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Crowdfunding : Les opérateurs dans les starting-blocks

Les plateformes de financement collaboratif sont dans l’attente de la publication des dernières circulaires et de l’octroi des agréments pour pouvoir exercer au Maroc. Selon les professionnels, la demande pour ce mécanisme de financement est réelle.

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Après plusieurs années d’attente, 2023 sera-t-elle enfin celle du démarrage effectif du crowdfunding au Maroc ? Les professionnels sondés affichent en tout cas leur optimisme, le cadre réglementaire régissant cette activité étant parachevé, ou presque. «Nous sommes au bout du bout! La loi 15-18 régissant le crowdfunding au Maroc a été adoptée au printemps 2021, et le décret d’application en mai 2022.

Les arrêtés ministériels ont, eux, été publiés fin 2022. Aujourd’hui, nous attendons la publication au Bulletin officiel des circulaires sur le sujet des deux régulateurs, à savoir Bank Al-Maghrib et l’Autorité marocaine du marché des capitaux», nous informe Sarah Jaidi, co-fondatrice de Kiwi Collecte.

A l’instar d’autres plateformes, Kiwi Collecte est dans l’attente de décrocher son précieux sésame auprès de la banque centrale pour avoir le droit d’exercer. «Nous sommes en attente d’agrément auprès de Bank Al-Maghrib. Dès que les dernières publications réglementaires seront faites, notre dossier pourra être étudié», espère cette jeune entrepreneuse, dont la plateforme a vocation à financer des projets au Maroc à fort impact (entrepreneuriat en amorçage, culture sport et environnement, entre autres) à travers la collecte de dons.

Si le chantier réglementaire du crowdfunding a quelque peu traîné en longueur, c’est que les régulateurs ont pris soin de mettre en place les garde-fous nécessaires au développement vertueux de cette activité qui, rappelons-le, consiste à collecter de l’argent auprès «de la foule» (particuliers, organisations) via une plateforme en ligne pour financer un projet. «Le cadre légal est strict et à juste titre. L’activité est nouvelle et implique par définition de manipuler des fonds», estime Sarah Jaidi. Le régulateur souhaite, ajoute-t-elle, «avoir les garanties suffisantes que les futurs acteurs de marché ont les moyens humains, techniques et financiers de protéger les utilisateurs et d’éviter la fraude».

Une forte demande, surtout chez les MRE
En attendant le parachèvement définitif du cadre légal, les opérateurs sont dans les starting-blocks. Et les potentiels financeurs aussi. A en croire Eric Asmar, PDG de Happy Smala, un laboratoire d’innovation et d’économie collaborative qui publie un baromètre du financement collaboratif au Maroc (voir encadré), la demande pour ce mécanisme alternatif de financement est bien réelle, au Maroc comme ailleurs. «Il y a une énorme attente, que ce soit au niveau des porteurs de projets, (qu’ils soient individuels, entrepreneuriaux ou associatifs) ou au niveau des potentiels financeurs», affirme notre interlocuteur.

Parmi ceux-ci, fait-il remarquer, la diaspora marocaine pourrait se montrer particulièrement intéressée par ce véhicule de financement: «Nos études montrent que la majorité des fonds proviennent de la diaspora, et ce n’est pas spécifique au Maroc. Le crowdfunding peut dans ce sens être un vecteur très important pour la mobilisation des capitaux des Marocains du monde. C’est un moyen de canaliser cet argent qui entre au Maroc via les transferts de fonds (plus de 100 milliards de dirhams en 2022, Ndlr) et de les orienter vers des projets impactants et créant de la valeur ajoutée. Nos discussions avec d’éventuels contributeurs, hors Maroc, montrent qu’ils n’attendent que ça !».

Dons, prêts et equity : les enjeux
De l’avis des spécialistes, le crowdfunding a le potentiel d’occuper une place clé dans le développement de la dynamique entrepreneuriale au Maroc. D’autant que les mécanismes prévus par la loi, à savoir le don, le prêt ou l’investissement en capital (equity), permettent de couvrir un large éventail de possibilités de financement de projets. Pour ce qui est du don, «le potentiel est là depuis toujours car collecter des fonds pour financer une cause fait partie de notre culture en tant que Marocains. Le concept n’est pas révolutionnaire. Nous voulons aujourd’hui le digitaliser et l’inscrire dans ce qu’on appelle l’inclusion financière pour que ces fonds soient connus, visibles, sécurisés et financent des projets vérifiés», analyse la co-fondatrice de la plateforme Kiwi Collecte.

Selon notre interlocutrice, «le format don, de par sa simplicité, participera à créer un climat de confiance entre financeurs et financés avant de venir par la suite proposer d’autres formes». «Le don est un point d’entrée très important», confirme Eric Asmar, notamment dans sa déclinaison «pré-vente» qui constitue un moyen idoine pour un premier accès au marché et pour sécuriser des commandes au fur et à mesure du développement du projet.

Concernant les prêts (ou crowdlending), ils visent essentiellement à financer les TPME. «L’activité du crowdlending est très importante dans le monde et offre des opportunités pour le développement de la microfinance», souligne notre expert. Le crowdlending permet en effet à l’entrepreneur, d’un côté, de bénéficier de conditions «un peu moins strictes» qu’auprès des banques et des institutions de microfinance, et à l’investisseur-contributeur, de l’autre, d’avoir un véhicule intéressant pour placer son épargne dans des projets transparents, tout en soutenant l’économie locale.

Le volet equity, enfin, permet à des entreprises innovantes à fort potentiel d’ouvrir leur capital à des investisseurs, généralement des institutionnels avertis, à travers l’intermédiation de la plateforme, sans passer par le marché de capitaux classique. A ce titre, il représente une aubaine pour les porteurs de projets. Tout ceci est très prometteur, reste à savoir si la mayonnaise va prendre. «Il est essentiel que l’écosystème puisse démarrer pour avoir les premiers retours du marché et procéder à des ajustements si nécessaires», conclut Eric Asmar.


Les chiffres au Maroc

Malgré l’absence d’un cadre réglementaire, des expériences de crowdfunding ont pu se développer au Maroc, exclusivement via le volet «dons», en se référant à la loi régissant l’appel à la générosité publique qui date de 1971. Selon le baromètre du crowdfunding, réalisé par Happy Smala en partenariat avec ESSEC Afrique, en 2022, 171 projets marocains ont été financés entre 2019 et 2021 via treize plateformes dont deux marocaines; les autres sont françaises, américaines et du Moyen-Orient. Le total des fonds collectés a atteint 3,7 MDH sur cette période, contre seulement 2,6 MDH pour 117 projets entre 2010 et 2014. La somme moyenne versée par contributeur est de 741DH. Des chiffres encourageants appelés à croître considérablement une fois l’activité lancée.