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Zineb Laghzaoui : La voix du bio…
PDG de Distribio et présidente de la Fédération de l’aval du mouvement interprofessionnel bio, son parcours est celui d’une femme qui a choisi de prévenir plutôt que guérir, d’une entrepreneure qui croit en l’innovation marocaine et d’une visionnaire convaincue que le bien-être se construit d’abord dans l’assiette. Portrait.
Fin novembre, le Maroc a participé pour la première fois, et a été même à l’honneur, au Salon Natexpo à Paris. «Dix-huit exposants marocains ont été présents dans le stand Maroc. C’était une très bonne opportunité pour le Royaume d’exposer ce qu’il fait de mieux en agriculture bio.
Après cette promotion à l’international, il est projeté l’organisation, en 2026, d’un premier salon bio au Maroc. Cette action est prévue dans le cadre du programme Génération Green», annonce Zineb Laghzaoui, présidente de la Fédération de l’aval du mouvement interprofessionnel bio (Famibio) et présidente directrice générale du groupe Distribio, centrale d’achat spécialisée dans la distribution des produits, importés et locaux, issus de l’agriculture bio.
Biologiste de formation, Laghzaoui est une grande passionnée du bio. Elle aurait pu endosser la blouse blanche. La médecine était même son premier objectif. Mais très vite, elle comprend que sa vocation n’est pas de soigner, mais de prévenir. «Je suis plus prévention que guérison», aime-t-elle à dire avec conviction.
Une conviction qui va guider tout son parcours et l’amener à devenir l’une des figures majeures de la filière bio au Maroc. «Le bio n’a jamais été une mode, c’est une philosophie», dit-elle. Ce qui l’a conduite, il y a une quinzaine d’années, vers un domaine encore balbutiant: la distribution des produits biologiques au Maroc.
Très attentive à sa santé et son bien-être, Laghzaoui s’engage dans la sensibilisation des consommateurs aux bienfaits du bio. En 2010, elle scelle un partenariat avec l’enseigne française La Vie Claire. Durant sept années, elle découvre les codes du secteur, notamment la sélection des produits, la formation des équipes de vente et aussi les attentes des clients.
À l’issue de cette période, elle raconte avoir constaté «que la filière a gagné en maturité, que le consommateur a évolué et le pays dispose également des ressources pour aller plus loin».
Elle décide alors de fonder, en 2018, Distribio, sa propre centrale d’achat dédiée aux produits bio. Une initiative ambitieuse au moment où le marché est encore en construction. Le groupe lance sa propre enseigne Green Village après avoir mis fin au partenariat avec La Vie Claire.
Le réseau compte actuellement quatre points de vente : deux à Casablanca, un à Rabat et un Marrakech. Et deux nouvelles ouvertures sont prévues en 2026 à Bouskoura et à Dar Bouazza.
Les magasins proposent une large gamme de produits frais, de l’épicerie sèche, des produits spécialisés asiatiques, les apéritifs, les produits d’hygiène et de la maison, les cosmétiques, les produits pour bébés ainsi que les compléments alimentaires.
Et plus récemment, pour enrichir la gamme des produits bio distribués par sa centrale d’achat, Laghzaoui signe un contrat avec le groupe Dima Malik pour la distribution de sa marque de jus 100% naturel Maya Drink.
«C’est une bonne opportunité pour nous et pour les consommateurs, soucieux de leur santé et adeptes des produits sains». De plus, ajoute-t-elle, «ce partenariat s’inscrit dans notre engagement pour développer le bio et encourager nos compatriotes qui s’investissent dans ce domaine.
Et aussi, nous voulons être la vitrine de tout ce que le Maroc fait de mieux et en faciliter la commercialisation». Outre ses propres boutiques, Distribio compte 1.000 points de vente partenaires, notamment des pharmacies, des parapharmacies, des magasins spécialisés et, depuis 3 ans maintenant, les supermarchés du groupe Label’Vie Carrefour.
Globalement, près de 10.000 produits, dont 70% sont importés et 30% sont d’origine locale, notamment les produits de terroir (l’huile d’olive, le safran, l’huile d’argane, la spiruline, les épices et autres condiments), sont commercialisés.
