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Omar Moudden : «Nous voulons structurer le secteur et renforcer la durabilité des ouvrages»

Le président de la Fédération interprofessionnelle des laboratoires d’essais et de contrôle (FILEC), récemment créée, revient sur les objectifs de l’organisation, l’écosystème des laboratoires de BTP au Maroc, ainsi que leurs contraintes et perspectives.

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Ingénieur d’État en génie civil et patron de l’Association marocaine des laboratoires d’essais et de contrôle (AMLEC), Omar Moudden a été élu à la tête de la FILEC le 8 décembre dernier à Rabat.

Cette nouvelle entité ambitionne de structurer le secteur et fédérer les acteurs techniques et scientifiques, renforcer la qualité des contrôles et promouvoir la professionnalisation de la filière.

Quelles sont les raisons qui ont motivé la naissance de la FILEC et combien d’entreprises y ont adhéré ?
La création de la FILEC s’inscrit dans une dynamique de structuration et de consolidation du secteur au Maroc. Après plus de dix années de travail et de concertation, l’AMLEC a porté l’initiative de rassembler, au sein d’une même fédération, les associations opérant dans ce domaine, avec pour objectif principal d’assurer une représentativité unifiée de la profession, de renforcer la concertation entre les acteurs et de disposer d’un interlocuteur crédible et structuré auprès des pouvoirs publics et des partenaires institutionnels.

À ce jour, les laboratoires adhérents aux associations membres de la FILEC représentent environ 150 laboratoires d’essais et de contrôle, témoignant de l’adhésion significative de la profession à cette démarche fédératrice.

La structuration des laboratoires de BTP au Maroc figure parmi les priorités de votre plan stratégique 2025-2030. Comment expliquer ce déficit d’organisation et quelles actions concrètes entendez-vous mettre en œuvre pour y remédier ?
Le déficit d’organisation des laboratoires de BTP au Maroc s’explique principalement par la dispersion des acteurs, l’absence d’un cadre fédérateur unique et l’hétérogénéité des pratiques techniques et organisationnelles. Cette situation a longtemps freiné l’harmonisation des procédures et la montée en qualité du secteur.

À travers son plan stratégique 2025-2030, la FILEC entend y remédier en fédérant les laboratoires autour d’une vision commune, en promouvant l’harmonisation des pratiques, le respect des normes et l’éthique professionnelle, et en renforçant les compétences et l’accompagnement vers l’accréditation. L’objectif est de structurer un secteur crédible et performant au service de la qualité et de la durabilité des ouvrages au Maroc.

Vous souhaitez également réglementer l’accès à la profession dans le secteur privé. Quelles sont les principales insuffisances constatées à ce niveau ?
Aujourd’hui, l’accès à la profession dans le secteur privé souffre d’un cadre réglementaire incomplet et insuffisamment précis. Il n’existe qu’un texte évoquant l’ingénieur spécialisé de laboratoire, sans définir clairement les conditions réelles d’exercice de la profession. Or, un laboratoire ne se limite pas à une appellation: il produit des valeurs techniques issues d’essais, qui doivent être réalisés selon des normes précises, avec des équipements adéquats et du personnel qualifié.

En l’absence de référentiel clair, rien ne garantit aujourd’hui la fiabilité de ces résultats. Cette situation favorise des pratiques déloyales et non conformes, avec des conséquences parfois graves. Nous constatons des sinistres, notamment des effondrements de bâtiments, où la qualité des essais et des contrôles est directement mise en cause.

Conscients de ces risques, nous avons entamé, en concertation avec le ministère de l’Habitat, la préparation d’un projet de loi visant à encadrer l’accès à la profession et à définir des critères clairs d’agrément des laboratoires. Toutefois, cette démarche n’a pas abouti à ce stade. Aujourd’hui, à travers la Fédération, notre objectif est de relancer ce chantier et de faire aboutir ce texte afin d’assainir le secteur, renforcer la concurrence loyale et garantir la sécurité et la qualité des ouvrages.

Justement, votre projet de label national dédié à la fiabilité des laboratoires publics et privés vise-t-il à assainir le secteur ?
Ce label national s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue de la qualité et de la fiabilité des laboratoires, qu’ils soient publics ou privés. Il vise à instaurer un référentiel commun, à encourager les bonnes pratiques, à renforcer la compétence technique et à tirer l’ensemble de la profession vers le haut. C’est un outil d’accompagnement et de valorisation, destiné à assainir le secteur par la qualité et la transparence.

Disposez-vous de chiffres sur le nombre de laboratoires qualifiés au Maroc et sur le poids économique du secteur ces dernières années ?
À ce jour, le nombre de laboratoires de BTP qualifiés et classifiés officiellement au Maroc est d’environ 35 laboratoires. La liste exhaustive et régulièrement mise à jour est publiée sur le portail du ministère de l’Équipement et de l’eau, ce qui garantit la transparence du dispositif de qualification.

