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La correction entre tensions obligataires et moral en berne
Un mouvement de prises de bénéfices s’est emparé de la Bourse de Casablanca depuis le début de cette année, après une forte hausse en 2025, entraînant des contre-performances consécutives. Les tensions sur le marché obligataire ainsi que les effets des inondations altèrent la confiance des investisseurs… Mais les analystes rassurent.
Après une année 2025 exceptionnelle, marquée par une envolée de 27,6% de l’indice général, la Bourse de Casablanca a entamé 2026 sur un rythme modéré. Un début d’année chahuté qui, à bien des égards, s’inscrit dans une logique de marché.
En effet, après un rallye aussi prononcé, un mouvement de prises de bénéfices s’est mis en place. Les investisseurs, notamment les particuliers, ont ainsi cherché à sécuriser leurs gains à la suite de cette forte appréciation du marché actions.
Toutefois, le mouvement a rapidement dépassé le simple cadre d’arbitrages tactiques. Le marché est entré dans une phase de correction plus longue que prévu, enchaînant les replis séance après l’autre. Au 10 février, le MASI accuse une contre-performance avoisinant les 3%, une baisse généralisée qui n’a épargné aucun secteur coté.
Pourtant, sur le plan fondamental, les indicateurs macroéconomiques demeurent globalement bien orientés. Les perspectives de croissance restent favorables et les prévisions des réalisations des sociétés cotées continuent d’afficher des trajectoires solides. La correction observée relève donc davantage de facteurs conjoncturels et techniques que d’une dégradation structurelle.
Parmi les principaux catalyseurs ayant amplifié cette correction figure le retour marqué du Trésor sur le marché domestique. À la fin de l’année dernière, l’État a procédé à des levées conséquentes sur le marché des bons du Trésor, parallèlement à une accélération du recours aux financements innovants, pour un montant de 25 milliards de dirhams.
Au total, ce mécanisme a généré 40 MMDH de recettes sur l’année 2025, dépassant les prévisions initiales de 35 MMDH. Cette intensification des levées a eu pour effet d’assécher la liquidité sur le marché secondaire, les investisseurs institutionnels ayant fortement contribué au refinancement de l’État.
Pression sur les taux
Dans ce contexte, le retour du Trésor sur le marché des adjudications en ce début d’année a mécaniquement exercé une pression haussière sur les taux, les investisseurs exigeant des rendements plus attractifs.
Et afin de contenir la tension sur toutes les maturités de la courbe, le Trésor a davantage concentré ses levées sur le segment de 2 ans, qui, en l’espace de quelques séances, a enregistré une hausse de près de 50 points de base, atteignant jusqu’à 2,79%, soit presque le même taux de rendement de la courbe de 5 ans.
Dans ce contexte, l’arbitrage rendement-risque s’est clairement opéré en faveur des placements obligataires, puisque les investisseurs anticipaient une poursuite de la hausse et s’attendaient aussi à son prolongement sur le reste de la courbe. Mais il n’en était rien.
Lors des dernières séances d’adjudication, le Trésor n’a satisfait qu’une partie limitée de la demande exprimée, réduisant le volume levé malgré des soumissions largement supérieures, comme cela a été le cas la séance du 3 février où, face à une demande de 11,5 MMDH, le Trésor n’a levé même pas 2 MMDH, poussant ainsi les taux de 2 ans à baisser d’environ 7 points de base à 2,72%, un niveau jugé toujours élevé.
Une séance auparavant, aucune émission des bons de Trésor n’a été réalisée sur le marché. Dans un marché déjà contraint en liquidité, la montée des taux a accentué le mouvement vendeur sur les actions. Les ordres de vente, émanant aussi bien des particuliers que des institutionnels, ont peiné à trouver preneur, amplifiant mécaniquement la baisse des cours.
À ces facteurs d’ordre purement technique, se sont ajoutés des éléments exogènes, notamment les inondations ayant touché plusieurs régions du Royaume, en particulier le Nord et le Nord-est.
Leurs répercussions économiques se font sentir avec le repli de la consommation des ménages, le ralentissement des chantiers, la baisse de la consommation de ciment, la dégradation de certains axes routiers et de possibles reports, voire annulations de réservations touristiques.
Montée de l’aversion au risque
Si les précipitations constituent habituellement un signal positif pour les investisseurs, ces épisodes extrêmes ont, paradoxalement, ravivé les inquiétudes à court terme. L’aversion au risque s’est ainsi accrue, certains opérateurs redoutent une campagne agricole à faibles rendements. Un scénario qui, selon plusieurs anticipations, ne devrait toutefois pas se matérialiser.
Certes, le premier trimestre devrait se solder par une performance agricole défavorable, mais une fois les épisodes de fortes pluies dissipés, les perspectives s’orienteraient vers une campagne exceptionnelle, de nature à soutenir la croissance nationale.
S’agissant des perspectives boursières, cette phase de turbulences devrait se prolonger jusqu’à fin février, voire début mars, avant qu’un trend plus stable ne se dessine. Si le premier trimestre ne devait pas se clôturer sous les meilleurs auspices, le deuxième afficherait une amélioration progressive, alors que le troisième trimestre s’annoncerait nettement plus porteur.
À cet horizon, plusieurs moteurs devraient jouer simultanément dont le redressement du secteur agricole, la montée en régime des grands chantiers, la reprise touristique…, autant de facteurs susceptibles de favoriser un retour massif des flux vers le marché actions.
Des catalyseurs additionnels pourraient amplifier cette dynamique, notamment la concrétisation des introductions en Bourse attendues, telles que Jet Energy ou Dislog qui donneraient un signal favorable au marché, favorisant le retour des investisseurs. À défaut d’IPO, l’impact serait certes moins prononcé, mais un effet d’éviction se produirait au profit d’autres valeurs de la cote, en particulier les valeurs de croissance et celles de fond de portefeuille, à l’instar de Marsa Maroc, Cosumar, Akdital…
À ce stade, la visibilité demeure limitée quant à l’évolution du MASI à très court terme. Les projections oscillent entre -5% et +5% au premier trimestre. Sur l’ensemble de l’exercice 2026, le consensus de marché table néanmoins sur une progression comprise entre 10 et 15%, portée par l’amélioration attendue des fondamentaux domestiques et le retour graduel de la liquidité vers les actifs actions.
Bientôt une étude sur le comportement des particuliers
La Bourse de Casablanca envisage de lancer une étude sur le profil et le comportement des personnes physiques en Bourse.
Nasser Seddiki, directeur général de la Bourse de Casablanca, a expliqué, lors de la conférence annuelle de l’APSB, que cette étude vise un double objectif : d’abord celui de mieux comprendre leur horizon de placement, l’appétence au risque, l’usage des outils digitaux et leur comportement en phase de hausse ou de correction.
Ensuite, il s’agit de mettre en place les mécanismes nécessaires d’accompagnement et suivi du marché, en fonction des résultats obtenus, en mettant en place des actions ciblées et personnalisées.