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Épargne des ménages : Une croissance sans direction

L’épargne des ménages continue de se renforcer bon gré mal gré. Il reste qu’elle est constituée majoritairement de dépôts bancaires. Sa mobilisation vers des produits de placement rémunérateurs demeure encore un défi.

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L’épargne au Maroc, qu’il s’agisse de sa formation, de son développement ou de son orientation, est marquée par de nombreux paradoxes. Entre volonté de développement, faible mobilisation et difficulté d’orientation, elle continue à se chercher.

En tout, ce sont plus de 1025 milliards de dirhams qui sont détenus par les Marocains comme patrimoine, que ce soit sous forme de dépôts bancaires, de placements en valeurs mobilières ou d’assurance-vie. Ce patrimoine s’inscrit sur un trend haussier ininterrompu, à l’exception de quelques phases de turbulences économiques, à l’instar de la crise sanitaire de 2020. En dix ans, ce patrimoine a augmenté de 66%.

Un autre indicateur qui permet de mesurer la taille de l’épargne au Maroc, c’est sa part dans le PIB. Au 4e trimestre de l’année dernière, le poids de l’épargne nationale a progressé pour atteindre 28,8% du PIB, une croissance qui s’est maintenue malgré un ralentissement de la progression de la consommation finale nationale, augmentant de 4,9% aux prix courants, contre 5,7% une année auparavant.

Et ce niveau il reste élevé si on le compare avec les pays à économie similaire. En Tunisie, par exemple, l’épargne représente seulement 6,35% du PIB, un niveau de loin inférieur à celui du Maroc et qui de surcroit s’effrite. Il était de 8,63% en 2021. Le même constat prévaut également pour l’Égypte, dont l’épargne nationale est de 11,2% du PIB.

Toutefois, il faut préciser que cette épargne comprend également celle des entreprises et des administrations. Or, le taux d’épargne des ménages marocains seulement se situe à peine à 11,5%. Il n’est pas mieux ailleurs. Il tourne autour de 3% en Tunisie et 7,5% en Égypte. L’on peut alors facilement déduire que le pays est nettement bien placé en matière d’épargne à l’égard des pays voisins.

Une force dormante
Pourtant, il n’en est rien, car plus de 80% de cette épargne prend la forme de dépôts bancaires, avec plus de la moitié représentée par les dépôts à vue, 15% par les dépôts à terme et 30% par les comptes sur carnet.

Cependant, le placement dans les produits de l’assurance-vie prend de l’ampleur, avec une part de 12% en 2023, un niveau qui se rapproche de celui des comptes bloqués. Ce qui peut s’expliquer par la tendance baissière de la rémunération de ces derniers, et donc une réorientation vers des produits plus compétitifs et plus attractifs tant du côté du rendement que de la fiscalité.

Le placement de l’épargne dans le marché des capitaux essaye de se frayer un chemin dans ce tissu financier. Les particuliers ont marqué un retour pour le moins remarquable, depuis 2024, avec plus de 215.000 comptes titres ouverts, en progression de 20% en un an.

D’ailleurs, cela s’est reflété directement sur les volumes qui ont été drainés à 25% par ces personnes physiques. Toutefois, leur part dans la structure des clients des sociétés de Bourse demeure inchangée à 82%, résultat d’une augmentation du nombre de personnes physiques et des clients totaux, au même rythme (+26%).

«Il est vrai que le marché boursier connaît un regain de dynamisme depuis 2024, porté notamment par l’enthousiasme des investisseurs particuliers. Mais il serait simpliste d’en conclure que les Marocains orientent massivement leur épargne vers la Bourse.

Ces profils restent volatils : ils surfent sur les phases haussières, mais se retirent dès les premiers signes de repli, ce qui limite leur impact durable sur le financement de l’économie», explique un spécialiste du marché. D’autant que leur part dans les OPCVM ne dépasse pas 7,8%, soit un actif net de 51 milliards de dirhams. Elle était tout de même de 9%, dix années auparavant. C’est dire la difficulté de mobiliser l’épargne vers des placements rémunérateurs.

Mounya Dinar, directrice du pôle marché des capitaux à Al Barid Bank, avait classé, lors de la conférence annuelle de l’Asfim, l’épargne des Marocains en quatre catégories : l’épargne financière, qui représente les dépôts bancaires, le placement en Bourse et en OPCVM, l’épargne informelle, constituée à travers les tontines et autres, l’épargne immobilière avec plus de 3.000 milliards de dirhams et les autres formes, dont les œuvres d’art.

Que de contraintes !
L’émergence d’une véritable dynamique d’épargne domestique, structurée et orientée vers l’investissement, semble encore relever d’un horizon incertain. Plusieurs contraintes freinent son expansion, et ce, au-delà de la culture de l’épargne et de l’éducation financière.

D’abord, le coût de la vie qui s’est renchéri ces dernières années et qui limite la constitution d’une épargne. La dernière enquête du HCP dévoile des résultats peu encourageants: 42% des ménages déclarent s’endetter ou puiser dans leur épargne pour couvrir leurs dépenses.

D’autant que 88,8% des foyers sont incapables d’épargner les 12 prochains mois, soit 9 ménages sur 10. Ajouter à cela la faible inclusion financière, malgré les efforts entrepris ci et là, en plus du manque de diversification de l’offre en vue de toucher une large population.

Une autre composante de taille qui ralentit l’amélioration du taux d’épargne, c’est bien le volume important de la circulation du cash, dépassant les 400 milliards de dirhams et représentant plus de 40% du PIB, un niveau plus élevé que celui de l’épargne.

Enfin, à ce tableau, il faut intégrer également la fiscalité sur la plus-value, qui reste handicapante avec par exemple 30% imposés sur les produits bancaires et les produits investis dans les taux, 15% sur les actions…


Placements : Tour d’horizon des rendements
Depuis l’année dernière, le marché actions s’adjuge la première place des rendements les plus intéressants, avec 22% HT en 2024 et un niveau similaire à cette date.

Les OPCVM se portent bien également avec des rendements allant de 16% pour les actions, à une moyenne de 28% pour les fonds obligataires, de court, moyen ou long terme. L’assurance-vie reste un bon compromis alliant fiscalité et rendement avec environ 3,5%.

Les produits bancaires sont en bas de l’échelle avec un rendement des comptes sur carnet limité à 2,2% et celui des dépôts à terme n’excédant pas 2,8%.