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Loterie nationale : Les jackpots de rêve taxés
Diversification de la gamme de produits, modernisation et digitalisation des process, la Société de gestion de la loterie nationale fait sa mue depuis deux décennies. Un élan qui risque d’être freiné par l’impact de la taxe sur les gains des joueurs.
Le premier tirage de loterie dite «traditionnelle» a été organisé au Maroc en 1972 par la Loterie nationale, créée un an auparavant à travers la loi n° 23-71. Pendant les trois premières décennies, ce monopole d’État ayant pour mission d’offrir un cadre réglementaire et légal aux joueurs de loteries a connu un timide développement.
Sa principale réalisation se limite au lancement du LOTO, suivant le titrage de la loterie française. L’introduction de ce jeu est intervenue en concomitance avec la mise en place d’un centre national de traitement et de dépouillement automatique des bulletins de jeux.
Ce n’est qu’à l’aube du nouveau millénaire que la Société de gestion de la loterie nationale (SGLN) fait sa mue. Le partenariat signé avec l’opérateur américain GTECH en 1999 lui permet de basculer dans une nouvelle ère : informatisation de l’ensemble des processus d’exploitation des jeux, basculement du système offline à du on-line. Cette modernisation, combinée à une montée en compétences de ses ressources humaines, lui a permis de diversifier sa gamme de produits.
Cagnotte et volume d’activité
Durant le dernier quart de siècle, plus d’une douzaine de nouveaux jeux sont venus ainsi s’ajouter au produit phare de la SGLN, le fameux LOTO connu pour ses cagnottes parfois mirobolantes atteignant en 2022 le record de 36,8 millions de dirhams. Un jackpot empoché par un heureux gagnant de Nador…
Cette politique de diversification, de multiplication des tirages et d’enrichissement des formules a permis à la SGLN d’augmenter considérablement son volume d’activité. «Le total des mises des joueurs avait dépassé en 2023 les 2,5 milliards de dirhams, et pour l’année en cours, il devrait se situer à près de 3 milliards», nous confie une source proche de cette structure adossée à la Caisse de dépôt et de gestion (CDG).
Ce montant inclut bien évidemment les 20% de la TVA ainsi que 0,25% des droits de timbre que la SGLN collecte au profit de la Direction générale des impôts, soit environ 500 millions de dirhams attendus pour 2024. À cela s’ajoutent les reversements aux fonds spéciaux du Trésor qui alimentent, selon les dispositions de la Loi de finances 2006, le Fonds national du développement du sport (FNDS) ainsi que le Fonds spécial des produits de loterie.
Ce dernier qui perçoit 70% de la contribution budgétaire de la SGLN est destiné à soutenir financièrement des actions culturelles ou sociales, voire parfois de grandes politiques nationales comme cela a été le cas avec le Ramed au début de la décennie.
Cet apport de la SGLN constitue, selon le dernier avenant signé avec l’État en 2017, le tiers du Produit brut des jeux (PBJ) qui représente le total des gains déduits du total des mises gagnantes. Celles-ci sont bien évidemment incluses dans le montant global redistribué aux joueurs qui a avoisiné 1,4 milliard en 2022, selon les chiffres publics de la SGLN qui affichent un taux de retour joueur (TRG) de 60 à 70%.
Un taux de retour qui sera amputé d’au moins 18% avec cette nouvelle taxe qui risque de faire moins rêver les joueurs. Car dans les jeux de loterie, la règle est simple: plus la cagnotte monte, plus les joueurs occasionnels se manifestent…
