Affaires
Affirmation d’une puissance militaire régionale
Anticipant l’évolution des conflits, le Maroc parie sur les armes du futur : les drones. Une base technologique de l’industrie de défense se met en place au moment où, au niveau régional et en termes de sécurité, le Royaume est appelé à jouer un rôle de premier plan.
Dans son rapport annuel 2025, publié récemment, l’OTAN consacre une place croissante au voisinage méridional, présenté comme «un espace où se croisent instabilité sécuritaire, défis transnationaux et besoins urgents de coopération». Dans la nouvelle vision de l’organisation, le Maroc est présenté non pas comme un simple partenaire parmi d’autres, mais comme «un acteur appelé à jouer un rôle de plus en plus structurant». C’est un signal. La récente annonce américaine de la création au Maroc d’un centre de formation sur les drones ouvert aux armées des pays africains en est un autre. Et que cela coïncide avec le conflit au Moyen-Orient, dans lequel les drones jouent un rôle primordial. Et le Royaume est sur la voie de devenir un acteur régional de premier rang dans ce domaine.
C’est que, dans le secteur de l’industrie de défense, le Maroc est, toutes proportions gardées, en train de dupliquer le modèle américain. L’industrie est développée par des acteurs privés sous le contrôle de l’État. C’est le cas du turc BayKar, mais aussi de l’israélien BlueBird Aero Systems ou encore de l’indien Tata Advanced Systems, entre autres partenaires ayant opté pour le Maroc en tant que plateforme de développement extérieur de leurs activités.
Pour le Royaume, c’est un «momentum» qu’il a su exploiter pour se lancer dans l’industrie de défense. La guerre en Ukraine a déjà mis en avant l’obsolescence de la guerre classique, avec blindés, troupes et couverture aérienne, et le rôle des drones dans les guerres modernes.
Les guerres de demain
Au Moyen-Orient, depuis maintenant plus d’un mois, la nouvelle forme de guerre a évolué encore plus, et les drones, les drones kamikazes, et les systèmes anti-drones (à bas coût, une technologie développée notamment par l’Ukraine) ont montré leur importance aux côtés de l’IA et des technologies de l’information. De l’avis des experts, «la guerre en Iran a agi comme un laboratoire pour les futurs conflits de haute intensité, mettant en lumière l’importance cruciale de la supériorité informationnelle, des drones et des systèmes de défense multicouches».
Le Maroc, avec deux plateformes de production en cours d’installation, est évoqué comme partenaire dans la production de ce type de technologie des drones d’attaque (kamikaze) et d’interception à bas coûts, dans le cadre du «friendshoring». Rappelons à ce propos que, l’année dernière, des accords entre le Conseil Tawazun des Émirats (entité gouvernementale indépendante qui pilote le développement du secteur de la défense et de la sécurité) et des acteurs internationaux ont souligné l’ambition de créer «des pôles de défense agiles et technologiquement compétitifs», dont le Maroc pourrait devenir une composante africaine essentielle. Tout comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis disposent d’une base solide de l’industrie de défense et viennent de conclure un accord avec l’Ukraine pour la production de drones.
Cela dit, le tournant majeur de la stratégie marocaine réside dans la transition d’un modèle basé uniquement sur l’acquisition d’armements vers un modèle de co-développement et de production locale. L’objectif est de faire de l’industrie de défense un champion souverain capable de projeter sa crédibilité technologique au-delà des frontières. Tout en bâtissant sa souveraineté technologique et militaire, en consolidant ses alliances avec les États-Unis, l’Europe, Israël, le CCG et d’autres pays alliés, et en construisant d’autres, principalement en Afrique de l’Est, le Royaume s’impose déjà comme acteur agissant dans le nouvel ordre régional de l’après-guerre en Iran.