à 2,4 MMDH en 2027, puis de revenir à 862 MDH en 2028.

Du côté des fonds transrégionaux, le Maroc s’impose comme la principale destination d’investissement, captant 32% des intentions, porté notamment par la stabilité de son cadre macroéconomique et monétaire. L’Afrique subsaharienne suit avec 23%, devant l’Égypte (18%) et la Tunisie (14%). Les priorités sectorielles évoluent également.

Pour les cinq prochaines années, les sociétés de gestion affichent un intérêt marqué pour l’agroalimentaire, qui prend désormais le relais de la santé, secteur phare de la génération précédente.

Les nouvelles technologies, la distribution, l’énergie et la santé figurent également parmi les segments les plus ciblés. Enfin, le rythme des sorties devrait rester soutenu. Le secteur anticipe 15 opérations de désinvestissement en 2026, puis 7 supplémentaires en 2027.


OPCC : Le nouveau standard des fonds locaux
Les véhicules de placement en OPCC gagnent de plus en plus en crédibilité auprès des investisseurs. Ils ont enregistré une hausse notable entre 2008-2013 et 2020-2025, avec une part passant de 12 à 46% en nombre de fonds créés sur ces périodes, représentant ainsi 34 points de plus.

Selon les statistiques publiées par l’AMMC, ce véhicule de placement totalise 21 fonds et affiche un actif net de 5,5 MMDH à fin décembre dernier, en croissance de 76% par rapport à 2024.

L’AMIC précise qu’alors que les fonds destinés à l’investissement transrégional optent prioritairement pour les formes juridiques étrangères, les fonds locaux, eux, privilégient les véhicules marocains de type OPCC et SA.