Argent
Placements : L’obligataire de long terme détrône la Bourse
Tous les produits de placement, qu’ils soient investis en actions ou en taux, ont rapporté une bonne rémunération à la fin du premier semestre. Toutefois, les fonds investis en obligations
de moyenne et longue échéance restent les plus intéressants.
Les produits de placement, toutes catégories confondues, continuent de bien remplir leur mission, qui est de faire fructifier l’argent investi. Certains moins bien que d’autres certes, mais la tendance globale est favorable. En effet, le marché des capitaux aura évolué dans un contexte favorable, le premier semestre passé. Tous les indicateurs sont dans le vert, que ce soit pour les taux ou pour les actions. En fait, le marché financier n’a pas rompu le rythme des réalisations de l’année passée.
Si l’on prend le marché actions, ce dernier a fini le semestre sur une croissance de 10%. Il avait démarré l’année sur une note bien calme, au gré des indicateurs économiques, de finances publiques ou autres ; les investisseurs scrutant aussi bien la campagne agricole que le taux d’inflation, la croissance… Mais, à partir de février, le marché a pris son élan, enchaînant les progressions au fil des séances de cotation. Le Masi a été porté par les performances commerciales des sociétés cotées au premier trimestre, qui ont réalisé un chiffre d’affaires global de 78 milliards de dirhams, en hausse de 4% par rapport à la même période de l’année précédente.
La performance de la Bourse s’est poursuivie grâce également à la dynamique des immobilières cotées dont le cours a plus que doublé en six mois. Si certains analystes allouent ces progressions aux répercussions attendues du nouveau dispositif d’aide directe au citoyen en vue de l’acquisition de logement, d’autres estiment que l’engouement sur ces valeurs est exagéré et ne répond à aucune logique de marché. Toujours est-il, elles ont contribué pour beaucoup à la hausse du Masi. Une croissance qui n’est pas près de s’essouffler et qui serait tirée d’ici à la fin de cette année par les industrielles notamment, compte tenu de l’ensemble des chantiers lancés au Maroc, en préparation à la CAN 2025 et au Mondial 2030 en matière d’infrastructures routières, ferroviaires, aériennes… Cela, en plus de la promotion immobilière et du filet social qui devrait encourager la consommation interne. Naturellement, les produits liés aux actions, notamment les OPCVM actions, ont tiré profit de l’embellie de la Bourse de Casablanca, pour réaliser une hausse de 4,2% à la fin du premier semestre.
Détente sur les taux obligataires
Les titres publics continuent de bien rémunérer leurs détenteurs, bien qu’une détente sur les taux ait été observée depuis le début de cette année. Ils varient entre 2,97% pour la maturité 52 semaines, à 3,28% pour l’échéance 2 ans et 3,76% pour le 10 ans. Par rapport à la fin de l’année précédente, les taux ont baissé respectivement de 11 pbs, 4 pbs et 7 pbs. Les taux obligataires ont évolué le premier semestre de l’année sans grand relief. Le trésor maîtrisait son financement, n’exerçant aucune pression sur les taux obligataires et mettant ainsi les investisseurs dans une position confortable. Cette situation est certes l’effet d’un allègement de l’inflation et son retour à des niveaux normatifs, mais aussi des répercussions positives des mesures fiscales introduites par la Loi de finances de cette année, avec à leur tête la refonte de la TVA. Selon Attijari Global Research, cette réforme a permis de mobiliser près de 4 milliards de dirhams de ressources supplémentaires à l’État à fin mai. D’autant qu’en termes de financement innovant, l’État n’a concrétisé que 5 milliards de dirhams alors que la LF projette une trentaine de milliards. Un autre élément qui contribue à la rationalisation des dépenses, c’est bien l’enclenchement du processus de décompensation du gaz butane depuis début mai.
Cette sérénité qui règne sur le marché des taux devrait perdurer d’ici à la fin de cette année, selon des professionnels du marché, surtout que l’argentier de l’État n’a même pas encore fait appel à un financement extérieur. Il devrait continuer à lever ses besoins et rembourser ses tombées sans éprouver une difficulté particulière. Dans ces conditions, le marché secondaire des taux bénéficie de cet apaisement, comme l’atteste le niveau des rendements qui se situent entre 3,25% pour le 2 ans et 3,74% pour le 10 ans. En tout cas, cette quiétude se manifeste sur les OPCVM obligataires de moyen et long terme qui ont affiché, à fin juin, une performance de 29,7%. Les fonds monétaires, eux, ont enregistré une progression de 3,44% contre une baisse des fonds obligataires de courte échéance de 4%.
Produits bancaires, en bas de l’échelle
Après un pic de 2,98% au 2e semestre de 2023, jamais atteint depuis 2014, la rémunération des comptes sur carnet a baissé à 2,73% au terme des six premiers mois de cette année, consécutivement au recul des taux des bons du Trésor d’échéance 52 semaines sur le marché primaire du semestre précédent, sur lesquels se base Bank Al-Maghrib pour calculer le rendement, en déduisant 50 points de base. Bien que la rémunération qu’il propose ne crève pas le plafond, ce produit reste le moyen le plus prisé pour épargner. Il n’y a qu’à voir l’encours des comptes sur carnet qui connaît une augmentation continue, atteignant à fin avril 185 milliards de dirhams.
Cependant, la rémunération des dépôts à terme est librement fixée par les banques. À fin avril (dernières données disponibles sur le site de BAM), le rendement est de 2,40% pour les comptes bloqués sur six mois et de 2,96% pour ceux de 12 mois. Depuis fin décembre, il a reculé de 20 et 9 points de base. Même si ce produit est parmi les moins intéressants, compte tenu de la rémunération qu’il offre et de son caractère illiquide, l’encours totalise presque le même niveau que les comptes à terme, soit 118 milliards de dirhams.
La Bourse, bien lotie
Le marché actions devrait poursuivre sa progression jusqu’à fin 2024. Tous les signes plaident pour une performance intéressante de la Bourse de Casablanca qui se situerait entre 7% au pire et 15% au mieux. La Bourse devrait l’emporter sur les produits de taux qui, eux, ne devraient pas afficher de volatilité majeure, tant que le Trésor contrôle son financement et le rythme de ses interventions. Une poursuite de la stagnation des taux est à prévoir d’ici la fin de l’année, impactant donc le niveau de rémunération des comptes sur carnet sur lesquels il est adossé. Reste à prendre en compte la fiscalité assortie à chaque produit pour constater la plus-value nette, qui est de 15% pour les instruments investis en actions, 20% pour ceux placés dans les produits de taux et de 30% pour les produits d’épargne bancaire.
