Argent
Le flop des contrats d’animation et de liquidité
Contrat d’animation, programme de rachat d’actions, convention de liquidité…, des plans sur mesure pour améliorer la profondeur
du marché actions. Sans grand succès.
La Bourse de Casablanca manque de profondeur. C’est un fait. Seule une dizaine de titres faisant partie des grosses capitalisations s’échangent à fréquence quotidienne ou presque sur le marché. D’ailleurs, pendant certaines séances, les transactions sont sur une volumétrie faible. Depuis le début de l’année, le volume moyen quotidien se situe à 123 MDH, avec comme plus gros volume 1,8 milliard de dirhams, la séance du 2 mai de cette année.
Pour renforcer l’échange des titres qui souffrent d’un manque abyssal de liquidité, le régulateur et la société gestionnaire de la Bourse ont mis en place des contrats d’animation.
L’animation fait pschitt
Il s’agit d’une activité exercée par une société de bourse qui vise à faciliter la cotation et assurer la liquidité du marché du titre de l’émetteur. Cette activité relève soit d’une démarche volontaire initiée par l’émetteur ou un ou plusieurs de ses actionnaires, soit d’une obligation légale. En effet, les sociétés qui décident de s’introduire en Bourse, sur le deuxième compartiment, sont obligées de mettre en place un contrat d’animation d’une année, renouvelable à la demande de la société gestionnaire de la Bourse. Celles qui s’inscrivent sur le 3e compartiment doivent conclure un contrat d’animation pour une période de trois années. Cela dit, la Bourse peut demander le renouvellement de cette convention, et ce, par tranche d’une année.
Une initiative certes louable et fort intéressante, puisqu’elle est censée permettre d’apporter de la liquidité sur le marché, mais elle n’a pas fait long feu et a intéressé peu d’opérateurs, si ce n’est ceux qui étaient forcés de s’y soumettre. En cause: «Les dispositions contraignantes qu’a imposées le régulateur, ne serait-ce qu’au niveau du personnel qui doit totalement être séparé de la gestion de portefeuille des valeurs mobilières pour compte de tiers. D’autant qu’il ne doit absolument pas recevoir des ordres de la clientèle, encore moins initier des opérations contrepartie sur cette valeur», explique un directeur d’une société de bourse. Au-delà de cela , «la quantité minimale de titres, ainsi que la fourchette de prix imposés ne permettent pas une gestion efficace de l’animation d’un titre», ajoute notre source. Résultat : plus aucune société ne recourt à ce type de contrats.
Pour s’adapter aux évolutions du marché des capitaux et aux besoins des émetteurs et différents opérateurs, le régulateur a lancé, depuis 2013, des contrats de liquidité, mais qui sont adossés à des programmes de rachat. En fait, ces derniers ont été instaurés afin de corriger les variations excessives du cours boursier, et ce, à travers des interventions en fonction des situations de marché et des actions en contre-tendance des fluctuations importantes du cours. Sauf que les sociétés cotées ont utilisé ces opérations de manière abusive, des fois même pour téléguider le cours en Bourse. C’est pour cette raison que le régulateur a introduit cette flexibilité d’associer la liquidité au rachat d’actions.
Des freins à la liquidité
Cette évolution réglementaire a-t-elle pour autant changé la donne ? A-t-elle permis d’apporter davantage de liquidité au marché ? Pas tout à fait, affirment les professionnels approchés. «Le régulateur, en voulant limiter les excès d’utilisation des programmes de rachat, a mis trop de freins aux contrats de liquidité», estime un intermédiaire en Bourse. En effet, le contrat de liquidité ne peut porter sur un pourcentage excédant 20% du programme de rachat autorisé par l’assemblée générale, cela sachant que la part du capital que la société peut posséder, directement ou par l’intermédiaire d’une personne agissant en son propre nom, ne peut dépasser 10%. Et encore ! Cette règle, la Bourse la complique davantage, puisqu’elle publie chaque mois les quantités quotidiennes maximales de titres pour chaque société cotée, sur lesquelles peuvent intervenir les gérants. Ce qui limite, de facto, le volume d’interventions sur le contrat de liquidité. Et comme ce dernier est adossé au programme de rachat, le compte titres doit impérativement être soldé au plus tard à la fin de la période de rachat des titres.
Cela d’un côté. De l’autre, le gérant du programme de rachat doit être distinct du gérant du contrat de liquidité et qui, eux deux, doivent être totalement séparés de l’activité de gestion de portefeuille. Ceci alourdit la masse salariale des sociétés de bourse qui, pour plusieurs, tournent avec le minimum légal imposé par le régulateur. De plus, les ordres ne peuvent être exécutés qu’après réalisation des ordres de tous les clients sur ce titre. En effet, la transmission des ordres doit être fixée au plus tard 10 minutes avant le dernier fixing.
Plusieurs restrictions certes, mais qui n’empêchent pas certaines d’y recourir. «Si tous les émetteurs avaient conscience des avantages de ce type de contrats, la Bourse serait plus liquide. D’ailleurs, celles qui font appel à ces programmes arrivent au final à mieux réguler le cours de leurs titres et le rendre plus liquide», confirme ce gestionnaire d’un programme de liquidité. Il faut dire aussi que ce soutien à la liquidité permet également une meilleure visibilité à l’international, que ce soit dans le radar des investisseurs étrangers ou dans celui des indices étrangers qui se basent, entre autres critères, sur la profondeur d’un titre.
Seulement six sociétés recourent à ces programmes
Sur le marché des capitaux, trois sociétés cotées seulement ont conclu un programme de rachat relié à un contrat de liquidité : IAM, BCP et TGCC. Celles ayant lancé cette opération juste pour favoriser la liquidité de titre sont Afma, Stokvis et Disty Technologies. Il est vrai que ces valeurs ne se démarquent pas par le volume des échanges, à part Maroc Telecom et la BCP qui font partie des grosses capitalisations et donc qui sont les plus demandés. Mais, il reste que ces valeurs, qui disposent d’un contrat de liquidité, sont visibles sur la Bourse, dans le sens où leurs titres sont échangés quotidiennement. Tel est le cas de Stokvis Nord Afrique qui, depuis la mise en place de son contrat de liquidité en avril, cote tous les jours à des prix qui ne représentent pas de gros décalages d’un jour à l’autre. Pareil pour Afma, dont les transactions se font minimes, mais présentes sur le marché, depuis le début de cette année, pour des cours variant entre 1.200 et 1.300 dirhams. Notons que cette société renouvelle souvent son contrat de liquidité.
