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Rida Laraki: «Notre ambition est d’avoir un centre de recherche parmi les meilleurs au monde»

L’UM6P a pour ambition de se positionner en tant que pionnière, non seulement en Afrique, mais aussi à l’échelle mondiale, dans la recherche fondamentale en théorie des jeux. Explications du directeur du Moroccan Center for Game Theory – UM6P Rabat.

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Élaborer une stratégie tarifaire dans un marché compétitif ou mettre en place des mesures de cybersécurité pour contrer d’éventuels pirates informatiques sont des exemples concrets de l’application de la théorie des jeux. Au-delà du domaine économique, cette théorie trouve des applications variées dans les sciences sociales, la science politique, l’analyse stratégique, telle que les relations internationales, la théorie des organisations ou encore la biologie. L’Université Mohammed VI Polytechnique de Benguerir (UM6P) a pour ambition de se positionner en tant que pionnière dans la recherche fondamentale en théorie des jeux. Pour concrétiser cette ambition, elle se dotera en octobre prochain du premier centre de recherche entièrement dédié à cette discipline.
Rida Laraki, chercheur et directeur du centre, nous fournit des explications approfondies sur cette initiative.

Pouvez-vous définir tout d’abord la théorie des jeux ?
La théorie des jeux est un domaine situé entre les mathématiques, l’économie et l’informatique. Son objectif est d’étudier les interactions statiques entre différentes entités, qu’il s’agisse d’entreprises, d’États, d’espaces, de travailleurs, d’entreprises… Ce qui est important, c’est que chaque entité possède un ensemble de stratégies qu’elle peut adopter. Par exemple, une entreprise doit décider du prix à fixer, de la quantité à produire, de l’opportunité d’investir ou de ne pas investir. L’essence de cette théorie réside dans l’analyse des stratégies adoptées par chaque entité au sein de ces interactions complexes. Imaginons une entreprise confrontée à des choix cruciaux, tels que la fixation des prix, la quantité de production, l’opportunité d’investissement, ou l’abstention. Ces décisions ne sont pas prises de manière isolée, mais plutôt dans un contexte où la perception des autres acteurs du marché, comme d’autres entreprises, joue un rôle central. La réalité économique est tissée de décisions prises par des entités qui interagissent, et il est impératif de prendre en considération l’existence de ces acteurs dans notre environnement. La théorie des jeux aspire à modéliser cette complexité. Elle met en scène un ensemble de joueurs, chacun doté d’un éventail de stratégies, une fonction d’utilité propre à chaque joueur et les informations dont dispose chacun d’entre eux. Ainsi, elle offre une toile de fond pour comprendre les dynamiques subtiles qui façonnent les décisions au sein de ce jeu interconnecté.

Donc son application touche une variété de domaines et de disciplines ?
Ce sont les principaux éléments nécessaires pour analyser ces interactions stratégiques. Comme je l’ai mentionné, aujourd’hui, la théorie des jeux a des applications qui vont au-delà de l’économie et de la concurrence entre entreprises et oligopoles. Elle peut être utilisée pour étudier la cybersécurité, par exemple, lorsqu’un attaquant souhaite attaquer un système et que vous êtes un défenseur cherchant à concevoir un système résistant aux attaques.
Autre exemple, la conception de la blockchain utilise également la théorie des jeux. Nous entendons beaucoup parler actuellement de blockchain, d’Ethereum et d’autres blockchains. Il existe donc un grand nombre d’applications de la théorie des jeux. Ce qui est difficile dans la discipline, c’est qu’il faut comprendre l’économie, les mathématiques, l’informatique, et combiner ces trois domaines de manière optimale. La théorie des jeux n’est donc pas une discipline unique, c’est un exercice multidisciplinaire.

Qu’en est-il des perspectives de son développement au Maroc ?
Bien que la théorie des jeux soit déjà intégrée aux programmes universitaires locaux, un besoin persiste dans le domaine de la recherche. L’objectif est de former des chercheurs au plus haut niveau sur les différentes applications de la théorie des jeux, allant de l’informatique, du matching, du vote, au choix social, à la science politique…

D’où la création du premier centre du genre…
Effectivement, l’objectif du centre est de former une génération de chercheurs qui seront spécialistes dans un domaine particulier ou multidisciplinaire.
Cela nécessite une connaissance approfondie de nombreux domaines différents. C’est ce que nous voulons faire. Notre centre marocain de théorie des jeux, qui sera situé à l’Université UM6P à Rabat, collaborera étroitement avec celle de Benguerir et toutes les entités de l’université. Le programme de doctorat débutera en octobre de cette année. Nous avons retenu une trentaine d’étudiants chercheurs des différentes écoles nationales et internationales après l’organisation des «Gaming Theory Days». La première année de ce programme de doctorat sera une année de pré-doctorat. Nous aimerions également collaborer avec des entreprises, compte tenu de toutes les applications de la théorie des jeux que j’ai mentionnées.

Nous sommes intéressés par des collaborations à long terme avec les entreprises, ce qui signifie qu’une entreprise investissant dans notre programme de doctorat et dans notre centre contribuera à des avantages à long terme. Ce que nous souhaitons, c’est avoir un centre de recherche parmi les meilleurs au monde, connecté à d’autres centres de recherche.