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Marsa Maroc : Un géant en devenir
L’opérateur portuaire a changé de dimension depuis son introduction en Bourse en 2016, devenant l’un des poids lourds de la Bourse de Casablanca. Engagé dans un ambitieux plan de développement stratégique, le groupe mobilise des milliards de dirhams d’investissements pour poursuivre sa croissance.
Marsa Maroc est incontestablement l’une des vedettes de la cote casablancaise. Plébiscité par les investisseurs, le titre fait régulièrement l’objet de recommandations positives de la part des analystes, qui apprécient son profil de croissance, sa capacité à générer du cash et son ambitieuse stratégie d’expansion menée à coups de milliards de dirhams d’investissements.
Introduite en Bourse en 2016 au prix de 65 dirhams, suite à une offre publique de vente de 40% du capital de l’entreprise par l’État marocain, l’ex-Société d’exploitation des ports (SODEP) n’a presque plus grand-chose à voir, en termes de taille et de performance, avec l’opérateur multitrafic qu’il est devenu aujourd’hui.
Entre 2015 et 2024, le chiffre d’affaires et le résultat net ont plus que doublé, passant de 2,1 à plus de 5 milliards de dirhams, et de 488 millions de dirhams à 1,26 milliard de dirhams, respectivement. Côté tonnage, le trafic global opéré par la société sur ses 10 ports de présence a suivi la même trajectoire, passant de 35,2 millions de tonnes manutentionnées en 2015, à plus de 63 millions en 2024.
En Bourse, la progression est encore plus spectaculaire. Cotant actuellement autour de 985 dirhams, la valeur du titre a été multipliée par 15 depuis l’IPO. L’action Marsa est par ailleurs en hausse de 84% depuis le début de l’année, et de 255% depuis début 2024.
Quant à sa capitalisation boursière, elle a littéralement explosé : valorisée à 5 milliards de dirhams lors de l’IPO, l’entreprise pèse aujourd’hui en Bourse quelque 73 milliards de dirhams, faisant d’elle la troisième plus grande capitalisation de la corbeille casablancaise derrière les mastodontes Attijarifawa bank et Maroc Telecom.
Un impressionnant pipe d’investissements
Cette croissance, qui s’est poursuivie lors du premier semestre 2025, avec un chiffre d’affaires consolidé de 2,84 milliards de dirhams, en hausse de 14,5%, est le fruit de la profonde transformation stratégique amorcée par l’entreprise, dans le sillage notamment de son passage, en 2021, dans le giron du groupe Tanger Med (Tanger Med Dev Log SA est depuis 2021 le principal actionnaire de Marsa Maroc avec 35% des parts).
Ce nouveau plan stratégique, élaboré en 2023, a posé les bases d’une croissance tous azimuts, portée par des investissements colossaux dans l’extension des capacités, la diversification des activités, la modernisation des équipements, l’acquisition de concessions stratégiques au Maroc, mais aussi en Afrique, ou encore la digitalisation.
Globalement, ce ne sont pas moins de 16 milliards de dirhams qui seront investis au cours des cinq prochaines années, avec l’objectif de doubler le chiffre d’affaires et la capacité bénéficiaire d’ici 2030.
Ainsi, sur le créneau stratégique du transbordement, Marsa Maroc a sécurisé deux positions au port de Nador West Med. Le terminal conteneur Est sera développé avec Terminal Investment Limited (filiale de MSC Group) pour près de 5 milliards de dirhams (480 millions d’euros), tandis que le terminal Ouest sera réalisé en co-entreprise avec le français CMA-CGM pour plus de 2,6 milliards de dirhams.
La mise en service de ces deux terminaux devrait permettre d’accélérer la croissance du groupe. Un premier appel d’offres vient d’ailleurs d’être lancé pour l’aménagement du terminal Est. Marsa Maroc engage une enveloppe d’investissement estimée à 200 millions d’euros pour la réalisation de la première phase de ce terminal qui offrira en pleine capacité 3,4 millions d’EVP, et dont la mise en service est prévue en 2027.
En parallèle, le groupe déploie un important programme d’investissement de 4 milliards de dirhams pour l’extension de ses infrastructures et pour la modernisation de son parc d’équipements aux ports de Casablanca et de Jorf Lasfar.
Sur ce montant, 3,2 milliards de dirhams sont consacrés au renforcement du trafic de conteneurs dans le port de Casablanca à travers plusieurs projets. Il s’agit notamment de l’extension des quais existants, le réaménagement des parcs de stockage ainsi que la reconversion du terminal Est en mode RTG (Rubber Tyred Gantry).
Au total, la capacité de conteneurs du port augmentera de 900.000 EVP, pour atteindre 2,2 millions d’EVP d’ici 2030. À cela s’ajoutent près de 850 millions de dirhams investis à Casablanca et Jorf pour renforcer l’activité «Vrac».
Ainsi, la capacité des terminaux polyvalents du port de Casablanca passera de 7,5 à 10 millions de tonnes, tandis qu’à Jorf Lasfar, la capacité du terminal polyvalent augmentera de 3 à 4,5 millions de tonnes. Ces investissements colossaux sont facilités, entre autres, par la solidité financière du groupe, dont l’activité génère d’importants cash-flows.
Ainsi, à fin juin, l’endettement net de Marsa Maroc est de -492 millions de dirhams, traduisant un excédent de liquidités. Une position qui résulte d’un niveau de dettes de financement de 1,63 milliard de dirhams contre 2,12 milliards de dirhams de disponibilités, ce qui lui confère une marge de manœuvre stratégique pour financer ses projets.
Revers de la médaille, cet effort d’investissement rogne sur les dividendes distribués. Comme l’a récemment souligné la société de Bourse MSIN dans une note consacrée à la valeur Marsa Maroc, sur la période 2016-2025, le dividende ordinaire versé variait entre 7,2 DH et 9,7 dirhams, avec un payout moyen de 101% et un rendement de 4,3%.
Depuis 2021, une discipline plus marquée est observée, avec un taux de distribution stabilisé autour de 70%. Pour 2024, un dividende de 9,5 dirhams par action a été distribué en juillet 2024, au lieu de 8,7 dirhams une année auparavant, avec un taux de distribution de 64% et un rendement de 0,95%.
Premiers pas en Afrique
L’expansion en Afrique est au cœur de la nouvelle stratégie du groupe, qui vise à consolider sa croissance sur le marché national et à développer significativement ses activités internationales. Marsa Maroc s’est ainsi vu confier la gestion des terminaux 1 et 5 du Port autonome de Cotonou, au Bénin.
Les opérations au terminal 1 ont commencé en octobre 2024, concrétisant ainsi les ambitions internationales de l’opérateur. En Afrique de l’Ouest toujours, un accord pour la modernisation des infrastructures portuaires au Libéria a été conclu.
Cet accord concerne notamment les ports de Monrovia et de Buchanan, où il est prévu le développement d’un nouveau terminal polyvalent. Marsa Maroc étoffe, par ailleurs, son portefeuille en se positionnant sur l’Afrique de l’Est. L’opérateur portuaire investira dans Damerjog Oil FZE, une entreprise chargée de la construction d’un terminal pétrolier et gazier à Djibouti.
Une filiale dédiée à la gestion de ses activités à l’international et particulièrement ses nouvelles opérations en Afrique a été créée. Baptisée Marsa Maroc International Logistics, cette filiale dirigera une branche appelée Marsa Djibouti pour superviser l’investissement dans le terminal pétrolier et gazier situé sur la côte djiboutienne du golfe d’Aden.
