Affaires
Parasols : Le business de l’ombre !
Elles sont une vingtaine d’entreprises répertoriées qui opèrent dans le secteur des parasols et produits assimilés. Et elles doivent se compter par centaines dans l’informel. Immersion chez les grossistes de Casablanca.
C’est l’été et, avec, c’est l’un des produits phares de la saison qui s’installe aux premières loges. Un objet qui est le premier à accueillir les estivants sur les plages. De différentes formes et divers coloris, bienvenus sous l’ombre des parasols.
Direction le boulevard Mohammed VI à Casablanca, non loin de son intersection avec le boulevard Al Moukawama. Un endroit qui représente la plus grande densité des parasols, en embryon, par mètre carré. Un «vrai souk» où opèrent plusieurs ateliers qui font aussi office de showrooms. Les échanges entre les personnes se réduisent à l’essentiel. Ça se résume en quelques mots avec un client, des factures à produire séance tenante, et des consignes du maître des lieux à ses employés. Pas de temps à perdre pour ce jeune homme quand on lui demande le prix d’un parasol installé sur le trottoir comme «produit d’appel». Affairé, il renvoie vers son collègue qui est chargé de s’occuper de la clientèle. «Le parasol vert en toile ? 160 dirhams ! L’autre en polyester est vendu plus cher !». Ça va du simple au double. Au cours d’une conversation hachée et mitraillée, il vous fait très vite comprendre que le magasin-atelier n’accepte que des commandes de 100 unités et plus. Pas moyen de marchander. Les minutes valent de l’argent.
Proximité et complémentarité
Il faut aller voir ailleurs pour un parasol à usage personnel. Et vous n’avez que l’embarras du choix parmi les dizaines de fabricants-commerçants que compte ce carrefour de la fabrication des parasols à Casablanca. Et ce, alors que leur nombre se comptait sur les doigts de la main dans les années 1980-90. De diverses tailles, ces unités forment un vrai «souk» entre ceux qui usinent et d’autres qui font dans le commerce des matériaux de fabrication.
«Ici, on joue la complémentarité. C’est la raison pour laquelle on voit ce condensé d’adresses dans le même périmètre», nous dit cet employé en sueur, entre deux coups de ciseaux sur une toile dont les panneaux seront cousus avant de finir sur l’armature. C’est qu’on est en plein dans un secteur d’assemblage où l’on compte plus d’une vingtaines d’entreprises, dûment répertoriées. Puisque, nous confie ce commerçant spécialisé dans la vente des toiles, pratiquement toutes les composantes des parasols sont importées, en particulier d’Espagne, de France, de Turquie, voire de Chine. Sachant que le pays de la Grande Muraille étant, de loin, l’ogre des parasols à l’échelle mondiale avec un certain Oliver Ma, dont l’entreprise produisait, en 2021, quelque 3 millions de parasols avec un chiffre d’affaires estimé à 300 millions d’euros.
Retour sur terre, du côté de nos ateliers qui sont, mine de rien, touchés par les tendances mondiales, la ruée vers les composantes de fabrication des parasols et les tentatives des opérateurs européens de tenir tête face à l’agressivité de celui qu’on surnomme «le roi de l’ombre». En fait, les marchés sont volatils, beaucoup plus à la hausse qu’à la baisse, confie ce directeur d’une entreprise de la place, sans oublier les droits de douane qui gonflent davantage la facture. On comprend, dès lors, mieux les raisons qui font que les prix de ces objets qui nous procurent de l’ombre sous le soleil grimpent d’année en année. Qu’à cela ne tienne, il y en a pour toutes les bourses !
Selon les désirs et les moyens
En fait, selon les envies et les moyens du client, ça peut aller de 120 dirhams à 800 dirhams chez nos amis. Alors qu’on peut trouver plus cher, que ce soit sur les sites de vente en ligne ou dans les grandes surfaces. Pour y voir plus clair, quant aux variations et la «météo pécuniaire» à l’achat d’un parasol, les vendeurs avancent l’argument de la qualité des matières premières utilisées, les toiles en coton et en acrylique reviennent plus chères que celles en polyester et les modèles en aluminium coûtent moins que ceux en bois. La nature du support, droit ou modulable, joue aussi dans la structure du prix. Un petit détail en dit long sur la question : le pied socle, dit «sokla» dans le jargon de nos professionnels, de fabrication locale ou importé, pouvant être vendu tout seul entre 50 et 120 dirhams en métal ou en plastique, ce qu’il y a de plus basique, alors qu’un support pour verres, «accrochable» au mat central, revient à plus d’une cinquantaine de dirhams.
La variation pouvant passer du simple au double, voire plus, apprend-on auprès des vendeurs. Bien évidemment, ces derniers avancent l’autre argument que l’origine de ces matières constitue aussi un déterminant dans la composition des prix. D’ailleurs, certains d’entre eux ne manquent pas de vous montrer les étiquettes où figurent les coordonnées des matières utilisées dans la fabrication. Ceci étant, on peut bien trouver moins cher ou plus cher. Pour ce dernier segment, c’est l’importé qui monte au plafond. Pour le premier, les produits du petit atelier informel qui font l’affaire. C’est le portefeuille qui, au final, choisit !
New wave !
Fini le temps où il n’y avait qu’un parasol droit avec une toile sur quatre baleines. Les choses ont évolué. Les professionnels ont créé la nouveauté et ce qui aurait pu être perçu comme accessoire est en train de devenir «un must». Mais il s’agit d’usages particuliers, notamment dans les cafés ou dans les jardins des villas, pour ceux qui en ont ! C’est de parasols déportés qu’il est question. Outre la taille, puisqu’il est plus grand que vieil compagnon devenu «classique», le parasol dit déporté a cette caractéristique qu’il est rotatif, facilement maniable grâce à sa manivelle, tout comme il est modulable. Pour un 2 mètres sur 2, il faut prévoir 700 dirhams en entrée de gamme, il faudrait ajouter dans les 150 dirhams pour cinquante centimètres de plus, alors que passer 3 mètres sur 3 ça peut aller jusqu’à 1.000 dirhams. Ceci dit, tout dépend, comme pour notre parasol classique, le prix peut s’enflammer selon les mêmes critères relatifs aux intrants. Et puis, il faut aussi prévoir les frais d’installation le cas échéant.

