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Interview. Fahdi El Younsi décrypte les enjeux des risques climatiques et ESG pour les banques

L’intégration des critères ESG ne peut avoir que des impacts positifs, surtout à long terme, aussi bien pour la banque que sur le client.
Mais cela suppose la mise en place d’un cadre légal clair qui s’applique à tous. Explications avec cet expert, Associé PwC au Maroc.

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La gestion du risque dans le secteur financier, Fahdi El Younsi s’y connait. Et pour cause, il en a vu passer toutes sortes depuis le temps qu’il travaille sur ce sujet : risque opérationnel, de conformité, cyber… Soit autant de risques émergents auxquels s’ajoute désormais le risque climat. À chaque fois, ce sont de nouvelles compétences, expertises et méthodologies à mettre en place. Un défi que les banques au Maroc devront, tôt ou tard, relever. Éclairage.

Pourquoi l’engagement du secteur financier en faveur de la transition verteest-il fondamental ?
Effectivement, le secteur financier a un rôle majeur à jouer pour accompagner le Maroc dans sa transition vers une économie compétitive, durable et résiliente. C’est également le constat du rapport de la Banque mondiale sur le climat et le développement publié en novembre de l’année dernière. Aujourd’hui, l’économie marocaine, dans un contexte de crise nationale et de pressions internationales, fait face à plusieurs enjeux liés notamment à l’attractivité des investissements, à la décarbonation, à la résilience de l’économie et à la compétitivité. Et en tant que principal pourvoyeur de fonds, le secteur financier, à travers les banques notamment, est en mesure d’orienter les investissements vers des secteurs stratégiques pour le Royaume, principalement dans le secteur des énergies renouvelables. Les acteurs financiers doivent également accompagner les entreprises du secteur privé à réduire leur impact sur l’environnement, et ce, en proposant des produits financiers avantageux et innovants. Le Morocco Sustainable Energy Efficiency Financing (Morseff) et le Green Economy Financing Facility in Morocco (GEFF) développés par la BERD en sont des exemples.

Peut-on parler de changement de paradigme pour le secteur ?
En effet, il est primordial pour le secteur financier de switcher de son rôle classique vers un rôle de partenaire financier. Aujourd’hui, la banque est à même de proposer, en plus des services financiers, des services d’accompagnement sur ces thématiques liées aux risques environnementaux et sociaux afin d’accompagner les clients, d’un côté, à prendre conscience de l’importance de la mitigation de ces risques et, surtout, à l’implémentation de mesures concrètes qui limiteraient les impacts potentiels, aussi bien sur l’entreprise que sur la banque.

Comment évaluez-vous aujourd’hui le degré de maturité des institutions financières du Royaume par rapport à ces questions ?
Bien que Bank Al-Maghrib ait publié en 2021 la directive relative au dispositif de gestion des risques financiers liés au changement climatique et à l’environnement, ce sujet est relativement nouveau pour la majorité des banques de la place. En effet, bien que certaines banques aient mis en place des systèmes de management des risques environnementaux et sociaux, peu ont réussi le défi de rendre l’évaluation et la prise en considération de ces risques réellement corrélée à l’octroi de crédits en termes d’impact sur le taux ou sur les conditions de crédit. D’un autre côté, si la banque centrale estime à 35% du total des actifs l’exposition directe et indirecte des banques marocaines aux risques physiques, peu ont réellement pris le sujet des risques climatiques en main pour réduire leur exposition et limiter l’impact de ces risques sur leur portefeuille.

L’intégration des risques climatiques est l’un des principaux défis auxquels les banques sont confrontées. Est-ce qu’on sait aujourd’hui quantifier ces risques ?
Evaluer l’impact des risques climatiques sur le portefeuille de la banque est un sujet au cœur de l’actualité du secteur financier. Le sujet étant relativement nouveau et nécessitant des compétences spécifiques, l’accompagnement du secteur bancaire est nécessaire aussi bien techniquement, pour faire les modélisations et stress tests nécessaires et développer des outils dédiés, que pour la formation et l’accompagnement des équipes internes pour les sensibiliser et surtout les outiller et leur permettre de gagner en autonomie pour traiter ces sujets.

