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Marché actions : Cher payé… une correction à l’horizon ?

La valorisation du marché actions est élevée, compte tenu de la vitesse de croissance des bénéfices des sociétés cotées. Un retour aux fondamentaux est recommandé pour rééquilibrer la valeur de certains titres.

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Le marché actions s’est inscrit sur un trend haussier soutenu depuis plusieurs mois. L’indice général a dépassé les 14.000 points pour une performance annuelle qui frôle 15%. Depuis son plus bas historique enregistré en janvier 2023, le Masi a enregistré une hausse de 50%. Il faut dire que les investisseurs se sont davantage dirigés vers les valeurs de croissance, jusqu’à épuiser presque la totalité de leur potentiel haussier. Cette croissance du marché est nettement plus rapide que les bénéfices des sociétés cotées.

Actuellement, le marché traite à un PE moyen qui dépasse 22x. Il se rapproche ainsi du plus haut historique réalisé en 2016, cela si l’on fait exception de l’année 2020 où le marché traitait à des niveaux de PE supérieur à 24, en raison des mauvaises réalisations des sociétés cotées. D’ailleurs, Attijari Global Research (AGR) relève «un creusement de l’écart entre l’augmentation des cours et celle des bénéfices, et ce, par rapport aux tendances normatives du marché. Durant la dernière décennie, la capitalisation du marché affiche une progression annuelle moyenne supérieure de 0,5 pt par rapport aux profits. Néanmoins, cet écart ressort à 8,2 pts sur la période 2022-2024e».

Certaines valeurs dépassent largement cette moyenne, comme Sonasid avec 40x, TGCC avec 30x, ou encore Managem avec 50x. Par secteur, AGR explique que les banques et les télécoms se traitent à des multiples de bénéfices relativement bas, en dessous de leur moyenne historique, au moment où les industries et les services affichent un PE moyen de 30x. Il s’agit d’une prime de valorisation de 50% de plus par rapport à la moyenne 10 ans de l’indice Masi.

Le marché est-il dans une bulle ? Si ce n’est pas tout le marché actions qui l’est, certaines valeurs le seraient déjà, notamment les immobilières et celles du BTP. Lors des phases euphoriques de ce genre, AGR considère qu’«il est judicieux de revenir aux fondamentaux, en l’occurrence la capacité du bilan à soutenir la croissance future, la rentabilité des fonds propres, la capacité à générer le cash, ainsi que la cohérence entre le profil de croissance et les multiples de valorisation» (voir encadré).

Le potentiel à consommer graduellement
Si les réalisations au titre du premier semestre sont bien orientées avec une progression du chiffre d’affaires de 4,3% et de la capacité bénéficiaire de 21%, en retraitant de l’effet Maroc Telecom, les résultats annuels de la cote devraient mieux se porter au terme de cet exercice. D’abord, les valeurs bancaires devraient tirer profit de l’impact de la baisse du taux directeur – décidé en juin dernier et qui ne portera effet qu’au second semestre de cette année – sur leurs activités de marché. Ensuite, Maroc Telecom devrait bénéficier d’un effet de base, puisque la provision concernant son litige avec Wana Corporate a été comptabilisée au premier semestre.

De plus, si les sociétés du secteur du BTP, de l’immobilier et des industries ont profité des effets d’annonce (programmes immobiliers, infrastructures routière et ferroviaire), leurs concrétisations devraient hisser davantage leurs résultats, ce qui bénéficierait au marché dans sa globalité. Ainsi, les perspectives d’une poursuite de l’amélioration de la masse bénéficiaire devraient conduire à un retour du PE à des niveaux normatifs et redonner ainsi du potentiel au marché.

Sauf qu’il gagnerait à être consommé graduellement, en 2025 et 2026. «Une correction de 3 à 4% est souhaitable pour finir l’année à 12% en moyenne», estime AGR. Autrement, le marché pourrait atteindre une performance de 20% d’ici la fin de l’année, et s’inscrirait dans un statu quo ou devrait fortement corriger, alors que 2025 est promise à la réalisation de plusieurs projets par nombre de sociétés cotées.

Investir «à contre-courant» est recommandé
Dans ces conditions, AGR recommande de se tourner vers des stratégies à «contre-courant», dans la mesure où la tendance des «valeurs de croissance» est pleinement valorisée en Bourse. «L’objectif étant de commencer à faire basculer les portefeuilles vers des valorisations relativement plus attrayantes, tout en intégrant des notions fondamentales, telles que la qualité du bilan, la solidité des marges et la capacité à générer du cash-flow sur des horizons de moyen terme», explique la cellule analyse et recherche d’Attijari. Ainsi, un portefeuille de valeurs dites «résilientes» est recommandé, constitué d’Attijariwafa bank, Maroc Telecom, Ciments du Maroc, Mutandis et Label’vie.

Le professionnel du marché rajoute à ces valeurs Maroc Telecom à condition qu’elle n’ait plus de litiges avec le régulateur. La valeur dispose d’un énorme potentiel de croissance des cours, grâce à ses filiales africaines qui constituent un relais de croissance par excellence. D’autant que le lancement imminent de la 5G devrait être profitable à l’opérateur, surtout qu’il est prêt à la déployer, en termes d’infrastructure et de réseau. Akdital reste une valeur attrayante en dépit de son PE élevé, compte tenu du rythme d’ouverture de ses cliniques et de la généralisation de l’AMO, deux éléments qui seraient profitables à l’acteur du secteur de la santé privée et qui lui permettraient de générer des cash-flows. À ces valeurs, il est recommandé de rajouter à son portefeuille des titres de fonds de portefeuille comme Marsa Maroc et Taqa Morocco.


Ciment, énergie, santé…, des valeurs «de qualité»
Attijari Global Research estime que les secteurs du ciment, de la grande distribution, de l’énergie, des mines, des ports et de la santé présentent des bilans de qualité permettant de soutenir une croissance solide à l’avenir. Les analystes relèvent ainsi un BFR maîtrisable (-17% à 20% du chiffre d’affaires) en cohérence avec leur niveau d’endettement, des marges d’EBE attractives par rapport à leur activité respective (9% à 49%) et une génération adéquate du cash-flow opérationnel (6 à 34% du CA). En revanche,
les secteurs du BTP, de l’immobilier, de l’agroalimentaire et des nouvelles technologies semblent moins positionnés en termes de profil-risque, avec un niveau de BFR relativement plus élevé, une marge d’EBE moins attractive (10 à 15%) dans le contexte actuel et une faible génération de cash-flow opérationnel (moins de 7% du CA).