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Hicham Saadli : «Assises des services, un tremplin pour l’élaboration d’une feuille de route nationale»

Le poids du secteur dans l’économie nationale dépasse les 50% du PIB. Cette branche est à considérer à part entière pour bénéficier des supports spécifiques et adaptés. Décryptage.

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Ingénieur de formation et grand expert en logistique, Hicham Saadli préside la Fédération du commerce et services de la CGEM depuis plus de 2 ans. Celui qui est aussi membre de l’Observatoire marocain de la commande publique accorde une importance particulière aux premières Assises des services qui se tiendront le 18 décembre. Éclairage.

La Vie éco : Aujourd’hui, quel est le poids des services dans l’économie nationale, notamment en termes de PIB national, de création d’emplois et d’exportations?
Hicham Saadli : Tout d’abord, avant de parler des services, il faut clarifier quels métiers et de quel secteur nous parlons.

Car il est essentiel de clarifier les contours de ce secteur qui englobe une diversité de métiers répartis en deux grandes catégories, notamment les services qui sont propres à un secteur primaire spécifique. Nous trouvons dans cette catégorie les services de la santé, les services liés à l’offshoring, les services liés au tourisme, les services bancaires et d’assurance….

Ensuite, la deuxième catégorie est composée de tous les autres métiers des services qui sont communs à plusieurs secteurs d’activité du tissu productif national. Elle comprend également tous les métiers de services se basant sur la matière grise des experts dans leur domaine. Pour le poids des services dans l’économie nationale, il dépasse les 50% du PIB national.

Toutefois, il faut savoir que les nomenclatures du HCP pour les services incluent des secteurs comme le commerce, le transport et la logistique, le tourisme, mais aussi les services financiers, les télécommunications et les technologies de l’information, ainsi que les services administratifs et autres services divers.

Cette contribution significative témoigne du rôle essentiel des services dans la création de richesse et le soutien aux activités économiques du pays. En matière d’emploi, ce secteur s’affirme comme le premier pourvoyeur de postes de travail de l’économie nationale, employant 48,3% de la population active en 2023, soit plus de 5,1 millions de personnes.

Sur le plan des échanges, les services, selon la nomenclature du HCP, ont généré en 2023 un excédent commercial de 132,6 MMDH, soit une progression de 14,6% par rapport à 2022.

Cette position renforce leur rôle dans l’équilibre de la balance commerciale nationale. Ces chiffres confirment la dynamique et la résilience du secteur des services, même dans un contexte économique mondial en pleine mutation.

Néanmoins, pour maintenir cette dynamique et maximiser son potentiel, il est important de poursuivre les efforts dans des domaines clés, comme la formation des compétences, l’innovation technologique et le soutien à l’entrepreneuriat.

Les services sont réputés être des pans de l’économie nationale où les emplois informels prédominent. Comment inverser cette tendance ?
La prédominance de l’emploi informel dans le secteur des services au Maroc est une réalité qui reflète à la fois les opportunités et les défis de ce secteur stratégique.

Je suis convaincu que cette situation peut être inversée à travers une approche globale, fondée sur la reconnaissance des métiers informels, leur professionnalisation et structuration, ainsi qu’un accompagnement adapté.

Et ce, pour en faire de nouveaux métiers distincts qui vont bénéficier de feuilles de route pour les encadrer et les professionnaliser, voire exporter leurs prestations vers des marchés internationaux demandeurs.

Mais avant, il est essentiel de mieux recenser les métiers relevant du secteur des services et de les rattacher à des branches d’activité existantes ou, si nécessaire, d’en créer de nouvelles.

Cela permettra de reconnaître leur importance dans l’économie nationale et d’intégrer ces acteurs dans un cadre structuré. Bien entendu, l’appui du HCP est essentiel pour revoir les nomenclatures existantes afin de pouvoir suivre et piloter ces métiers des services.

Cette transformation nécessite aussi l’appui des pouvoirs et des institutions publics. La simplification des démarches administratives et la mise en place d’un cadre fiscal adapté sont des leviers essentiels pour encourager la structuration de ce secteur.

