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En Couv’. Artisanat, un nouvel écosystème économique en façonnement

Changement de cap. L’artisanat cesse d’être une activité «marginale», il devient l’un des moteurs de l’économie nationale. Avec une part du PIB de 7% et des exportations qui montent en flèche, le secteur est en passe de changer de vocation.

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Dans certains pays, l’artisanat fait partie du patrimoine historique. Il est exposé dans les musées, en signe d’une époque révolue. Dans d’autres, des entreprises de renommée mondiale, dans le grand luxe, sont en réalité des structures qui produisent de l’artisanat.

Entre les deux modèles, le Maroc a fait son choix. Si la crise sanitaire a précipité la grande réforme dans le secteur, une vision de renouveau était déjà là. Un nouveau cadre légal a été mis en place et un registre national de l’artisanat créé.

Le premier définit clairement le métier de l’artisanat, ses hommes (et femmes), entre apprenti et maître artisan, l’entreprise et la coopérative artisanale… l’autre offre une base de données professionnelle du secteur.

Tout a commencé par là. Le reste est à venir. Une nouvelle loi encadrant les Chambres de l’artisanat et un nouveau cadre légal de l’économie sociale. Les textes de loi et leurs décrets d’application sont prêts. Pour le reste, tout se joue sur le terrain. Le Secrétariat d’État, et à travers lui le gouvernement, a décidé que tout doit commencer par la base.

Le Maroc compte actuellement plus de 170 métiers et un nombre important d’activités artisanales. L’idée est que dans chaque métier, l’autorité publique puisse avoir affaire à un seul interlocuteur.

C’est par là que commence l’organisation de tout le secteur. Le reste vient après. Méthodique et fin connaisseur du secteur, pour en être issu en quelque sorte, le secrétaire d’État, Lahcen Essaady, précise qu’il fallait commencer par l’organisation et la restructuration du secteur.

Ensuite, l’accélération du développement et le décollage. En même temps, il fallait aussi «distinguer entre les deux branches de l’artisanat, le produit et les services. Et puis, agir en fonction des spécificités et des besoins de chaque branche».

La promotion, le markéting et la visibilité sur les marchés extérieurs pour la première branche et la formation et l’organisation, entre autres, pour la seconde. Des dizaines de milliers de places pédagogiques seront lancées au même titre qu’une marketplace pour l’artisanat produit.

En même temps, le Secrétariat d’État a signé plus d’une centaine de conventions de partenariat, dont la majorité sont déjà opérationnelles, avec les différents acteurs pour faciliter la formation des jeunes artisans, la promotion et la commercialisation des produits.

Les premiers succès sont déjà là, malgré une résistance forte des opposants au développement. Ceux dont le caractère informel arrange leurs affaires. Bref, les chiffres sont là pour témoigner de ce succès.

L’artisanat emploie aujourd’hui plus de 1,6 million de personnes et génère un chiffre d’affaires de 145 milliards de dirhams, dont 1,23 MMDH à l’export. Et le potentiel est encore énorme. Les marchés existent et sont demandeurs, en particulier celui des États-Unis.

Ce succès est dû aussi au fait que le gouvernement a changé d’approche. Il a décidé de changer sa perception du secteur considéré aujourd’hui comme une activité économique à part entière et génératrice de richesse, alors que par le passé il était relégué au rang d’une activité marginale.

Tournant majeur
L’artisanat est promu en écosystème économique, avec un effort de l’État pour garantir le financement, promouvoir l’investissement et assurer la disponibilité de la matière première.

Les participants à la conférence, organisée jeudi 26 février par La Vie Éco, ont tous salué ce changement de cap. Jalila Morseli, présidente de la Chambre de l’artisanat de la région de Casablanca-Settat, qui compte contre toute attente le plus grand nombre d’artisans et réalise le chiffre d’affaires le plus élevé à l’export, assure, en ce sens, que «ce qui a été réalisé durant ces quelques dernières années dépasse de loin ce qui a été fait avant pour l’artisanat en quinze ans».

«L’artisanat marocain se trouve aujourd’hui dans un moment charnière de son évolution», confirme Tarik Sadik, président de la Maison de l’artisan. Et, souligne-t-il, rejoignant quelque part la vision du secrétaire d’État, «ces mutations ne relèvent ni du discours ni des intentions. Elles s’appuient sur un travail méthodique de l’ensemble des intervenants dans le secteur».

Ainsi, grâce à la mobilisation collective des différents partenaires, des secteurs public et privé, ainsi que leur prise de conscience de l’importance stratégique du secteur, une nouvelle dynamique, structurée et durable, a été instaurée. Le Registre national de l’artisanat a ainsi été créé, une nomenclature et une définition des activités de l’artisanat élaborées et le Conseil national de l’artisanat lancé.

Cela dans un nouveau cadre légal, puisque le gouvernement a activé, en janvier 2022, la loi 50-17, en publiant les textes d’application sans lesquels elle demeurait jusque-là lettre morte. Par la suite, le gouvernement a lancé un vaste chantier de numérisation des Chambres d’artisanat et de leur fédération. Ce qui permet le lancement de l’opération, toujours en cours, de délivrance de la carte professionnelle de l’artisan.

Pour encadrer tout ce travail sur le plan territorial, il a été décidé la création de corporations artisanales régionales, provinciales et nationales, qui font aujourd’hui office d’interlocuteur unique du département de l’Artisanat et de l’Administration centrale. Ainsi organisé, le secteur compte actuellement 172 activités artisanales ou métiers, répartis en 13 filières, dont 56 activités relatives à l’artisanat de services et 116 activités relatives à l’artisanat artistique et de production.

Le plus important changement que le gouvernement a opéré, c’est de considérer désormais l’artisanat comme un secteur économique à part entière. Les deux actions principales entreprises en ce sens ont été l’intégration du secteur dans la nouvelle Charte de l’investissement et dans la nouvelle feuille de route du commerce extérieur.

Ce qui se traduit par un accompagnement spécifique des entreprises de l’artisanat, la création d’un mécanisme public d’assurance complémentaire pour couvrir les risques à l’exportation et, enfin, une promotion efficace des produits marocains par la valorisation du secteur et la recherche de nouveaux marchés.

En parallèle, d’autres mesures ont été prises, notamment l’accélération de la digitalisation et le renforcement de l’accompagnement territorial. En définitive, depuis 2022, un tournant majeur a été négocié et l’artisanat navigue désormais vers un nouveau cap.