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Emballage durable : Le virage industriel pour cartonner à l’export

À coups de méga-investissements, les deux leaders de l’industrie nationale du carton, CMCP-International Paper et GPC, ambitionnent d’accroître et de verdir leur production pour mieux vendre le «made in Morocco» à l’international. Décryptage d’une stratégie à fort enjeu.

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Après avoir été dévastées par un incendie, la plupart des forêts repoussent progressivement. Aux paysages sombres et arbres calcinés, se substituent lentement de nouveaux îlots verts, symbolisant un regain de vitalité et de résilience.

Ce scénario est comparable à la reprise notable dans le secteur du papier et du carton au Maroc, après la parenthèse sombre du Covid-19. Une morosité marquée par la chute brutale de la demande, découlant principalement de la fermeture des chaînes logistiques.

Un mauvais souvenir qui tranche avec l’appétit grandissant après la forte reprise post-pandémie, portée par le bond de l’e-commerce, les nouvelles habitudes de consommation, la croissance des exportations agricoles et les exigences de durabilité.

Résultat : l’industrie nationale s’emballe. Les deux géants du secteur musclent leurs dispositifs pour accroître leurs parts de marché et stimuler leur compétitivité à l’export.

Dernier en date, l’investissement de 500 millions de dirhams (MDH), annoncé le 11 septembre dernier par GPC Papier et Carton, filiale du groupe Ynna, pour augmenter la capacité de production annuelle de son usine de Mohammedia de 90.000 à 160.000 tonnes d’ici 2030. Cet élargissement portera la superficie de l’usine de 9 à 14 ha et permettra de créer plus de 100 emplois directs à l’horizon 2027.

Achevée à 74%, la future unité de 5 ha devrait démarrer ses activités au deuxième trimestre 2026, souligne Mounir El Bari, directeur général de l’entreprise, dont l’entrée en Bourse serait imminente. Les extensions des sites d’Agadir et de Kénitra sont également prévues.

Ambition : «Augmenter notre part de marché de 35 à 50% d’ici 2027», confie celui qui est par ailleurs président de la Fédération des industries forestières, des arts graphiques et de l’emballage (Fifage).

Souss-Massa, terre de rivalité

Interrogé par nos soins sur l’avancement de l’usine de Dakhla (300 MDH) dont les travaux ont été annoncés en 2023, El Bari indique que le projet est toujours dans le pipe.

«La construction a été retardée un peu pour plusieurs raisons. Nous avons changé de terrain et sommes en train d’effectuer les formalités administratives. L’objectif est de finaliser l’investissement du site pour qu’il soit mis en service à la même date que le port de Dakhla Atlantique».

L’ambition de GPC, c’est d’en faire une tête de pont pour desservir des pays d’Afrique de l’Ouest, notamment le Sénégal, la Mauritanie, le Bénin, le Mali et la Guinée. À noter qu’en 2024, GPC avait réalisé un chiffre d’affaires de 1,9 milliard de dirhams (MMDH), pour une production supérieure à 170.000 tonnes de carton.

L’annonce de cette injection de fonds intervient six mois après l’investissement de 100 MDH, dévoilé par son concurrent direct, CMCP-International Paper (pas moins de 50% de part de marché), dans l’extension de son usine d’Aït Melloul, à proximité d’Agadir.

Un financement qui permettra à la filiale marocaine du géant américain de l’emballage de renforcer sa capacité de production pour répondre à la demande croissante des opérateurs agricoles de la région Souss-Massa.

GPC mise sur l’énergie éolienne

D’ailleurs, l’on semble assister, ces dernières années, à un chassé-croisé des investissements entre les deux géants de l’emballage au Maroc. Fin septembre 2019, ils avaient quasiment annoncé simultanément des financements pour des projets majeurs.

Aux 115 MDH de GPC pour agrandir son usine d’Aït Melloul, CMCP-International Paper répondait par un plan d’investissement annuel de 100 MDH pour développer ses activités dans le Royaume.

L’autre sphère de cette rivalité intense : les emballages durables. «Aujourd’hui, 70% des matières premières que GPC utilise proviennent du recyclage de vieux papiers et cartons», affirme El Bari lors de l’annonce du nouvel investissement à Mohammedia. Sur les 500 MDH budgétisés, un montant de 250 MDH a été mobilisé via le fonds de titrisation verte, FT Novus Green Pack, annoncé en juillet dernier par la société.

Et la même source de rajouter que 30% de la consommation en papier de l’entreprise est produite dans l’unité de recyclage du papier et carton à Kénitra, d’une capacité de 80.000 tonnes par an. «Nous voulons accroître les capacités pour atteindre 100.000 tonnes par an», soutient-il, précisant que l’ambition de son entreprise est d’émettre moins de 10% d’émission de GES d’ici 2030.

L’industriel marocain, qui a révélé l’installation de stations d’épuration d’eaux usées sur ses huit sites de production, envisage aussi une transition progressive vers les énergies renouvelables (solaire, éolien et biomasse) pour alimenter la production énergivore. «À partir de 2028, nos usines seront alimentées en énergie éolienne, dans le cadre d’un projet développé par le groupe Ynna.

Nous avons aussi lancé une étude pour équiper les usines en panneaux solaires photovoltaïques», révèle-t-il à La Vie Éco.

Mieux exporter vers l’UE

Le 31 janvier 2025, son challenger avait franchi un nouveau palier dans sa stratégie verte, en rachetant le groupe britannique DS Smith, fournisseur d’emballages durables, de carton et de pâte à papier, pour 6,8 milliards d’euros.

Une acquisition qui permettra à CMCP-International d’accroître le volume de production de cartons durables, principalement dans son usine de Kénitra. En dehors de cette usine, l’entreprise dispose aussi de sites à Casablanca, Agadir et Tanger.

Cette course à la durabilité est loin d’être anodine. À travers ce virage, les deux spécialistes souhaitent s’aligner sur les directives de la réglementation de l’Union européenne sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR), principal marché des exportations agricoles et automobiles marocaines.

Cette législation, en vigueur depuis le 22 janvier 2025, exige aux industriels des emballages recyclables d’ici 2030, sous peine d’être retirés du marché.


Des défis à relever pour mieux vendre le «made in Morocco»

Les emballages made in Morocco rayonnent à l’export. D’après la plateforme spécialisée dans le commerce international Indexbox, le Maroc était, en 2024, le premier exportateur de papier et carton ondulés dans la région Moyen-Orient Afrique du Nord (MENA).

Grâce à ses 21.000 tonnes écoulées, soit 56% du volume total expédié par les pays de la région, le Royaume devançait la Turquie (8.100 t) et les Émirats arabes unis (3.200 t).

Toutefois, plusieurs contraintes entravent encore le développement du secteur qui pèse environ 5 MMDH et 3.000 emplois directs. Au premier chef, la dépendance aux matières premières importées, principalement le papier qui représente plus de 50% du coût du carton ondulé. Ce qui expose les industriels aux fluctuations du marché mondial.

À cela s’ajoute le manque de formation technique et de spécialisation. «Il n’y a aucune école d’ingénieurs ou établissement qui forme des techniciens spécialisés sur le métier du papier et du carton au Maroc. GPC fournit un très grand effort pour former les jeunes diplômés à travers son expertise», a souligné El Bari.