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En Couv’. Industrie de défense : Des premiers pas prometteurs

L’aspiration du Maroc pour développer une industrie de défense se concrétise. Après avoir posé les bases juridiques pour un développement pérenne de cette industrie, les premiers projets de production locale voient le jour.

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Le Maroc fait ses premiers pas dans l’industrie de la défense, un secteur qui était jusqu’ici l’apanage des grandes puissances et d’une poignée de pays émergents.

Fort de sa stabilité, de l’expertise accumulée dans des industries civiles matures, comme l’automobile et l’aéronautique, et de ses solides partenariats militaires internationaux, le Royaume aspire à devenir un hub régional dans le domaine de l’industrie militaire.

En ligne de mire l’acquisition sur le long terme d’une forme d’autonomie stratégique dans le domaine militaire.

L’ambition du pays a permis de conclure un premier partenariat historique dans cette industrie naissante.

Fin septembre dernier, l’Administration de la défense nationale et la société Tata Advanced Systems Limited (TASL), filiale du conglomérat indien Tata Group, ont signé un partenariat stratégique visant la production au Maroc de véhicules de combat terrestre WhAP 8×8, un véhicule tout-terrain amphibie, capable d’opérer dans des environnements variés et dont la robustesse et la modularité en font un atout stratégique pour les armées modernes.

L’usine de Tata sera basée à Casablanca. Le contrat prévoit la construction de 150 unités de ces véhicules pour les Forces Armées Royales. L’ambition de cette usine, qui sera opérationnelle dans un délai d’un an, est aussi de servir le marché africain à long terme.

Elle aura un taux d’intégration locale de 35% qui sera porté à terme à 50% et donnera lieu à la création de 90 emplois directs et 250 indirects.

La loi 10-20, un texte fondateur
Ce projet inédit braque les projecteurs sur le Maroc en tant que pôle de développement en matière de défense. D’autres investissements devront suivre. D’autant que le Royaume a balisé le terrain, d’un point de vue législatif et réglementaire, pour élaborer un cadre propice et cohérent au développement de cette industrie.

La première pierre à l’édifice de ce dispositif juridique a été la promulgation, en 2020, de la loi 10-20 qui établit les bases légales pour produire localement différents types d’équipements et d’armements en coopération avec des industriels privés.

Ladite loi distingue trois catégories d’équipements pouvant être produits localement : les matériels de défense, destinés aux opérations militaires (Catégorie A), les matériels de sécurité, destinés à la sauvegarde de la sécurité et de l’ordre publics (Catégorie B) et les armes à feu et leurs munitions, destinées notamment à la chasse, le tir sportif, les armes de départ pour les compétitions sportives, les armes traditionnelles et les armes à air comprimé (Catégorie C).

La deuxième étape décisive dans la construction du cadre juridique a été l’approbation, en Conseil des ministres de juin 2021, du décret d’application de la loi. Il fixe les modalités de fabrication, de commerce, d’importation, d’exportation, de transport et de transit des matériels et équipements militaires.

Sur le plan de la gouvernance, le texte prévoit d’instaurer une commission nationale pour étudier et octroyer les demandes d’autorisation émanant des sociétés qui souhaitent se lancer dans cette industrie.

L’institution d’une commission d’investissement de l’industrie de la défense, présidée par le département gouvernemental en charge de l’Administration de la défense nationale et composée de plusieurs ministères, est également prévue.

Son objectif est de statuer sur les subventions et les différentes incitations à octroyer aux investisseurs autorisés. Une autre étape décisive a ensuite été franchie lors du Conseil des ministres du premier juin 2024, avec l’adoption du projet de décret portant création de deux zones d’accélération industrielle de défense.

Elles ont la vocation d’accueillir des entreprises spécialisées dans la fabrication d’armements, de munitions, ainsi que d’équipements militaires et de sécurité. L’emplacement de ces deux zones industrielles n’a pas encore été précisé.

Il reviendra au chef du gouvernement de définir cet emplacement, ses coordonnées au même titre que la superficie des deux zones, ainsi que les activités annexes qu’elles peuvent également abriter.

Drones made in Morocco
Ces jalons posés, le Maroc est plus que jamais dans le radar des investisseurs pour accueillir les premiers projets.

Outre le partenariat historique noué avec Tata Advanced Systems, et les projets importants dans la maintenance d’avions militaires (voir encadré), l’entreprise américaine US21, spécialisée dans la fourniture de solutions tactiques et logistiques pour les forces armées, s’apprête, elle aussi, à installer une unité industrielle au Maroc.

Celle-ci sera dédiée au blindage de véhicules et à l’assemblage d’équipements pour les centres de commandement mobiles.
La fabrication de drones n’est pas en reste, avec un projet de production d’aéronefs sans pilote (ASP) sur le sol marocain, initié par la société israélienne BlueBird Aero Systems, qui fabrique notamment le fameux SpyX.

Des drones militaires 100% marocains sont également dans le pipe. C’est le cas de l’Atlas Istar, destiné à des missions de surveillance et de renseignement. Conçu et développé par la société marocaine Aerodrive Engineering Services (AES), le drone a réalisé avec succès ses premiers tests de vol, ouvrant la voie à son industrialisation.

AES a d’ailleurs signé, en octobre à Benguerir, une convention de financement avec le ministère de l’Industrie et la CGEM, pour la production de 1.000 systèmes aériens sans pilote par an, après avoir obtenu les fonds nécessaires pour l’agrandissement de ses activités.

Plus récemment, AES a présenté lors du Marrakech Air Show un prototype de premier drone kamikaze 100% marocain, le «Mavrick», qui devrait bientôt entrer en phase de test. Bref, les projets foisonnent, et ce n’est qu’un début.

D’autres projets importants seraient dans le pipe, notamment dans le domaine de l’industrie navale, aérienne, de la fabrication de munitions ou de la maintenance du matériel militaire.


Maintenance Aero Maroc, un projet pionnier
Un centre de maintenance, de réparation et de révision des avions et hélicoptères militaires est prévu à l’aéroport de Benslimane.

C’est même le tout premier projet conclu dans le cadre de la nouvelle loi 10-20. Ce centre de maintenance, fruit d’une joint-venture baptisée Maintenance Aero Maroc entre le groupe aéronautique belge BlueBerry, le Maroc et le géant américain de la défense Lockheed Martin, sera dédié aux avions F-16 et C-130, ainsi que d’autres hélicoptères d’origine américaine.

Il servira d’abord les Forces Armées Royales, puis dans un deuxième temps d’autres pays de la région. À la clé, plus de 300 emplois directs hautement qualifiés. Ce projet positionne le Maroc comme un hub en devenir en matière d’aviation militaire.

En attendant que le Maroc, ce n’est pas une chimère, produise lui-même les pièces de rechange d’avions.