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Budget

Fonction publique : Entre rigueur budgétaire et revalorisation sociale

Derrière les chiffres, c’est un véritable exercice d’équilibriste : maîtriser les dépenses sans rompre le contrat social avec les agents de l’État. Entre rationalisation des effectifs, digitalisation accélérée et revalorisation salariale, le gouvernement tente de concilier discipline budgétaire et ambition sociale.

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Le Projet de Loi de finances 2026 confirme une ligne directrice désormais claire dans la politique publique marocaine : maîtriser la masse salariale tout en répondant aux attentes sociales.

À travers son rapport sur les ressources humaines, le gouvernement affiche la volonté d’une gestion plus rationnelle de ses effectifs et d’une meilleure allocation de ses dépenses, dans un contexte de pression sur les finances publiques et d’engagements sociaux croissants.

Avec plus de 576.000 fonctionnaires civils en 2025, l’État demeure l’un des principaux employeurs du pays. Pourtant, ce chiffre reste stable depuis plusieurs années, traduisant un rééquilibrage des recrutements vers les secteurs stratégiques.

La priorité est donnée à la sécurité, à la santé et à l’éducation, qui concentrent près de 70% des postes créés au titre du budget 2025.

Ainsi, 28.906 nouveaux postes ont été ouverts, dont 7.744 pour le ministère de l’Intérieur, 6.500 pour la Santé et 5.792 pour la Défense nationale. Ces créations viennent compenser les départs massifs à la retraite, notamment dans l’Éducation nationale, qui représentent plus de 60% des suppressions de postes sur la décennie écoulée.

Entre 2015 et 2025, 275.000 postes budgétaires ont été créés dans l’Administration centrale, auxquels s’ajoutent 175.000 recrutements dans les Académies régionales d’éducation et de formation.

Les besoins sociaux, notamment en enseignants, infirmiers et agents de sécurité, dictent encore largement les orientations de la fonction publique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une masse salariale sous tension
Si le nombre de fonctionnaires se stabilise, la masse salariale continue elle de progresser. En 2025, elle s’élève à 180,3 MMDH, contre 116,8 MMDH dix ans plus tôt, soit une hausse de 54%.

Les causes sont multiples : revalorisation du salaire minimum, augmentation des grilles indiciaires, promotion interne, réformes fiscales et accords sociaux successifs.

Les mesures du dialogue social d’avril 2024 ont eu un impact significatif : hausse nette de 1.000 DH par mois pour les agents publics et révision de l’impôt sur le revenu afin d’alléger la charge fiscale des salariés et retraités.

Le gouvernement a également relevé la tranche exonérée de l’IR de 30.000 à 40.000 DH, une mesure favorable aux revenus modestes.

Malgré ces efforts sociaux, la question de la soutenabilité demeure. En 2025, les dépenses du personnel représentent 10,6% du PIB et plus de 32% du budget général, un poids encore élevé comparé aux standards internationaux.

Elles absorbent près de 60% du budget de fonctionnement et la moitié des recettes ordinaires. Face à cette réalité budgétaire, le gouvernement cherche à moderniser le modèle de gestion de la fonction publique.

La stratégie repose sur trois leviers : digitalisation, rationalisation des effectifs et renforcement des compétences.

La transformation numérique de l’administration, incarnée par le programme Digital Morocco 2030, vise à améliorer la qualité du service public tout en réduisant les coûts.

La plateforme Idarati centralise désormais plus de 2.700 actes administratifs dans une logique de simplification et de transparence. Parallèlement, la formation continue des agents est appelée à jouer un rôle clé dans la montée en compétence du secteur public.

Cette modernisation s’accompagne d’une féminisation progressive de l’encadrement supérieur. Sur les 1.422 nominations aux emplois supérieurs entre 2015 et 2025, près de 16% concernent des femmes, un taux en hausse constante. Les postes de directrices et inspectrices générales enregistrent les progrès les plus notables.

Une politique salariale en mutation
Le salaire mensuel net moyen dans la fonction publique s’établit désormais à 10.600 DH, contre 7.381 DH en 2015.

Une évolution qui reflète la montée en qualification des effectifs : les cadres (échelle 10 et plus) représentent 38% des créations de postes sur dix ans, tandis que le personnel d’exécution, encore majoritaire, bénéficie désormais d’un salaire minimum de 4.500 DH.

Cette revalorisation s’inscrit dans une logique d’équité et de motivation, mais pose la question de la productivité. Le gouvernement entend ainsi lier davantage rémunération et performance, notamment à travers des indicateurs de gestion RH plus rigoureux.

Le PLF 2026 met en œuvre un principe de base : faire mieux avec autant. Le nombre global d’agents se stabilise, mais les effectifs sont redéployés vers les services à fort impact. La maîtrise des dépenses du personnel devient un impératif pour préserver la capacité d’investissement public, essentielle à la croissance.

À terme, l’État ambitionne une fonction publique plus agile, plus proche du citoyen et capable de répondre rapidement aux besoins du territoire.

La généralisation de la couverture sociale, la réforme fiscale et la digitalisation de l’administration s’inscrivent dans cette même vision d’un État efficace, socialement responsable et budgétairement soutenable.

Le rapport sur les ressources humaines du PLF 2026 dessine une trajectoire de transition budgétaire et administrative.

Entre la nécessaire discipline financière et l’engagement social, le Maroc cherche à construire un modèle d’administration moderne, équilibré et performant.

La réussite de cette transformation reposera désormais sur un défi de taille : concilier maîtrise des dépenses et amélioration du service public, sans rompre le pacte social qui lie l’État à ses citoyens.