En revanche, s’agissant du poids économique global du secteur, il n’existe pas encore de données consolidées et officiellement publiées. La FILEC considère d’ailleurs que cette absence de statistiques fiables constitue un enjeu majeur et plaide pour la mise en place d’un observatoire du secteur permettant de mieux mesurer sa contribution économique, son évolution et son impact sur la qualité et la sécurité des ouvrages.

Les grands marchés publics de géotechnique et de contrôle qualité sont souvent remportés par le LPEE devant des opérateurs étrangers. Cela reflète-t-il la montée en compétences des laboratoires marocains face à la concurrence internationale ?
Le LPEE (Laboratoire public d’essais et d’études ) joue un rôle de véritable locomotive pour le secteur des laboratoires au Maroc. Au-delà de ses succès sur les grands marchés publics, il a la responsabilité de renforcer ses relations avec les laboratoires privés, afin de fédérer les efforts et les compétences du secteur dans une même direction.

Cette dynamique de coopération permettra non seulement de professionnaliser davantage les acteurs nationaux, mais aussi de consolider la compétitivité de nos laboratoires face à la concurrence internationale, tout en valorisant l’expertise marocaine sur des projets de grande envergure.

En dehors du LPEE, existe-t-il d’autres laboratoires nationaux qui se distinguent ?
Outre le LPEE, certains laboratoires privés de BTP se distinguent par leurs compétences techniques, mais leur chiffre d’affaires reste largement inférieur à celui du LPEE.

C’est pour cette raison qu’il est pertinent de créer une catégorie intermédiaire permettant d’équilibrer le secteur et de donner aux laboratoires privés la possibilité de prendre leur juste part du marché, tout en valorisant leurs compétences et en renforçant
la qualité globale des prestations.

La digitalisation et l’IA transforment en profondeur de nombreux métiers, y compris le vôtre. Comment la FILEC envisage-t-elle d’intégrer ces outils pour moderniser et optimiser les pratiques professionnelles du secteur ?
La FILEC considère la digitalisation et l’intelligence artificielle comme de véritables leviers de modernisation et de professionnalisation du secteur des laboratoires d’essais et de contrôle. Notre ambition n’est pas de remplacer l’expertise humaine, qui reste centrale, mais de la renforcer à travers la formation, en tenant compte des normes et de l’éthique du métier.

Concrètement, nous travaillons sur l’harmonisation et la digitalisation des procédures d’essais, de traçabilité et de reporting, afin d’améliorer la fiabilité des résultats et la transparence des pratiques. L’intelligence artificielle pourra également être mobilisée pour l’analyse des données d’essais, la détection d’anomalies et l’aide à la prise de décision technique.

Dans ce cadre, le ministre de l’Équipement et de l’eau nous a exprimé son engagement à nous associer au projet du pôle technologique récemment créé, lors de l’accueil des membres du Bureau national, le 12 décembre 2025.

Cette collaboration ouvre la voie à des partenariats structurés avec les universités et les établissements de formation, notamment pour l’adaptation des cursus aux besoins du secteur, le renforcement des compétences techniques, la formation continue et le développement de la recherche appliquée.

Peut-on connaître les principales contraintes qui entravent encore le développement du secteur ?
Les principaux freins des laboratoires de BTP privés résident dans plusieurs facteurs. Malgré des investissements lourds dans le matériel, la formation, l’étalonnage et les évaluations nécessaires à l’accréditation annuelle, ces laboratoires ne bénéficient d’aucune subvention de l’État, alors qu’ils emploient des centaines d’ingénieurs, docteurs, cadres universitaires, techniciens et opérateurs.

À cela s’ajoutent des prix trop bas imposés par certains maîtres d’ouvrage, limitant la marge de manœuvre financière, l’accès aux bons de commande publics, souvent ouvert à toutes les sociétés sans distinction de qualification, ainsi qu’une concurrence parfois déloyale qui pèse fortement sur le secteur privé.

Le Maroc a lancé plusieurs mégaprojets d’infrastructure en perspective de la co-organisation du Mondial 2030. De quelle manière la FILEC entend-elle contribuer à la réussite de ces chantiers structurants ?
La FILEC y contribue en renforçant la fiabilité et la performance des laboratoires marocains. Au-delà de l’organisation de formations pour le développement des compétences, nous mettons l’accent sur l’encadrement technique et le suivi qualité des essais, ainsi que sur la promotion de standards rigoureux et de bonnes pratiques pour garantir la sécurité et la durabilité des infrastructures.

Notre objectif est d’accompagner efficacement les projets, d’assurer la confiance dans les contrôles techniques et de mobiliser l’ensemble des acteurs du secteur autour de l’excellence professionnelle.