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Flambée de l’or : Entre crise internationale et spéculation locale

Le prix de l’or au Maroc monte à des sommets jamais atteints auparavant. À 770 DH le gramme brut, il faut y ajouter entre 40 et 220 DH pour le façonnage, soit un prix qui pourrait pointer à 1.000 DH. Le marché interne est corrélé aux cours internationaux, mais pâtit de plusieurs lacunes.

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S’il y a deux produits de placement qui ne perdent jamais de leur valeur, ce sont bien l’immobilier et l’or. Si les prix n’augmentent pas, ils pourraient se corriger, mais ne baissent jamais.

Alors que de coutume, le prix du métal jaune au Maroc croît de quelque 1 à 5% par an, il surfe depuis quelques mois sur une vague qui prend de plus en plus d’ampleur. Il a déjà pris plus de 10% depuis le début de cette année.

Selon Driss El Hazzaz, président de la Fédération nationale des bijoutiers, le prix de l’or brut est aux environs de 770 DH par gramme, auquel il faudra ajouter le coût de la main-d’œuvre qui, elle, se raréfie et donc devient à son tour plus chère, avec un coût de façonnage qui vacille entre 40 et 220 DH/gr.

Ce gap s’explique par les heures de travail que nécessite un bijou, le moyen utilisé également (à la main ou à la machine), ainsi que la complexité de la pièce à monter. Une Rivière ou un Tennis, par exemple, requiert un façonnage qui coûte 200 DH/gr, un bracelet normal, 40 DH/gr.

Du coup, le prix d’un produit fini varie alors entre 810 et 990 DH/gr. Le seuil de 1.000 DH/gr sera bientôt franchi. Du jamais vu auparavant. Mais en même temps, ces prix sont tout à fait normaux, compte tenu du comportement de l’or à l’international, au vu des chamboulements économiques et des incertitudes qui continuent à planer sur la stabilité mondiale, suite aux annonces du président américain Trump.

Séisme sur les marchés financiers
À l’international, les marchés tremblent après les annonces des mesures protectionnistes de la Maison-Blanche. L’application d’une hausse des droits de douane sur tous les pays du monde exportant des produits vers les États-Unis est un véritable coup de massue.

Des cellules de crise sont réunies ici et là pour préparer des ripostes. Certains pays l’ayant déjà fait. Face à cette décision qui pourrait nuire au commerce mondial, aux yeux des analystes et spécialistes, tous les produits plongent, à commencer par les marchés financiers, en passant par les matières premières ou encore le pétrole. Les investisseurs se rabattent alors sur l’or, qui entretient son statut de valeur refuge.

L’once d’or s’échange actuellement autour d’un cours de 3.100 dollars, en croissance de 18% depuis le début de l’année. La hausse des prix du métal jaune s’explique aussi par les achats massifs de lingots de la part des banques centrales, sur fond d’incertitudes géopolitiques autour du conflit en Ukraine, dont la résolution ne semble pas à portée de main.

Tant que les bijoux neufs au Maroc proviennent du recyclage d’anciens produits et que l’or reste intra-muros, pour quelles raisons alors le prix de l’or suit-il la même tendance qu’à l’international ? En fait, ElHazzaz explique que le recyclage des bijoux anciens ne représente que 10 à 15% des sources d’approvisionnement des joailleries au Maroc, avec un pic qui peut aller à 25% dans des périodes de forte demande.

«Le gros du marché, soit 80%, est couvert principalement par le marché noir», précise notre source. Ce sont 5 à 6 gros importateurs, à partir des marchés étrangers, qui ravitaillent au noir les bijoutiers et qui, eux-mêmes, achètent l’or en fonction de son prix à l’international.

D’où cette corrélation directe du prix du gramme au Maroc avec les cours de l’or sur les marchés internationaux. Et ce n’est un secret pour personne.

L’importation, possible mais contraignante
Un autre moyen de se ravitailler en or est possible. C’est l’importation en toute légalité et qui est ouverte aux 35.000 bijoutiers que compte le pays. Elle est autorisée par l’Office des changes, qui a établi une liste de sociétés étrangères que peuvent adresser les joailliers marocains.

Elle n’est toutefois pas utilisée, compte tenu des contraintes imposées par le régulateur des changes : «Le paiement de seulement 30% de la marchandise à l’avance, dans la limite de 18.000 dollars…, le reste à la réception», explique El Hazzaz. Une exigence restrictive, «les sociétés étrangères refusant ce type de contrats, vu l’évolution que peut connaître l’or entre le délai de livraison et de paiement».

Résultat : les bijoutiers se rabattent sur ces importateurs au noir qui font la loi et n’hésitent pas à imposer une marge allant jusqu’à 120 DH/gr. Plus grave encore, vu la hausse continue de ce métal, ces «investisseurs» adoptent, en concertation, une politique de stockage, refusant de vendre aux détaillants, faisant augmenter le prix de l’or encore plus.

Dans ces conditions, l’industrie de la joaillerie continue de souffrir de la mainmise de ces spéculateurs. Une étude stratégique visant le développement du secteur a été réalisée par les professionnels il y a quelques années, en partenariat avec le bureau ETIC Consult, détaillant un plan de développement du secteur avec toutes ses composantes fiscales et douanières, tout en mettant l’accent sur les sources d’approvisionnement, la formation… Elle a été adressée à différents départements ministériels, mais restée lettre morte.

En tout cas, compte tenu de la situation actuelle et du manque de visibilité sur les tensions commerciales entre les États-Unis et le reste du monde, ainsi que sur le conflit russo-ukrainien, des analystes estiment que l’or pourrait atteindre 4.000 dollars l’once avant la fin de cette année. Ce qui fera monter le prix des bijoux au Maroc à plus de 1.200 DH le gramme.


Argent : valeur refuge ou métal industriel… le minerai se cherche
À l’international, le comportement des cours de l’argent suit généralement celui de l’or. Il joue également un rôle sécuritaire. Depuis le début de l’année, il a gagné 15% et a atteint un pic de 35 dollars l’once.

Connu pour être très volatil, l’argent oscille actuellement entre 29 et 30 dollars après le ralentissement économique mondial anticipé.

Alors qu’il est très scruté et fortement demandé, vu sa forte utilisation dans plusieurs produits, dont les panneaux solaires, l’électronique, l’automobile…, les prémices d’une fragilisation de la conjoncture économique mondiale le rendent plus vulnérable.

Au Maroc, il n’a pas encore été rattrapé par la hausse fulgurante de l’or, bien qu’il pâtisse des mêmes problématiques, à petite échelle. Il a augmenté de quelque 2 DH en moyenne, pour atteindre 8 DH/gr pour le brut.