Budget
PLF 2026 : Changement de vision, cap sur le développement
L’approche budgétaire ne repose plus sur les équilibres financiers abstraits, mais sur la création d’une dynamique économique locale, créatrice de richesses et d’emplois. Plusieurs comptes d’affectation spéciaux ont été mobilisés pour financer cette politique.
Développement territorial intégré. Derrière ce vocable se cache une nouvelle stratégie de développement à la fois sociale et territoriale.
Une démarche novatrice, à laquelle a appelé le Souverain, dûment inscrite dans le PLF 2026 et qui trouve sa concrétisation dans les différents projets et initiatives que le gouvernement entend engager à compter de janvier prochain.
Nous sommes pleinement dans le processus de déploiement de l’État social, à travers des actions à dimension humaine et territoriale. C’est, pour ainsi dire, l’axe central du projet de Loi de finances de 2026.
En effet, et les analystes l’auront noté, la principale caractéristique du PLF de 2026, comparé aux années passées, réside dans la mise en place d’une nouvelle génération de programmes territoriaux intégrés.
Lesquels programmes visent les zones montagneuses, oasiennes, côtières et les centres ruraux émergents. Et ce, afin de créer une dynamique économique locale et une répartition équitable de la richesse nationale.
De ce fait, observe-t-on, «le territoire n’est plus perçu comme un simple cadre administratif, mais comme un espace de production, de développement et d’emploi».
Cela se traduit aussi, en termes de gouvernance, par l’accélération du chantier de la déconcentration administrative, de la digitalisation des services publics et de l’amélioration de la gestion territoriale.
Partant de là, «la philosophie budgétaire ne repose plus sur le principe de l’équilibre financier abstrait, mais sur celui de l’équilibre spatial et social, transformant ainsi le budget en un instrument de redistribution du développement entre les régions».
En des termes plus concrets, il s’agit, comme le précise la note de présentation du PLF, du lancement d’une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégré, fondés sur la valorisation des spécificités locales, la consolidation de la régionalisation avancée et la consécration du principe de complémentarité et de solidarité entre les entités territoriales.
Les CAS comme instrument de financement
Il faut souligner, depuis le discours du Trône du 29 juillet, que le gouvernement a déjà entrepris de préparer le terrain pour le déploiement de ce programme.
Une série de mesures ont ainsi été prises, notamment l’élaboration et la diffusion d’une circulaire, le 15 août 2025, adressée aux walis et gouverneurs pour initier officiellement le processus d’élaboration des programmes, d’un guide méthodologique qui précise les étapes, les outils et les procédures à suivre pour la préparation des programmes, afin d’assurer une démarche harmonisée et efficace et la mise en place des comités de pilotage régionaux.
Des diagnostics territoriaux approfondis ont été lancés pour la collecte des données pertinentes et l’analyse factuelle, multidimensionnelle et actualisée de l’état du territoire (atouts, contraintes, disparités, dynamiques locales, projets réalisés et en cours, doléances exprimées, etc.).
La phase suivante consiste en l’analyse et l’interprétation territoriale des résultats du diagnostic de la situation de développement du territoire de chaque préfecture ou province.
En découlera une cartographie qui identifie les besoins prioritaires des populations sur la base d’indicateurs mesurables et de spécificités locales.
Puis, interviennent l’identification et la priorisation des projets proposés constituant les programmes avant de passer à l’élaboration et la formalisation du document final de ces programmes, dont le financement intervient en dernier lieu.
Pour une plus grande célérité et un impact immédiat, «un programme prioritaire et des contrats-objectifs, clairs et mesurables, détaillant les actions à mener au titre de l’année 2026, ont été élaborés», lit-on dans le document.
Il s’agit, est-il expliqué, «des actions définies dans les zones rurales défavorisées et le périurbain et dont la réalisation peut nécessiter un délai très court». Pour ce faire, une première enveloppe budgétaire prévisionnelle de 20 milliards de dirhams a été mobilisée.
L’objectif général de ce programme «est de déployer un ensemble d’actions rapides et à fort impact social et territorial, permettant d’améliorer les services essentiels (éducation, santé, eau), de réduire les inégalités territoriales, de renforcer la résilience des zones vulnérables (périurbaines, rurales, montagneuses, oasiennes) et de stimuler l’emploi local».
Pour assurer le financement de ces programmes, le gouvernement a procédé, dans le cadre du PLF, à la modification du compte d’affectation spéciale (CAS) intitulé «Fonds de développement rural et des zones de montagne» qui change de nom et devient «Fonds de développement territorial intégré».
Par la même occasion, son champ d’intervention a été élargi afin de lui permettre de prendre en charge les dépenses relatives à cette nouvelle génération de programmes et projets de développement territorial intégré.
Par ailleurs, plusieurs autres CAS sont appelés à jouer un rôle déterminant dans le financement de ces programmes.
Il s’agit notamment du «Fonds spécial relatif au produit des parts d’impôts affectées aux régions», du «Fonds de solidarité interrégionale», du «Fonds de soutien à l’Initiative nationale pour le développement humain», ainsi que du CAS «Part des collectivités territoriales dans le produit de la TVA».
Il est à souligner à ce titre que la part des recettes de la TVA reversée aux collectivités territoriales passe de 30 à 32%.
On l’aura constaté, et c’est une démarche que le gouvernement avait déjà adoptée par le passé, une grande partie du travail a été faite, en attendant la mise en place du cadre réglementaire, légal et financier.
L’idée est de gagner du temps. Dès que le PLF sera adopté, les programmes seront lancés sans tarder.
