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Industrie du gaming : Le Maroc veut jouer dans la cour des grands
Une cité du gaming, un salon international du jeu vidéo, des formations certifiantes, une stratégie dédiée… Le Royaume a posé les jalons pour l’émergence de cette industrie promise à un bel essor, dont les premiers fruits devraient être récoltés dès 2025.
Le marché global de la conception et du développement des jeux vidéo, actuellement dominé par une poignée de pays industrialisés, a atteint 295 milliards de dollars en 2022 et devrait s’élever à 321 milliards de dollars d’ici 2026. Et le Maroc veut sa part du gâteau.
Le Royaume nourrit en effet de grandes ambitions pour cette industrie, et se rêve en acteur majeur de ce secteur. C’est d’ailleurs l’un des projets prioritaires de Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication, qui, dès son arrivée aux manettes de ce département en 2021, a fait part de sa volonté de créer un écosystème du gaming dans le Royaume, en s’inspirant des modèles réussis de l’automobile et de l’aéronautique.
La recette appliquée serait la même : mettre en place des infrastructures et des locaux dédiés ainsi qu’un cadre incitatif approprié pour massifier les investissements, attirer un grand constructeur mondial (comme Sony, Konamy, Ubisoft, etc.) afin de développer autour de lui un tissu de fournisseurs locaux et garantir la disponibilité de ressources humaines bien formées, notamment dans les métiers de l’informatique et du coding.
Conçue et pilotée par le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication, une stratégie dédiée a ainsi vu le jour. Elle vise à positionner le Royaume comme un hub africain du gaming à l’horizon 2030. Il faut dire que l’enjeu en vaut la chandelle.
En effet, d’après une étude de Statista, l’industrie du gaming au Maroc, qui se développe pour l’instant essentiellement autour de la pratique du e-sport avec l’existence d’une importante communauté de gamers, devrait atteindre un chiffre d’affaires d’environ 2,28 milliards de dirhams d’ici fin 2024, pour avoisiner les 3 milliards de dirhams en 2027, avec un taux de croissance annuel moyen prévu de 9,39% sur la période 2024-2027.
En mettant en place les bases pour développer une industrie du gaming proprement dite, la richesse créée pourrait être décuplée, sans parler des incidences positives sur l’emploi. La stratégie du ministère prévoit ainsi d’atteindre un chiffre d’affaires de 5 milliards de dirhams d’ici 2030, avec à la clé la création de plus de 5.000 emplois d’ici 2030.
360 MDH pour la «cité du gaming»
L’un des piliers de cette stratégie réside dans la création d’une «cité du gaming» à Rabat, une zone spécialisée qui abritera un cluster d’entreprises et de start-up opérant dans le gaming, aussi bien nationales qu’internationales. Étalée sur 5 hectares au quartier Yacoub El Mansour de la capitale, la future cité a pour vocation de devenir l’un des principaux pôles du secteur des jeux vidéo en Afrique et dans la région MENA.
Le Projet de Loi de finances 2025 a alloué un budget de 360 millions de dirhams pour la réalisation de la première phase de ce projet qui devrait voir le jour au cours du deuxième semestre de 2025.
Pour préparer le terrain et nouer des contacts avec les principaux acteurs de ce secteur, un premier salon du gaming, le «Morocco Gaming Expo», a été organisé à Rabat en mai dernier. Cette manifestation d’envergure, qui a pour vocation de devenir un évènement annuel incontournable de cette industrie au niveau international, a enregistré la participation notable de développeurs et experts internationaux et de figures emblématiques de l’industrie du jeu.
L’occasion pour le Maroc de promouvoir son offre en la matière et de séduire les potentiels investisseurs qui seraient intéressés par une délocalisation d’une partie de leur production. Il s’agit aussi d’établir des partenariats entre les start-up marocaines et les entreprises étrangères matures.
Selon le ministère, les échanges avec plusieurs acteurs majeurs de la conception de jeux électroniques ont été fructueux, et une première installation au Maroc d’un leader mondial de la conception de jeux vidéo est dans les tuyaux.
Dans la même optique, le département de la Culture, avec les professionnels des industries culturelles et créatives, multiplie sa présence au sein des grands salons internationaux du gaming, pour promouvoir la destination Maroc, avec l’appui de l’Agence marocaine de promotion des investissements et des exportations (Amdie).
L’effort de promotion passe aussi par la collaboration avec des entreprises comme Proxy Planet, une société sud-coréenne spécialisée dans les stratégies d’entrée sur le marché pour les industries du jeu et de l’e-sport. L’objectif de cette collaboration est de mettre à profit le réseau de Proxy Planet afin d’aider le gouvernement à marqueter la stratégie marocaine auprès des grandes entreprises étrangères.
La formation, nerf de la guerre
Il va sans dire que la disponibilité d’un pool de «talents» marocains spécialisés dans les métiers du gaming est une condition nécessaire à l’essor d’une telle industrie. L’appétence des jeunes Marocains pour le coding et plus généralement pour l’informatique est bien connue.
Il reste à structurer les programmes de formation pour répondre de manière précise aux besoins des multinationales. C’est dans cette optique que le département de Mehdi Bensaid a lancé, début novembre, un programme de formation aux métiers du développement de jeux vidéo, dénommé «Video Game Creator».
Mis en œuvre en collaboration avec l’ambassade de France et ISART Digital, l’une des écoles les plus renommées dans la formation aux métiers du jeu vidéo, cette formation certifiante de 1 an en matière de game design, de programmation, de création artistique et de gestion de projets, se fera sur le campus de l’Université internationale de Rabat, partenaire du programme.
De quoi doter la nouvelle génération de professionnels marocains des compétences techniques et créatives nécessaires pour s’imposer dans ce secteur innovant.
En octobre, le ministère a conclu une convention avec le géant chinois Huawei pour la formation et l’incubation de talents. Il prévoit également un volet financier destiné à attirer de grandes structures de l’industrie du gaming au Maroc.
Il collabore, par ailleurs, étroitement avec le ministère de l’Enseignement supérieur pour mettre en place des formations spécialisées dans de différentes universités à partir de la rentrée de septembre 2025, avec la volonté de faire du gaming et de ses nombreux métiers (tester, game designer, level designer, UX designer, sound designer, concept artist, animator, 2D/3D artist, etc.), une filière d’avenir pour des milliers de Marocains.