Quel impact l’intégration de ces risques dans le fonctionnement des banques peut-elle avoir, en particulier sur les process d’octroi de crédits ?
Cette intégration ne peut avoir que des impacts positifs surtout à long terme aussi bien pour la banque que sur le client.
Concrètement pour la banque, l’impact majeur est évidemment de limiter l’exposition de son portefeuille aux risques. Néanmoins, il ne s’agit là que de l’impact, j’ai envie de dire, évident. En effet, si ces enjeux sont réellement adressés de façon efficace, qu’ils sont réellement ancrés dans le cœur du business de la banque, ils seront un réel driver de croissance tant le potentiel est important en termes de marché mais aussi en termes de rentabilité.
Pour le client, on est d’accord que ce dernier peut percevoir cela comme une contrainte supplémentaire de devoir fournir avec sa demande de crédit un certain nombre d’éléments que la banque n’avait pas pour habitude de demander, comme des études d’impact environnementales et sociales. Néanmoins, avec le durcissement de la réglementation aussi bien au niveau national qu’international, il en va de la pérennité et de la compétitivité de son business de s’aligner sur ces exigences. La banque se place dans ce contexte comme un partenaire en lui offrant des solutions de financement en ligne avec son besoin et avec pour certaines des avantages de taille, comme un cashback, des taux super compétitifs ou encore des services d’accompagnement et de conseil.

La règlementation au Maroc est-elle aujourd’hui au diapason de ces enjeux ?
Le levier réglementaire est un levier de taille pour adresser les enjeux ESG. En effet, il est primordial que toutes les banques de la place soient alignées, autrement le client le perçoit comme une contrainte superflue et supplémentaire et risque de se tourner vers une autre banque pour contourner la contrainte. À ce jour, la directive 5/W/2021 de Bank Al-Maghrib, relative au dispositif de gestion des risques financiers liés aux changements climatiques et à l’environnement, ainsi que la circulaire de l’Autorité marocaine des marchés des capitaux portant sur le reporting ESG, représentent les premiers maillons d’un cadre règlementaire en pleine accélération. À cela s’ajoutent la réglementation internationale, le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) ou la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD), qui aujourd’hui va au-delà des frontières et impacte directement les entreprises marocaines.

Comment PwC accompagne-t-il les institutions financières au Maroc pour réussir cette transition ?
Depuis plusieurs années, nous accompagnons les entreprises du secteur financier à plusieurs niveaux pour réussir leur transformation ESG et ainsi accompagner le Maroc dans sa transition vers une économie résiliente, sobre en carbone et inclusive. Pour cela, nous aidons les entreprises à définir les stratégies ESG et à évaluer la valeur ajoutée et les impacts positifs liés à l’ESG.
Nous les accompagnons également dans la définition des stratégies de mesure, suivi et contrôle des risques climatiques et ESG et dans la mise en place de systèmes de management de ces risques et son intégration dans les processus d’octroi de crédits ainsi que d’outils de modélisation des risques climat. Nous aidons aussi les entreprises financières à intégrer les nouveaux enjeux ESG dans leur organisation via la définition de nouveaux modèles opérationnels et de gouvernance, et à développer de nouveaux produits financiers innovants et attractifs pour répondre aux besoins des clients sur les sujets liés à l’ESG (décarbonation, eau, inclusion, genre, etc.).
Compte tenu des obligations réglementaires en termes de transparence sur les impacts ESG, nous travaillons avec les entreprises sur la mise en place de dispositifs de reporting et de création de dashboards ainsi que sur la transformation et l’adaptation des systèmes d’information pour permettre la remontée des données ESG attendues. Et comme la transition passe aussi par le capital humain, nous proposons des formations personnalisées pour la montée en compétences des équipes sur les sujets liés à l’ESG.