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Casinos : La roulette russe de la taxation

Une étude démontre l’impact potentiellement ravageur d’une taxe sur les gains réalisés dans ces établissements. Le benchmark fiscal avec d’autres pays devrait inciter les responsables à reconsidérer leur proposition.

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«Ça va faire fuir tous les joueurs !», «Et quand on perd, a-t-on droit à des abattements d’impôt ?» ; «Cette décision va tuer tous les casinos du Maroc»… Voilà des réactions, vis-à-vis de cette nouvelle taxe, recueillies lors d’une enquête réalisée auprès de 112 clients étrangers ayant visité au moins une fois un casino marocain, au cours des 18 derniers mois.

Le sondage réalisé par le cabinet parisien InGame Factory rentre dans le cadre d’une étude intitulée «Fiscalité et attractivité des casinos au Maroc : Enjeux et perspectives de la taxation des gains». Un rapport dont les conclusions sont alarmantes.

«L’introduction d’une taxe sur les gains de casinos semble avoir un impact potentiellement dévastateur sur la fréquentation des établissements de jeux au Maroc. Il serait prudent pour les décideurs de reconsidérer la mesure», peut-on lire dans ce document réalisé par Ziad Farhoud, un expert de l’industrie des jeux.

En effet, un joueur sur cinq interrogés indique qu’il continuerait à fréquenter les casinos, mais diminuerait sa mise. Plus grave encore, une majorité de joueurs (54%) envisagerait de «privilégier une autre destination si cette taxe était imposée.» Un gâchis pour les sept casinos du Royaume dont l’attractivité repose, entre autres, sur la non-taxation des gains.

Effet domino sur le tourisme
Le benchmark fiscal établi par InGame Factory, dans son chapitre relatif au régime de taxation des gains en Espagne, confirme cet état de fait. «De nombreux joueurs espagnols choisissent de se rendre au Maroc ou dans d’autres pays voisins pour jouer, où les gains ne sont pas taxés», peut-on lire dans l’étude qui ne manque pas de relever l’augmentation des activités non réglementées dans ce pays.

«Certains joueurs se tournent vers des cercles de jeux clandestins ou des sites web étrangers via des VPN pour éviter la taxation, ce qui prive les casinos légaux de clients et l’État de revenus fiscaux».

Au-delà de la baisse de la base clientèle et de facto l’érosion de l’assiette fiscale ou encore la baisse de compétitivité des casinos et l’orientation sur le circuit illégal avec tous les risques induits sur l’ordre public, ce type de taxation aura tendance à réduire l’attractivité de cette niche du secteur touristique marocain qui souffre, on le sait déjà, d’un manque d’animation. Car pour InGame Factory, les casinos jouent un rôle significatif dans l’économie touristique du pays.

Tous adossés à des hôtels, ces cercles de jeux réglementés permettent même de prolonger la durée moyenne des séjours touristiques et générer des revenus importants grâce à l’organisation d’événements internationaux de poker.

Le casino Es-Saadi de Marrakech (le plus ancien du Royaume, ouvert même avant l’Indépendance) s’est même frayé une place en tant que haut lieu du poker mondial, accueillant depuis plus de 20 ans de nombreux événements récurrents, tels que le World Series of Poker (WSOP), le World Poker Tour (WPT) et des tournois organisés par Winamax.

«Ces compétitions attirent des joueurs du monde entier, renforçant la renommée internationale du casino de Marrakech», affirme l’étude qui estime que la dépense d’un touriste qui fréquente le casino est 2,5 fois plus importante que les 6.050 dirhams que dépense en moyenne un touriste au Maroc.

La même source estime que les dépenses dans les casinos marocains, en 2023, «ont directement contribué à un apport en devises compris entre 850 millions et 1 milliard de dirhams». Pas certain que la taxe Lakjaâ puisse rapporter autant aux caisses de l’État qui risquent de se retrouver privées d’une bonne partie de cette cagnotte…