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Sécurité routière : Tour de vis réglementaire sur les deux-roues

La future stratégie nationale de sécurité routière 2026-2030 marque un tournant dans l’encadrement du secteur des deux-roues. Dotée d’une enveloppe de 8,7 milliards de dirhams, elle prévoit notamment un renforcement du cadre réglementaire et l’interdiction future de l’importation des motos à moteurs modifiables.

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Au fil des dernières années, les motos et scooters se sont progressivement imposés comme une solution de mobilité incontournable dans plusieurs villes marocaines. Face à la congestion croissante du trafic urbain, notamment dans les grandes agglomérations, de nombreux usagers privilégient désormais les deux-roues pour leurs déplacements quotidiens.

Cette évolution est également portée par la transformation des modes de consommation. L’essor de la livraison à domicile, stimulé par le développement du commerce électronique et des plateformes numériques, a contribué à renforcer la présence des motos dans l’espace urbain.

Restaurants, commerces de proximité et entreprises de logistique s’appuient de plus en plus sur ce mode de transport pour assurer leurs livraisons dans des délais réduits.

Au-delà de leur praticité, les deux-roues constituent également une alternative plus accessible à l’automobile.

Dans un contexte marqué par la hausse du coût de la mobilité, ils permettent de réduire les dépenses liées à l’acquisition du véhicule, à la consommation de carburant et à l’entretien. Cette accessibilité explique en partie leur popularité croissante auprès des jeunes actifs, des travailleurs indépendants et des professionnels de la livraison.

Cette progression s’accompagne toutefois de nouveaux défis en matière de sécurité routière. L’augmentation du nombre de deux-roues en circulation soulève des questions liées au respect des règles de conduite, aux équipements de protection et à la conformité technique des véhicules mis sur le marché.

Nouvelle stratégie de la NARSA
C’est dans ce contexte que la NARSA prépare le lancement de sa stratégie nationale de sécurité routière pour la période 2026-2030. Élaborée en partenariat avec le ministère du Transport et de la logistique, cette feuille de route mobilisera un investissement global estimé à 8,7 milliards de dirhams et vise à améliorer durablement les indicateurs de sécurité routière.

L’enjeu est de taille. Chaque année, près de 4.000 personnes perdent leur vie sur les routes marocaines. Les autorités souhaitent ainsi renforcer la protection des catégories d’usagers les plus exposées aux accidents, tout en intensifiant les actions de prévention, de contrôle et de sanction.

Parmi les mesures annoncées figure une future interdiction de l’importation des deux-roues dotés de moteurs modifiables. Selon Benacer Boulaajoul, directeur général de la NARSA, cette disposition s’inscrit dans une démarche plus large de renforcement de la réglementation et de lutte contre les comportements susceptibles d’accroître les risques sur la route.

Au-delà de cette mesure spécifique, la stratégie prévoit également un durcissement du cadre législatif et réglementaire afin d’améliorer le respect des normes de sécurité et de réduire les infractions. L’objectif affiché est de créer un environnement routier plus sûr tout en adaptant la réglementation aux évolutions observées sur le terrain.

Reste désormais à mesurer les conséquences de ces orientations sur un marché des deux-roues en pleine mutation, où importateurs, assembleurs et distributeurs devront probablement adapter leurs pratiques à un cadre réglementaire plus exigeant.

À la recherche d’un modèle industriel
Si les débats autour de la sécurité routière occupent aujourd’hui le devant de la scène, les professionnels du secteur estiment que les véritables défis du marché marocain des deux-roues dépassent largement le seul cadre réglementaire.

Pour les opérateurs, la priorité consiste avant tout à bâtir un véritable écosystème industriel capable d’accompagner la croissance du marché. Malgré les progrès réalisés ces dernières années dans l’assemblage local, la filière reste confrontée à plusieurs contraintes structurelles.

Contrairement à des pays comme la Chine, où les fabricants s’appuient sur un vaste réseau de sous-traitants spécialisés dans les composants, la peinture, les traitements de surface ou encore l’emballage, les industriels marocains demeurent souvent contraints d’intégrer eux-mêmes une grande partie de ces opérations.

Cette situation engendre des coûts supplémentaires et mobilise des ressources qui pourraient être consacrées à l’innovation, à l’amélioration de la qualité ou au développement de nouveaux produits.

À cela s’ajoutent d’autres défis, notamment le coût de l’énergie et des matières premières ainsi que la nécessité d’améliorer la productivité et la compétitivité du tissu industriel local.

Pour autant, les perspectives demeurent prometteuses. Grâce à sa position géographique entre l’Europe et l’Afrique, à ses infrastructures logistiques et à ses accords de libre-échange, le Maroc dispose d’atouts susceptibles de favoriser l’émergence d’une véritable industrie du deux-roues.

Encore faut-il renforcer la confiance dans le Made in Morocco et développer progressivement un réseau de fournisseurs capables d’accompagner la montée en puissance de la filière.

À l’horizon 2030, les professionnels anticipent la poursuite de la croissance du marché, portée par les besoins de mobilité quotidienne et les activités de livraison.

Parallèlement, les segments liés aux pièces de rechange, aux équipements de protection, aux accessoires et aux services après-vente devraient connaître un développement soutenu. Une évolution qui pourrait ouvrir la voie à une structuration plus profonde de l’ensemble de l’écosystème du deux-roues au Maroc.