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Banques

Crédit du Maroc : Après la consolidation, l’accélération

Le groupe bancaire commence à récolter les fruits du chantier transformationnel engagé depuis son passage dans le giron de Holmarcom. Au sortir d’un exercice 2025 de bonne facture, il se projette désormais dans une nouvelle phase d’accélération, pour atteindre, voire dépasser, les objectifs de sa feuille de route.

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Crédit du Maroc se sent pousser des ailes. La banque quasi centenaire, contrôlée de 2006 à 2022 par le Crédit Agricole France, connait une seconde jeunesse depuis sa prise de contrôle par le groupe Holmarcom, le holding de la famille Bensalah.

Après une période de transition et d’autonomisation vis-à-vis de l’ancienne maison-mère, la banque s’est dotée d’une nouvelle feuille de route ambitieuse, à l’horizon 2028, qui reflète les ambitions du nouvel actionnaire de référence.

Intitulée CDM Boost 2028, cette feuille de route opère un tournant radical dans le positionnement stratégique de la banque qui, pour résumer, passe de défensif à conquérant.

Moins élitiste et avec un ancrage plus fort dans l’économie nationale, la banque cible désormais davantage les classes moyennes et les PME. Elle se positionne aussi sur l’ensemble des lignes de métiers, avec des ambitions nouvelles dans le crédit à la consommation, le leasing ou encore la banque d’investissement.

Une vraie banque universelle en quelque sorte. Cette stratégie de croissance tous azimuts s’accompagne d’un effort d’investissement dans la modernisation des infrastructures digitales et l’amélioration des process. Le cap fixé pour 2028 est clair : atteindre 4 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, un milliard de dirhams de bénéfices et 900.000 clients.

Pour y parvenir, un plan d’action en quatre axes a été élaboré : accélération de la dynamique commerciale, transformation du modèle opérationnel, gestion rigoureuse des risques et engagement des collaborateurs.

Percée commerciale
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la banque est dans les clous pour concrétiser ces objectifs, voire les dépasser. C’est en tout cas ce qui ressort des résultats annuels 2025 présentés récemment par le top management.

Le chiffre d’affaires à fin décembre culmine en effet à 3,56 milliards de dirhams, en hausse de 8%, tandis que le résultat net part du groupe enregistre une progression de 16,5%, pour s’établir à 864 MDH.

La dynamique commerciale est au rendez-vous, tant sur le plan du crédit (+11%) que de la collecte des dépôts (+7,4%). Surtout, les nouveaux relais de croissance répondent présent. Dans le segment corporate, les crédits à l’équipement de la clientèle corporate ont ainsi augmenté de 16,6% en 2025 après avoir bondi de 25% en 2024.

Les crédits à la promotion immobilière suivent la même trajectoire, avec des hausses de 12,5% en 2024 puis 15,6% en 2025. «Nous avons doublé notre part de marché sur ce segment», souligne-t-on chez CDM. L’activité leasing, dont les encours ne dépassaient pas 400 millions de dirhams il y a encore quelques années, affiche des encours en hausse de 42% en 2025, pour atteindre 3,58 milliards de dirhams.

Parmi les autres relais de croissance identifiés, le crédit à la consommation pour la clientèle des particuliers réalise une percée notable avec une hausse de 11,2% des encours. C’est le cas aussi pour la bancassurance, boostée depuis début 2025 par le partenariat conclu avec AtlantaSanad, autre filiale de Holmarcom.

«Crédit du Maroc est aujourd’hui dans une évolution très positive sur l’ensemble des indicateurs. Les revenus progressent de manière significative depuis trois ans, portés par l’ensemble des lignes de métiers, qu’ils soient historiques ou nouveaux», a résumé en conférence de presse Ali Benkirane, président du directoire du groupe bancaire.

Aujourd’hui, a-t-il ajouté, «nous estimons avoir réalisé près des deux tiers de cette trajectoire, ce qui confirme la pertinence de notre feuille de route et la solidité de notre modèle».

Cette performance, a-t-il insisté, «n’est pas conjoncturelle». Elle est le fruit d’un travail engagé depuis trois ans par la banque: renforcement des équipes, stabilisation des process, amélioration de l’efficacité opérationnelle, etc.

Pour le top management de la banque, le terrain est désormais balisé pour entamer une nouvelle phase d’accélération, avec un focus marqué sur l’exécution et la qualité de service. «Nous avons installé les fondations, en termes de modèle opérationnel, de socle technologique, de dispositif RH, d’expertise et de facilité de fonctionnement.

Ces fondations vont nous permettre d’engager, à partir de 2026, une nouvelle phase d’accélération», a affirmé le président du directoire de la banque. L’objectif d’ici 2028 est clair : «Positionner CDM comme une banque importante de la place, moderne, innovante, simple, efficace et surtout solide et pérenne».

Croissance et discipline
Mais qui dit croissance dit forcément croissance maitrisée. Pas question en effet de lésiner sur la gestion du risque. Les dirigeants assurent poursuivre une politique anticipative et prudente.

«Nous ne faisons pas le choix entre la croissance et la maitrise des risques. Les deux avancent ensemble, avec une discipline de gestion des risques profondément ancrée dans notre ADN et un provisionnement prudent».

En 2025, dans un contexte d’amélioration de l’environnement des risques au niveau national, le coût du risque a baissé de 3,8% pour s’établir à 383 millions de dirhams. Le taux de couverture des créances en souffrance s’établit pour sa part à 89,5%, en hausse de 206 points de base par rapport à 2024, un niveau élevé qui traduit «un provisionnement aux meilleurs standards».

Pas question non plus de lésiner sur la rentabilité de cette croissance. Alors que l’effort d’investissement reste soutenu avec 248 millions de dirhams engagés en 2025, principalement dédiés à la poursuite de sa transformation technologique, les charges d’exploitation demeurent maitrisées, puisqu’elles n’ont progressé que de 3%.

Une performance qui se traduit par une amélioration de 228 points du coefficient d’exploitation qui s’établit à 46,3%, se rapprochant ainsi de la moyenne du secteur.

À noter que le directoire proposera à l’assemblée générale ordinaire la distribution d’un dividende brut de 48 dirhams par action, en hausse de 15% par rapport à 2024. «Nous avons une politique de dividende prudente, avec un payout de 65% du résultat. Cela permet de renforcer nos fonds propres», explique Benkirane.

Les ratios prudentiels en ressortent renforcés: le ratio Tier 1 s’établit à 12,5% et le ratio de solvabilité à 14,85%. «Nous sommes en avance sur les normes qui vont entrer en vigueur», affirme le dirigeant, faisant référence aux nouvelles exigences réglementaires prévues en 2027 par le déploiement de le SREP, un processus de contrôle prudentiel renforcé, mis en place par Bank Al-Maghrib.


CDM Pay, premiers pas prometteurs
L’exercice 2025 a été marqué par le lancement de CDM Pay, une nouvelle filiale spécialisée dans les solutions de paiement électronique dédiées aux commerçants et aux TPME.

Dans un contexte de réforme du marché des paiements électroniques impulsée par le Conseil de la concurrence, la structuration de cette filiale a été accélérée. «Nous avons rapidement structuré une équipe dédiée au sein de la filiale, avec un dispositif commercial dédié, déployé auprès des commerçants», a indiqué Benkirane.

Les premiers résultats sont jugés satisfaisants, avec des parts de marché dépassant les 7% sur les portefeuilles récupérés auprès du partenaire CMI. Au-delà de l’acquisition, CDM Pay est appelée à devenir un levier stratégique pour positionner Crédit du Maroc parmi les opérateurs de référence du paiement au Maroc.