Affaires
NTI, Cloud AI…, comment le Maroc peut devenir un pivot de la Tech verte
Dans l’industrie de l’IA, du cloud et des data centers, le Royaume offre un environnement idéal : sécurité, énergie renouvelable, eaux non conventionnelles, proximité des câbles sous-marins, ressources humaines compétentes…
Le projet du data center hyperscale de 500 mégawatts, porté par l’américain Nexus Core Systems, le coréen Naver Cloud, avec le géant des puces Nvidia, est en phase de concrétisation à Nouaceur. Concrètement, comme le projet a été annoncé auparavant, Naver Cloud assurera l’exploitation de la plateforme, tandis que Nvidia fournira les processeurs de dernière génération, les GPU Blackwell GB200, au cœur des architectures IA. L’énergie nécessaire au fonctionnement, totalement renouvelable, sera fournie par Taqa Morocco. L’eau de refroidissement ne devrait pas poser de problème avec la mise en service au cours de cette année de la station de dessalement de Casablanca.
Le financement est appuyé par Lloyds Capital, consolidant ainsi un montage international qui associe technologie, énergie et investissement. C’est le deuxième projet du genre, après celui d’Igoudar, lancé par le gouvernement à Dakhla. Le nom n’est pas choisi au hasard et remonte à des siècles de l’histoire marocaine, il renvoie à la sécurité, la fiabilité, l’inviolabilité des données et à la continuité du service. Un autre projet a été annoncé, à Tétouan cette fois, de 386 MW avec comme vocation principale l’exportation du calcul IA vers l’Europe. De son côté, Oracle vient d’annoncer l’ouverture de son Cloud région à Casablanca.
Bref, ce mégaprojet de 1,2 milliard de dollars, installé à proximité de Casablanca, vise à transformer le Maroc en un hub technologique majeur à l’horizon 2030, renforçant ainsi ses capacités d’infrastructure numérique à l’échelle régionale. Et ce n’est qu’un début. De l’avis des spécialistes du domaine, il est clair que le Maroc est entré dans le champ des radars de l’industrie mondiale des data centers, qu’il va construire sur tout le territoire, spécialement dédiés à l’IA. Tout le confirme.
Un signe s’il en faut du potentiel du Maroc dans le domaine, cette déclaration du nouvel ambassadeur des États-Unis à Rabat, Duke Buchan III, à la veille de l’édition 2026 du Gitex Africa qui s’est tenue à Marrakech, du 7 au 9 avril. «Des dizaines d’entreprises américaines sont prêtes à mettre en avant le leadership américain en matière d’IA, de cybersécurité, de cloud et d’infrastructures numériques sécurisées, et à nouer des partenariats ici au Maroc», a-t-il déclaré. «Pendant 250 ans, les États-Unis et le Maroc ont été côte à côte. Le Maroc émerge comme une porte d’entrée numérique pour l’Afrique, et les entreprises américaines y implantent leurs racines», a ajouté le diplomate. Une déclaration qui ne peut être prise à la légère dans la conjoncture actuelle.
La géographie et le climat comme atouts
En effet, l’escalade du conflit au Moyen-Orient a profondément altéré la perception du risque pour les opérateurs de data centers à grande échelle (hyperscalers). Traditionnellement, les pays du Golfe attiraient des milliards de dollars d’investissements grâce à leurs fonds souverains et à une énergie abondante. Cependant, l’année 2026 marque un tournant où la sécurité physique et la résilience cybernétique priment désormais sur les seuls critères de coût.
Ces incidents survenus lors de ce conflit, ayant justement visé ces installations, révèlent une exposition critique des infrastructures de données aux escalades militaires, remettant en cause la viabilité des projets construits dans l’hypothèse d’une stabilité régionale durable.
Le Maroc n’a certes pas les moyens financiers ni les ressources énergétiques fossiles dont disposent les pays du Golfe (les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite se sont lancés dans le domaine), mais il dispose d’un atout considérable. En plus de la sécurité et de la stabilité politique, le Royaume possède une longue façade maritime qui en fait l’environnement d’investissement idéal pour l’industrie des data centers. Et qui dit longue façade maritime atlantique dit sécurité – le Royaume ayant justement mené un programme de modernisation et d’équipement en technologies de défense de pointe les forces de la Marine Royale ces dernières années – et signifie la proximité immédiate d’un immense réseau de câbles sous-marins. Ce qui se traduit par des niveaux de latence très bas. Autrement dit: réduction des coûts et augmentation massive de la bande passante, deux éléments cruciaux dans l’univers du Gen AI.
Le Royaume, et c’est un autre avantage comparatif, dispose aussi d’un potentiel énorme en énergies éolienne et solaire, et va bientôt atteindre une capacité de dessalement importante également alimentée par les EnR, lui permettant de fournir une énergie propre qui répond parfaitement aux politiques de transition énergétique des grandes entreprises internationales. Ce qui permet des gains substantiels en la matière. En effet, alors que les centres de données en Europe voient leurs coûts opérationnels exploser, le Royaume protège ses investisseurs grâce à son autonomie énergétique croissante, 52% des EnR dans le mix énergétique d’ici 2030. Une chose est sûre, face à ce climat d’incertitude, le Maroc se présente comme une alternative de «friendshoring», et pas uniquement pour l’industrie des data centers.