Et enfin, mais pas des moindres, l’accompagnement à travers des programmes de formation et de sensibilisation est indispensable pour assurer une transition réussie vers le secteur formel.

Les Assises des services sont prévues le 18 décembre 2024. Pourquoi l’organisation d’un tel événement ? Et quels seront les axes à aborder lors de ce rendez-vous national ?
Les premières Assises des services sont une initiative stratégique visant à renforcer la contribution du secteur à l’économie nationale.

Ce secteur, qui joue déjà un rôle essentiel en termes d’emploi et de création de valeur, constitue un levier clé pour accompagner les transformations économiques et sociales du Maroc à l’horizon 2030.

L’objectif de cette première édition des Assises des services au Maroc est de sensibiliser tous les acteurs publics et privés au fait que les services constituent un secteur à considérer à part entière pour bénéficier des supports spécifiques à cette branche, en vue de sa professionnalisation et sa structuration.

Ces Assises ont pour but de créer un cadre cohérent regroupant tous les métiers des services qui ne bénéficient pas déjà de stratégies spécifiques. L’objectif étant d’examiner ces métiers en termes de formation et d’accompagnement d’entreprises pour répondre aux besoins des secteurs productifs qui doivent avoir un niveau de service adéquat pour leur développement et performance.

D’un autre côté, les défis auxquels sera confronté notre pays à l’horizon 2030, mais au-delà aussi les transformations des métiers avec l’exploitation de plus en plus d’intelligence artificielle dans notre quotidien. Tout cela aura pour conséquence l’apparition de nouveaux métiers qui auront besoin d’être pris en charge pour leur encadrement, structuration, formation et développement.

Une des actions prévues lors de ces Assises est de se doter des organes et moyens nécessaires pour cela. Ces Assises ont aussi pour objectif de dresser un bilan du secteur, d’identifier ses priorités stratégiques et de trouver des solutions concrètes.

En particulier, il s’agira de reconnaître le rôle des services dans l’économie nationale, de structurer les segments sans stratégie dédiée et de développer des leviers pour l’accompagnement, le financement et la montée en compétences des entreprises.

Trois axes majeurs structureront les discussions de cet événement : bilan et perspectives du secteur des services au Maroc; le rôle des services dans les secteurs productifs, et accompagnement, financement et capital humain.

En mobilisant l’ensemble des parties prenantes, les Assises des services ambitionnent de poser les bases d’une feuille de route nationale pour transformer ce secteur clé en un levier central de la compétitivité marocaine. Cet événement est donc une opportunité unique.

Quels sont les actions et les chantiers prioritaires de votre Fédération, notamment en ce qui concerne les services ?
La Fédération du commerce et services de la CGEM compte plus de 2.600 membres, dont environ les deux tiers dans les services. La particularité des entreprises membres de notre Fédération est qu’elles sont à majorité de petites ou de moyennes entreprises qui ne bénéficient pas aujourd’hui de stratégies de développement claires et spécifiques.

C’est dans ce cadre-là que nous avons mené cette réflexion de lancer la première édition des Assises des services pour justement faire ressortir cette catégorie d’entreprises afin qu’elle soit l’objet de focus particulier en termes d’accompagnement.

Soucieux de l’importance d’une démarche participative et inclusive, nous nous sommes rapprochés d’autres fédérations sectorielles des métiers des services à la CGEM pour proposer ensemble de créer le forum et le cadre adéquat pour traiter des défis futurs communs.

Les premières Assises des services marquent une étape importante pour dresser un état des lieux complet du secteur des services, d’identifier les défis et opportunités spécifiques, et de définir une feuille de route pour accompagner sa structuration et son développement.

La Fédération considère ces Assises comme un moment clé pour engager un dialogue constructif avec les acteurs publics et privés, et établir des orientations claires en réponse aux attentes des entreprises. En marge de cette rencontre, la signature de conventions stratégiques est prévue afin de formaliser des engagements concrets et de lancer les premières initiatives structurantes.

Aussi, les recommandations qui émergeront des discussions lors des Assises guideront les priorités de la Fédération du commerce et services.