Epargne
Assurance : En pleine croissance, la transformation est de mise
Le secteur affiche de fortes progressions et connaît de profondes mutations. Reste à accompagner cette mue par des réformes de taille, à même d’élargir l’accessibilité à d’autres opérateurs et à étendre l’offre.
En 2024, les primes émises ont atteint un montant record de 59,7 milliards de dirhams, enregistrant une hausse de 5,3% par rapport à l’année précédente. Cette performance est principalement portée par la branche Vie, qui a enregistré une progression de 5,1%, totalisant 27 milliards de dirhams.
L’épargne en unités de compte a particulièrement contribué à cette dynamique, avec une augmentation de 31%, atteignant 1,65 milliard de dirhams. La branche Non-Vie, elle, a affiché une croissance importante de 5,5%, atteignant 32,5 milliards de dirhams, soutenue par des segments tels que l’assurance automobile, les accidents corporels et l’incendie.
Du potentiel à en revendre
Dans ce contexte, Wafa Assurance maintient sa place de leader, avec une part de marché de 19,7% et un chiffre d’affaires de 11,7 milliards de dirhams, en augmentation de 5,2%. RMA Watanya lui emboîte le pas avec des primes émises de près de 9 milliards de dirhams et un poids de 14,9%. Elle est suivie par la Mutuelle Taamine Chaabi qui génère un chiffre d’affaires de 7,7 milliards, en hausse de 5%. Sa part de marché se situe alors à 12,9%.
Toutefois, certaines compagnies se démarquent plus que d’autres en fonction de la branche d’assurance. En effet, dans le segment Vie, c’est la Mutuelle Taamine Chaabi qui est en tête avec un poids de 28%. Viennent directement après Wafa Assurance (24%) et RMA (17,6%). Dans la branche Non-Vie, c’est Sanlam qui domine le podium avec une part de marché de 16,8%, concurrencée de près par Wafa Assurance avec 16,4% et AtlantaSanad avec 13,4%.
Malgré toutes ces avancées, le taux de pénétration de l’assurance au Maroc est réduit à 4%. En Afrique, il se positionne parmi les leaders, puisqu’il représente 8,7% des primes d’assurance du continent. Ce qui le positionne au 2e rang, devant l’Égypte (4%) et le Kenya (3,9%). Mais le géant du podium reste l’Afrique du Sud qui draine 68,2% des primes.
Cela dit, des perspectives de croissance sont bien dessinées, avec toutes les évolutions que connaît le secteur, à commencer par l’introduction de nouvelles assurances obligatoires pour les professionnels du BTP, dont l’assurance tous risques chantiers et la responsabilité civile décennale.
Cela sans oublier le chantier royal amorcé depuis quelques années, visant la généralisation de l’assurance à tous les citoyens marocains. D’autres créneaux seraient investis également, en les rendant obligatoires, à l’instar de l’assurance multirisque habitation. Ces niches constituent une opportunité significative pour les compagnies d’assurance en vue d’accroître leur activité, et pour le secteur en entier afin de franchir d’autres caps.
Afin d’améliorer le secteur des assurances, l’offre assurantielle et son cadre juridique, le Conseil de la concurrence a pris l’initiative, dans le cadre d’une saisine d’office, de donner son avis sur le secteur des assurances. Il a relevé bien des manquements, et ce, à plusieurs niveaux.
D’abord, le secteur se caractérise par des barrières d’accès élevés qui conduisent à un double verrouillage, tant au niveau de la création de nouvelles sociétés d’assurance que sur le plan de l’accès au métier d’intermédiaire.
Il a été constaté ensuite un avantage concurrentiel substantiel pour les assureurs mixtes. Cet avantage est dû à un système d’agrément hybride instauré avant 2006, année de passage à l’obligation de spécialisation pour les assureurs, et ce, sans effet rétroactif. En outre, l’offre assurantielle manque d’innovations et concerne essentiellement les produits classiques.
Des réformes à engager
Deux autres freins majeurs pointés du doigt : la non-ouverture de l’assurance Non-Vie au secteur bancaire et la participation des organismes professionnels dans les commissions consultatives, qui soulève des questions quant à d’éventuels conflits d’intérêts. Il s’agit en dernier lieu de la protection du consommateur, qui demeure le maillon faible de la relation contractuelle, compte tenu de la complexité des contrats.
Au vu de ces dysfonctionnements, le Conseil recommande d’assouplir les conditions d’accès des opérateurs à travers l’ajustement des exigences des entreprises ainsi que la suppression de l’examen professionnel de l’intermédiaire, de procéder à une réforme légale pour corriger l’avantage concurrentiel dont jouissent les compagnies d’assurance mixtes, de développer une offre assurantielle inclusive, d’assouplir davantage les démarches de validation des nouveaux produits d’assurance par l’ACAPS et d’adapter le cadre juridique et de supervision pour favoriser l’émergence de nouvelles offres et de nouveaux canaux de distribution.
Il a été suggéré également d’élargir les critères de calcul de la prime relative à la responsabilité civile automobile et d’instaurer des mécanismes de régulation pour s’assurer que les marges générées dans ce segment ne sont pas excessives. Enfin, l’entité propose d’encadrer l’intervention des associations professionnelles au niveau des instances consultatives de l’ACAPS, en vue de renforcer l’indépendance du régulateur vis-à-vis des opérateurs. Cela, tout en recommandant l’amélioration de l’information du consommateur sur les caractéristiques de l’offre assurantielle proposée.
Bourse : 4% seulement de la capitalisation
En Bourse, le secteur est sous-représenté. Sur les 26 entreprises d’assurance qu’il compte, seulement 3 sont cotées (Wafa Assurance, AtlantaSanad et Sanlam Maroc) et deux courtiers (Agma et Afma). À eux cinq, ils totalisent une capitalisation boursière de 36,4 milliards de dirhams, ce qui représente à peine 4% de la capitalisation globale du marché.
Parallèlement, leur indice boursier sectoriel enregistre une progression de 9% depuis le début de l’année, contre une performance du Masi de 18%. Le bénéfice sectoriel des compagnies d’assurance, lui, a atteint 1,6 milliard de dirhams au terme de l’exercice 2024, en croissance de 8% par rapport à 2023.
Avec un chiffre d’affaires de 23,3 milliards de dirhams, en amélioration de 4%, la marge nette se situe à 7,1% contre une marge bénéficiaire de toute la cote de 11,6%.
