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Banques

Découvert : Les comptes au rouge !

L’encours des comptes débiteurs des particuliers est en hausse continue. Il s’est établi à 22 milliards de dirhams à fin mars, en hausse de 2% depuis le début de l’année, après un pic de 26 milliards en 2022. Les taux varient entre 10 et 13,2% HT selon les banques et le profil du client.

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Le découvert bancaire continue de s’installer dans les habitudes financières des ménages. Longtemps considéré comme une facilité ponctuelle de trésorerie, il tend désormais à devenir un mode de financement quasi permanent pour une frange importante de clients bancarisés, notamment ceux déjà endettés.

D’ailleurs, en 2024, le taux moyen d’endettement des salariés est aux environs de 55%, contre 62% pour les fonctionnaires et 59% pour les retraités.

Une fois les mensualités de crédit prélevées, plusieurs ménages se retrouvent avec des marges de manœuvre extrêmement réduites pour absorber les dépenses courantes : scolarité des enfants, alimentation, transport, factures énergétiques, santé ou encore loisirs…

Et il faut dire que face à la cherté du coût de la vie, consécutivement à des facteurs essentiellement exogènes, et qui ne s’accompagne pas forcément d’une hausse du pouvoir d’achat, ils sont plusieurs à terminer le mois dans le rouge et, donc, à trouver une bouffée d’oxygène (ou plutôt un cercle vicieux) dans ce découvert.

37,5% des ménages s’endettent
D’ailleurs, la dernière enquête du HCP sur les ménages montre que le niveau de vie de 75% d’entre eux s’est dégradé les douze derniers mois et 45% s’attendent à une prochaine détérioration l’année à venir. Ce qui impacte directement leur capacité à couvrir leurs charges mensuelles.

En effet, 37,5% déclarent s’endetter ou puiser dans leur épargne pour joindre les deux bouts. Ce qui laisse quand même une proportion de plus de la moitié qui arrive à régler ses dépenses et à vivre décemment à travers son revenu. Dans ce topo, seuls 2,5% épargnent une partie de leur revenu. C’est là où le découvert bancaire apparait comme une solution immédiate, accessible et souple.

Son encours est en augmentation continue, atteignant 22,2 milliards de dirhams à fin mars, en hausse de 2% depuis le début de l’année. Sur les cinq dernières années, l’évolution demeure toutefois irrégulière.

L’encours avait culminé à près de 26 milliards de dirhams en novembre 2022, dans le sillage de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques sur les revenus des ménages.

Les années 2020 et 2021 avaient d’ailleurs enregistré des hausses successives de 10%, traduisant le recours massif à cette facilité de trésorerie durant une période marquée par l’incertitude économique, les pertes de revenus et les tensions sur l’emploi. À partir de fin 2022, l’encours a toutefois entamé une phase de repli.

L’année s’était clôturée sur une baisse de 10%, avant une reprise de 3,5% en 2023, suivie d’un recul de 4% en 2024, puis d’une nouvelle hausse de 4,4% l’année dernière. Ce qui montre que le découvert bancaire reste très sensible à la conjoncture économique et au niveau de pression exercé sur les budgets des ménages.

Une part de 2,2% des comptes courants
En dépit de cela, son poids par rapport à l’encours du crédit global accordé aux particuliers ne crève pas les plafonds.

Par rapport à un encours de 386 MMDH, il n’en représente que 5,7%. Si l’on retraite toutefois de l’encours des comptes débiteurs et des créances en souffrance, sa part augmenterait à 7%.

En revanche, par rapport à l’encours des comptes courants, il ne représente que 2,2%, soit une part minime, mais qui reste en progression durable, reflétant un usage continu.

Autre chiffre évocateur : le découvert bancaire moyen s’établit à près de 581 DH par compte, sachant que l’on compte 38,2 millions de comptes chèques au niveau national, selon les chiffres de Bank Al-Maghrib, contre environ 412 MDH il y a dix ans.

L’on pourrait croire que ce découvert n’est sollicité que par les particuliers à revenu faible ou moyen. Au contraire, même les ménages à haut salaire pourraient y avoir recours, surtout après remboursement des dettes liées à un crédit immobilier et automobile.

Cependant, le plus souvent, il est demandé lors de périodes requérant des sorties d’argent massives, comme la rentrée scolaire, les périodes de fêtes religieuses ou encore pendant les vacances. En tout cas, il est autorisé en fonction du salaire avec une part qui peut atteindre jusqu’à 80%.

Certaines banques vont jusqu’à 100% du reste à vivre, autrement dit, de la part du revenu restant, après déduction de différentes traites et règlement de diverses échéances.

Il faut dire que, contrairement aux prêts classiques, le découvert bancaire est fortement taxé. Selon les offres du marché, le taux peut aller de 10% jusqu’à 13,2%HT, qui est le taux maximum des intérêts conventionnels calculé et publié par la banque centrale.

Il faut savoir qu’en plus des intérêts débiteurs liés à cette ligne de trésorerie, des agios et des commissions sont prélevés à une fréquence trimestrielle pour la plupart des banques.

Un dépassement de 10.000 DH par exemple peut occasionner des agios de 330 DH en un trimestre pour un taux de 12%. Des dérogations existent naturellement pour les clients disposant de revenus élevés et qui utilisent cette facilité de caisse de manière très occasionnelle.

Dans ce cas, les taux peuvent aller à moins de 8%, surtout s’ils demandent un montant important. Cela dit, cette condition doit être assortie de garanties, notamment un terrain à nantir, un portefeuille titres ou un plan d’épargne.

En tout cas, le découvert bancaire est tellement utilisé qu’il est intégré dans les packs lors de l’ouverture de comptes, libre au client de l’utiliser ou non pour boucler les fins de mois.


Crédits de trésorerie : Le secondaire capte 47%
Toutes catégories confondues, l’encours des comptes de trésorerie a atteint, 255 milliards de dirhams, à fin mars 2026, en hausse de 2% depuis le début de l’année. Une progression similaire à l’encours des prêts à l’équipement à 314 MMDH et aux créances en souffrance à 103 MMDH.

Pour sa part, l’encours des crédits immobiliers a augmenté de 1% pour se situer à 323 MMDH. Par branche d’activité, c’est le secteur secondaire qui accapare le gros de l’encours des comptes de trésorerie avec une part de 47% à 119 MMDH.

Il est suivi du tertiaire avec un stock de 116 MMDH et une part de 45%. Le secteur primaire, lui, ne s’adjuge qu’un poids de 8% avec 19,8 MMDH.