Le panier moyen se situe entre 300 et 400 dirhams. Preuve que le bio, sans être démocratisé, s’installe peu à peu dans les modes urbains de consommation.
Une pionnière devenue porte-parole…
Une réalité dont ont pris conscience les pouvoirs publics, puisqu’en 2012, la loi 32-12 relative au secteur réglementant l’organisation et l’utilisation des semences et autres intrants a été promulguée.
Le cadre légal est donc mis en place et les pouvoirs publics, reconnaissant l’importance de cette filière, passent, quelques années plus tard, à l’étape suivante : le soutien de la filière. Un contrat-programme a été élaboré pour accompagner le développement du secteur en vue de sa professionnalisation.
Couvrant la période 2023-2030, le programme Génération Green vise plusieurs objectifs à atteindre dans les cinq prochaines années. Il est alors prévu de porter la superficie certifiée bio de 15.000 à 100.000 hectares, la production devrait atteindre les 600.000 tonnes, dont 144.000 devront être exportées en 2030.
Aujourd’hui, la filière exporte déjà vers l’UE, les USA et le Canada. De nouveaux marchés sont à conquérir comme l’Afrique qui importe encore très peu du Maroc. Ce programme de développement nécessite une enveloppe de 1,46 milliard de dirhams dont 700 millions seront versés par l’État. Par ailleurs, des budgets sont alloués par la Banque mondiale et l’Union européenne pour développer la production et la transformation des produits marocains.
La vision de Laghzaoui s’inscrit dans la stratégie nationale portée par le ministère de l’Agriculture. Elle y voit «une feuille de route essentielle pour renforcer la souveraineté alimentaire, créer une classe agricole émergente, encourager les cultures durables et donner plus de valeur ajoutée aux produits locaux».
Pour cela, les associations régionales du bio déploient des actions d’accompagnement pour la reconversion des agriculteurs dans les régions qui font historiquement du bio, notamment le Souss-Massa où le maraîchage bio est très développé, le Drâa-Tafilalet pour les dattes ou encore Fès-Meknès pour les olives.
Selon la présidente de Famibio, «un potentiel diversifié est à développer notamment pour l’huile d’argane, la figue de barbarie et les plantes aromatiques et médicinales». S’agissant de la valorisation, la Fédération a lancé une opération de recensement des unités de transformation en vue d’un ciblage des actions à mener.
Pour Laghzaoui, parmi les mesures à prendre en priorité : la mise en place d’un système d’information qui permettra d’évaluer le marché et de sélectionner des intrants, des semences et des produits destinés aux agriculteurs, afin d’avoir une terre saine et en bonne santé. La Fédération souligne qu’il faut travailler pour créer un label bio Maroc.
Aujourd’hui, ce label est calqué sur le cahier des charges européen, mais il n’y a pas d’équivalence. «Les bureaux nationaux sont agréés pour certifier, mais le label Maroc BIO n’est pas reconnu à l’étranger», déplore la présidente de Famibio, qui ne manque pas de souligner l’exemple de la Tunisie qui compte actuellement 300.000 hectares certifiés bio et dont le label Tunisie BIO est reconnu par l’UE.
Ces mesures sont nécessaires, juge-t-elle, pour ériger le bio, qui ne doit pas être uniquement une niche, mais un levier d’avenir tant économique que sanitaire.
Aujourd’hui, la présidente de la Fédération incarne cette professionnalisation de la filière. Elle milite pour un écosystème structuré, des normes claires, des partenariats locaux et une meilleure éducation des consommateurs.
C’est pour cela que la corporation a adopté un plan de communication qui s’articule autour d’interventions sur les stations de radio, des articles de presse, l’élaboration d’un guide. La présidente, férue du bio, organise même des ateliers de cuisine pour les enfants dans les écoles et dans les magasins Green Village.
«Aux enfants, il faut tout apprendre, par exemple, à lire les étiquettes et la liste des ingrédients. Pour une meilleure sensibilisation, il faut commencer par les enfants».
