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Souss-Massa : Une stratégie pour prévenir les risques d’inondations

Plus de 400 millions de dirhams ont été mobilisés depuis 2021 pour des projets de protection contre les inondations dans la région. La stratégie locale combine infrastructures hydrauliques, gestion des bassins versants et planification territoriale. Objectif : renforcer la résilience du territoire face à l’intensification des épisodes climatiques.

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Longtemps confrontée à la rareté de l’eau, la région du Souss-Massa doit aujourd’hui composer avec un autre défi climatique: l’intensification des épisodes de pluies extrêmes et le risque croissant d’inondations.

Dans ce contexte, la prévention contre ces phénomènes s’impose comme un enjeu majeur pour la région. Relief accidenté, sols fragiles et urbanisation croissante exposent certaines zones à des crues soudaines, notamment dans les bassins versants montagneux et les plaines agricoles.

Face à ces risques, plusieurs institutions publiques déploient une stratégie coordonnée, combinant aménagement hydraulique, gestion environnementale et planification territoriale.

Au cœur de ce dispositif figure l’action de l’Agence du bassin hydraulique du Souss-Massa (ABHSM). L’organisme pilote depuis plusieurs années un ensemble de projets visant à réduire l’exposition du territoire aux inondations.

Dans le cadre du Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles (FLCN), soutenu notamment par la Banque mondiale, plusieurs initiatives ont été engagées.

Depuis 2021, 32 projets de protection contre les inondations ont été réalisés dans la zone d’action de l’Agence, 12 autres sont en cours de réalisation et 6 supplémentaires sont programmés, précise Mohamed Amghar, directeur par intérim de ABHSM. À cela s’ajoutent plusieurs études stratégiques, dont l’élaboration de l’Atlas des zones inondables et des plans de prévention des risques d’inondations.

Durant la période 2021-2026, les projets réalisés ou en cours représentent un investissement global dépassant 400 millions de dirhams. Les études de protection mobilisent près de 3,5 millions de dirhams, tandis que l’étude d’élaboration de l’Atlas des zones inondables, couvrant l’ensemble du bassin du Souss-Massa, représente un budget d’environ 13 millions de dirhams, indique le responsable.

Ces outils de connaissance constituent un socle essentiel pour anticiper les crues et orienter les décisions d’aménagement. Ils s’inscrivent dans le cadre du décret n°2.23.80 adopté en novembre 2023, qui opérationnalise les dispositions de la loi sur l’eau en matière de prévention et de gestion des risques hydrologiques.

Dans cette perspective, des comités de vigilance et de gestion des effets des inondations ont été mis en place au niveau régional sous l’autorité du wali et des gouverneurs afin de renforcer la coordination entre les différents acteurs.

Approche écologique
La prévention passe également par des interventions directes sur les infrastructures. Au niveau de la préfecture d’Agadir Ida-Outanane, la Direction provinciale de l’équipement, du transport, de la logistique et de l’eau a programmé un budget global de 21,4 millions de dirhams pour la période 2026-2027, afin de réparer les dégâts causés par les crues sur le réseau routier.

Par ailleurs, une enveloppe annuelle de 6 millions de dirhams est consacrée à des actions préventives visant à limiter l’impact des crues sur les routes classées.

Les opérations comprennent l’inspection des points sensibles, le curage des fossés et ouvrages d’art, le prépositionnement du matériel d’intervention et la mise en place d’une signalisation temporaire en cas de coupure, détaille Mohamed Aouni, directeur de l’Équipement dans la préfecture Agadir Ida-Outanane.
La lutte contre les inondations repose aussi sur une approche écologique.

Dans ce domaine, l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) joue un rôle central à travers la gestion des bassins versants et la préservation du couvert forestier. La région du Souss-Massa compte plus de 1,23 million d’hectares de domaine forestier dominé par l’arganier, le thuya et le chêne vert.

Ces formations végétales contribuent à ralentir le ruissellement, favoriser l’infiltration des eaux et limiter l’érosion hydrique, parfois estimée à plus de huit tonnes par hectare et par an dans les zones dégradées.

Dans ce cadre, le Programme forestier régional 2021-2030 mobilise chaque année près de 157 millions de dirhams pour des actions de plantation, de restauration des écosystèmes et d’aménagement anti-érosif, détaille Hicham Ezzahidi, directeur régional des Eaux et forêts.

Des travaux spécifiques sont également menés sur certains bassins versants stratégiques, notamment celui de l’oued Lahouar, afin de protéger la ville d’Agadir à travers des ouvrages de correction torrentielle, des seuils en gabions et des aménagements en pierres sèches.

Enfin, la Direction régionale de l’environnement (DRE) veille à intégrer le risque d’inondations dans les politiques d’aménagement du territoire. Les cartographies des aléas établies selon différentes périodes de retour (10, 50 et 100 ans) permettent d’identifier les zones les plus exposées, notamment dans les provinces de Tata et de Taroudant, souligne Khadija Sami, directrice régionale de la DRE.

Ces données alimentent les études d’impact environnemental et orientent les décisions d’urbanisation afin d’éviter l’implantation de nouvelles infrastructures dans les secteurs les plus vulnérables.

La prévention des inondations dans le Souss-Massa repose sur une approche intégrée mobilisant infrastructures hydrauliques, restauration des écosystèmes, planification urbaine et gouvernance territoriale. Une stratégie devenue indispensable dans une région où le dérèglement climatique accentue la fréquence et l’intensité des événements hydrologiques extrêmes.