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Sardines : Un repos biologique vital pour le secteur

La pêche aux petits pélagiques entre en repos biologique en ce mois de janvier pour enrayer l’épuisement accéléré des stocks de sardines et l’effondrement des débarquements. La profession dit attendre des mesures d’accompagnement économiques et sociales pour préserver la filière durablement.

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La pêche aux petits pélagiques est entrée dans une phase décisive. Depuis le 1er janvier 2026, un repos biologique des sardines est instauré sur les côtes allant d’Agadir à Cap Boujdour, et ce, jusqu’au 15 février, et sera prolongé au 28 février entre Boujdour et Dakhla.

L’objectif est clair : permettre la reproduction de la biomasse, freiner la surexploitation et enrayer l’épuisement accéléré des stocks halieutiques au cœur du modèle économique de la pêche marocaine.

Cette décision, actée par le décret n° 05/25 du secrétariat d’État chargé de la pêche maritime, intervient dans un contexte de crise sans précédent pour l’industrie de la conserve de sardines. Car derrière cette pause biologique se joue bien plus qu’un simple ajustement du calendrier de la pêche : c’est la survie d’une filière stratégique qui est en question.

Les chiffres traduisent l’ampleur de la situation. En 2022, année de référence, les débarquements de sardines ont atteint près de 897.000 tonnes sur les onze premiers mois. En 2025, ils ne dépassent plus de 368.000 tonnes, soit une chute de 60%.

Les exportations suivent la même trajectoire, avec un recul de 50% des volumes sur la période. Cette contraction se traduit par une perte estimée à 1 milliard de dirhams de chiffre d’affaires, faisant passer les recettes du secteur de 5,9 milliards de dirhams en 2022 à 4,9 milliards de dirhams en 2025.

Au-delà des volumes, c’est toute la compétitivité du secteur qui s’érode. Premier exportateur mondial de conserves de sardines, le Maroc perd progressivement des parts de marché en Europe, tandis que le marché africain reste largement sous-exploité. Dans le même temps, la hausse du coût de la matière première accentue la pression sur les industriels.

Le prix de la sardine est passé de 4 DH/kg en 2023 à près de 10 DH/kg en 2025, et celui du maquereau de 8 à 15 DH/kg. À ces tensions s’ajoute une flambée générale des charges, tirant le coût de revient à la hausse de près de 40%. Les difficultés sont également sociales.

La baisse des volumes disponibles a réduit l’activité des usines de conserverie de près de 50%, entraînant des suspensions temporaires, des pertes d’heures travaillées et des risques de fermetures durables.

Or, la conserverie demeure la filière halieutique la plus intensive en emploi : elle génère huit fois plus de postes que la congélation et quarante fois plus que la farine de poisson. Aujourd’hui, ils sont plus de 35.000 emplois directs et 120.000 indirects à préserver.

À l’amont, la pression sur la ressource est jugée excessive. Les professionnels alertent sur la capture massive de juvéniles et les rejets en mer, qui aggravent la dégradation de l’écosystème.

«Tout ce qui est pêché doit être débarqué», insiste un acteur du secteur, soulignant que les sanctions actuelles restent insuffisantes pour dissuader les pratiques destructrices.

L’Institut national de recherche halieutique a, de son côté, multiplié les alertes sur l’état critique des stocks des petits pélagiques. Dans ce contexte, le repos biologique apparaît comme un passage obligé.

Mieux encore, de nombreux professionnels estiment que sa durée devrait être allongée et passer de deux mois à trois, voire quatre mois, pour garantir un véritable renouvellement de la biomasse, à l’image de ce qu’ont déjà mis en place l’Espagne et le Portugal, avec des résultats probants sur la reconstitution de la ressource.

Mais cette pause ne peut réussir sans accompagnement. Le modèle actuel de rémunération à la capture fragilise les marins et les ouvriers pendant les périodes d’arrêt, où les revenus tombent à zéro.

La profession plaide ainsi pour des mesures de soutien ciblées : indemnisations des pêcheurs, appui aux travailleurs saisonniers, aides aux unités de congélation en difficulté. Sans cet accompagnement, le repos biologique risque de se traduire, à court terme, par une aggravation de la précarité sociale.

Les industriels appellent également à des décisions structurelles. La limitation effective de l’export de la matière première congelée, pourtant actée, reste encore à appliquer. Une révision à la baisse des droits de douane et de la TVA sur la matière première importée est jugée indispensable pour soulager les entreprises.

D’autres pistes sont évoquées, comme la conclusion d’accords avec des pays africains voisins (Mauritanie, Guinée ou autres), afin de diversifier les sources d’approvisionnement, ou l’obligation pour une partie des captures réalisées par les navires étrangers d’être débarquées au Maroc.

En réalité, le repos biologique de la sardine marque le début d’un nouveau cycle pour la pêche marocaine. Il ne s’agit plus seulement de protéger la sardine, qui représente à elle seule 85% de la production halieutique nationale, mais de refonder le modèle économique de la filière.

Sans ressource préservée, il n’y aura ni industrie compétitive, ni emplois durables, ni souveraineté halieutique. La pause biologique est donc un temps nécessaire pour éviter l’effondrement, à condition qu’elle s’inscrive dans une vision globale, économique et sociale de la filière.