Argent
Managem : Tout droit vers la transition énergétique
Le groupe minier a fait les frais du fléchissement des cours des métaux en 2023. Sauf que la diversification de ses projets et le renforcement des investissements dans de nouvelles mines devront doper son activité à partir de cette année.
Or, argent, cobalt, cuivre…, le groupe Managem est présent sur tous les fronts, avec en prime une orientation de plus en plus prononcée vers la transition énergétique. En plus de ses projets au Maroc, l’opérateur minier est implanté dans 6 pays africains, dont le Sénégal, la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Gabon et le Soudan, pour la production de l’or, et le Congo, pour le cuivre et le cobalt. Si l’on ne prend que l’or, le portefeuille aurifère de Managem s’est considérablement renforcé durant ces dernières années. Cela grâce notamment à la concrétisation du projet Tri-K en Guinée, l’extension de l’usine au Soudan, le projet Wadi Gabgaba, ainsi que le projet Eteke. De plus, l’acquisition d’actifs auprès d’Iamgold, concernant les projets Bambouk, Senela et Daorala situés au Sénégal, dont la finalisation a eu lieu en 2023, a également joué un rôle clé dans le renforcement de son portefeuille. À long terme, Managem vise un objectif de production de 325.000 onces d’or (oz) en 2025 et 500.000 oz en 2030 et un positionnement en tant qu’acteur aurifère diversifié de taille.
À côté de cela, le groupe vise à marquer de son empreinte la stratégie nationale adoptée visant la transition énergétique des industries engagées dans cette transformation. Il a ainsi l’ambition de devenir un acteur majeur dans la fourniture de métaux stratégiques essentiels à ces industries, grâce à son portefeuille incluant le cobalt de Bou Azzer et le cuivre de Tizert, répartis entre huit sites opérationnels au Maroc et deux autres en construction. Ainsi, il a lancé la construction de la première usine marocaine de production de sulfate de cobalt, en s’appuyant sur sa filiale Reminex ainsi que sur China Electronics Corporation. Avec un démarrage prévu en 2025, l’usine a une capacité de production de 5.800 tonnes par an de sulfate de cobalt. L’objectif est de répondre à la demande croissante en métaux critiques pour les batteries, en particulier dans l’industrie des véhicules électriques. Il faut dire qu’au cours de ces dernières années, Managem a signé plusieurs partenariats avec des constructeurs tels que BMW et Renault pour l’approvisionnement en cobalt nécessaire à la fabrication de voitures électriques.
Black mass, pour produire le Cobalt
Le recyclage des batteries pour produire du cobalt entre également dans le giron du groupe. D’ailleurs, un partenariat avec Glencore a été signé en 2022 portant sur la production de 1.200 tonnes de cobalt par an, à partir de la black mass. Au-delà de la production du cobalt issu de la black mass, cette activité sera également étendue à la production d’hydroxyde de nickel et de carbonate de lithium, des matériaux tout aussi essentiels dans la fabrication de batteries. S’agissant du cuivre, le nouveau projet de Tizert, qui devra entrer en production en 2025, contribuera à la dynamisation de l’activité cuivre du groupe avec des réserves estimées à près de 609.000 tonnes de cuivre et 41.728 Koz d’argent. Ce dernier, lui, est porté par la filiale SMI qui exploite un gisement produisant de l’argent à 98,5% de pureté sous forme d’anodes.
L’internationalisation de l’activité de Managem la met face aux différentes perturbations économiques ou politiques propres aux pays d’implantation, ainsi qu’aux bouleversements géopolitiques de par le monde.
Production et cours en baisse en 2023
En 2023, son chiffre d’affaires a reculé de 22% à 7,5 milliards de dirhams, en raison de l’impact négatif de la baisse des cours de vente de 40% pour le cobalt, de 24% pour le zinc et de 8% pour le cuivre, et ce, malgré le maintien des cours de l’or, dont l’activité génère 43% des revenus du groupe. En effet, la production de l’or s’est établie à 4.470 kg en baisse de 34% par rapport à 2022, consécutivement au fléchissement de la production d’or de Tri-K de 21% suite au repli du tonnage en liaison avec les perturbations conjoncturelles et au recul de la production d’or au Soudan à cause de la suspension de l’activité à partir du deuxième trimestre.
Pour sa part, la production du zinc a baissé de 5%, due à la baisse de la teneur traitée, en dépit de la hausse des tonnages, ainsi qu’à l’effet de l’arrêt de la production de quelques semaines après le séisme survenu dans la région d’Al Haouz. La production du cuivre, elle, s’est consolidée à 107 KTC grâce au démarrage d’un nouveau chantier cuprifère à la mine de Draa Sfar. Enfin, le groupe a affiché une augmentation de la production d’argent d’Imiter de 26%, marquée par la hausse de la contribution du métal provenant de la carrière ainsi que les efforts d’amélioration des teneurs d’argent traitées de la mine souterraine.
Dans ces conditions, le bénéfice est ressorti en retrait de 68%, pour totaliser 514 MDH. Le premier trimestre de cette année s’est inscrit dans la continuité des réalisations de l’exercice précédent, avec un repli du chiffre d’affaires de 13% à 1,9 milliard de dirhams. Cette diminution intervient en raison de la suspension volontaire des opérations polymétalliques sur le site de Guemassa, en vue de finaliser la nouvelle digue parasismique, conjuguée à la baisse de la production de cobalt de la mine de Bou Azzer, en vue de préserver les ressources, dans un contexte d’effondrement des cours. Cet impact a été compensé par le redressement des cours du cuivre de 11%, de l’or de 6% et de l’argent de 11%.
Toujours est-il, le groupe table sur ses prochains projets dont, pour rappel, ceux de Tizert, Boto et Sulfates de Cobalt en vue de démarrer les productions commerciales au second semestre 2025. Pour accompagner son plan de développement, Managem a opéré une augmentation de capital de 3 milliards de dirhams.
2024, année de reprise, selon BKGR
BMCE Capital Global Research estime qu’en 2024, le groupe devrait enregistrer un chiffre d’affaires en progression de 14% à 8,5 milliards de dirhams. Il serait soutenu par le maintien des efforts de consolidation et d’amélioration des performances des opérations, tout en profitant de l’évolution favorable des cours des métaux précieux, la hausse de la demande de minéraux pour les technologies énergétiques et la reprise de la mine Or au Soudan avec des perspectives de production avoisinant les 25 Koz/T sur un effet plein en 2024.
À moyen terme, la mise en service des projets Boto et Tizert ainsi que la poursuite attendue de l’activité des métaux de la transition énergétique devrait contribuer à la progression escomptée des revenus. De son côté, le top management prévoit le plein effet des nouveaux projets en 2026, année où le groupe devrait retrouver ses niveaux de marges de 2022.
