Argent
Les bailleurs de fonds internationaux misent gros
Faute de concrétiser, pour le moment, une sortie du Trésor sur le marché financier international, le Maroc a un recours accru ces dernières semaines aux banques de développement multilatérales pour ses besoins en devises.
Le Maroc multiplie les accords de financement auprès des banques de développement internationales ou régionales, mais aussi des créanciers bilatéraux à travers leurs banques de développement.
En cette fin d’année, en effet, les annonces d’accords de prêts conclus avec les principaux bailleurs de fonds partenaires du Royaume, tels que la Banque mondiale, la BERD ou encore l’AFD, se sont succédé à un rythme soutenu.
Les montants engagés dans le cadre de ces accords, qui se chiffrent à plusieurs milliards de dirhams, sont à la hauteur des besoins du Trésor et des défis qui attendent le gouvernement.
Il s’agit, d’une part, de maintenir le stock de devises à des niveaux confortables et, d’autre part, de contribuer au financement de chantiers gouvernementaux stratégiques, en particulier les différents programmes lancés dans le cadre de la consolidation de l’État social, la lutte contre les changements climatiques ou encore l’approvisionnement en eau.
Il s’agit aussi de financer des projets d’investissement de grande envergure dans le secteur des infrastructures, dans la perspective de la co-organisation de la Coupe du monde 2030. Sans oublier les efforts de reconstruction et les aides versées aux sinistrés du séisme dans la région d’Al-Haouz et des inondations dans le sud-est du Royaume.
BAD, Banque mondiale, FMI, AFD…
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au cours du mois de novembre et durant les premiers jours de décembre, le Maroc a conclu des accords de prêts avec les bailleurs de fonds totalisant la bagatelle de 13,7 milliards de dirhams en devises.
Parmi les deals les plus significatifs, on retrouve celui conclu avec la Banque africaine de développement (BAD), d’un montant de 3,6 milliards de dirhams, dédiés au financement de programmes d’appui dans les domaines du changement climatique, de la production d’eau potable et de l’aménagement du port de Nador West Med.
On retrouve aussi deux accords conclus avec la Banque mondiale pour des montants de 2,5 milliards et 700 millions de dirhams, dédiés respectivement aux secteurs des déchets ménagers et de la protection sociale. L’Union européenne a de son côté conclu avec le Maroc un accord de financement de 2 milliards de dirhams pour soutenir les efforts de reconstruction dans les régions touchées par le tremblement de terre du 8 septembre 2023.
Le FMI a, lui, débloqué un financement de 4,1 milliards de dirhams en faveur de la transition énergétique. L’Agence française de développement (AFD) a pour sa part signé deux accords pour un montant total de 1,6 milliard de dirhams, pour appuyer des programmes liés à l’appui à la généralisation de la couverture médicale obligatoire, ainsi qu’au plan gouvernemental pour l’égalité. Et il faut s’attendre à la signature d’autres accords de prêts d’ici la fin de l’année.
Seulement 24 MMDH à fin octobre
D’un point de vue budgétaire, ces financements tombent à point nommé. Le Trésor n’a en effet réalisé, à fin octobre 2024, que le tiers des financements extérieurs prévus dans la Loi de finances 2024.
Celle-ci a budgétisé des emprunts totaux de plus de 123 milliards de dirhams en 2024 pour le financement du Trésor, dont plus de 53 milliards en interne et 70 milliards d’emprunts externes. En retirant les amortissements des emprunts contractés auparavant, ce sont plus de 51,1 milliards de dirhams de financements extérieurs qui devront être mobilisés cette année.
Or, selon les statistiques de la Trésorerie générale du Royaume à fin octobre, les tirages extérieurs effectués ne totalisent que 24,1 milliards de dirhams, dont 13,5 milliards de dirhams auprès de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, principal organe de la Banque mondiale, et 3,3 milliards de dirhams auprès du FMI.
Cela représente un écart de près de 26 milliards de dirhams avec les prévisions de la Loi de finances qui peut s’expliquer par l’absence de sortie à l’international du Trésor cette année, dans un environnement mondial peu porteur, caractérisé par des taux encore élevés.
L’an dernier, au contraire, le Trésor avait pu lever 2,5 milliards de dollars auprès des créanciers privés du marché financier international. D’où le recours accru en cette fin d’année aux bailleurs de fonds pour combler le gap, qui plus est à des taux préférentiels. Ceci étant dit, une sortie du Trésor sur le marché obligataire international n’est pas à exclure.
Le ministère des Finances assure d’ailleurs surveiller «constamment» les conditions des marchés, pour scruter le moment opportun.
La BIRD, premier créancier
En attendant la concrétisation de cette sortie, le Trésor pourra continuer à s’appuyer sur les bailleurs de fonds pour mobiliser les financements en devises.
Le Maroc est d’ailleurs l’un de leurs partenaires privilégiés. Selon un récent rapport de la Banque mondiale, le Royaume se classe en 2023 parmi les six plus grands emprunteurs de la BIRD, qui prête principalement aux pays solvables à revenu intermédiaire.
Le Royaume est aussi le premier client de la banque dans la région MENA. Globalement, les bailleurs de fonds multilatéraux demeurent, de loin, la première source de financement extérieur du Maroc, avec une part de 49 % de l’encours total de la dette extérieure du Royaume, dont le stock s’est élevé en 2023 à 453 milliards de dirhams (en prenant en compte les établissements et entreprises publics).
Une prédominance qui se confirme, plus que jamais, en 2024 et dont la part devrait encore augmenter. La BAD vient d’ailleurs d’annoncer son intention de soumettre un projet de financement de 650 millions d’euros pour soutenir les préparatifs du Maroc pour la Coupe du monde 2030.
Derrière les banques multilatérales, on retrouve les créanciers privés qui détiennent 36 % de la dette extérieure marocaine, tandis que les créanciers bilatéraux accaparent autour de 15% de la dette extérieure du Royaume, avec la France et l’Espagne comme principaux prêteurs.
