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Nassereddin Alanssari : «Le principal défi du recyclage demeure le tri à la source»
Maturité du recyclage plastique, défis techniques, cadre réglementaire et enjeux de R&D… Le directeur général du Centre technique de plasturgie et de caoutchouc (CTPC) décrypte les principaux leviers et freins à la structuration de la filière au Maroc.
Expert en plasturgie, qualité et recyclage des matériaux plastiques, Nassereddin Alanssari est titulaire d’un diplôme d’ingénieur d’État de l’École nationale de l’industrie minérale, d’un Master de l’ISCAE, d’un Executive MBA et d’un Mini-MBA de McGill University.
Il cumule plus de 20 ans d’expérience dans le développement industriel, les essais et la normalisation dans le secteur de la plasturgie. Auditeur, formateur dans le programme «Switch to Circular Economy», il contribue activement aux projets liés à la plasturgie durable, au recyclage et au renforcement des compétences du secteur au Maroc.
Quel rôle joue aujourd’hui le CTPC ?
Le centre intervient comme laboratoire technique, organisme de certification et centre de formation. Il accompagne les industriels dans l’intégration des matières recyclées à travers des analyses, des essais de conformité et des programmes de certification. Il mène également des actions de sensibilisation et de formation autour de l’économie circulaire.
Comment évaluez-vous le niveau de maturité technologique du recyclage plastique au Maroc ?
Le recyclage mécanique est aujourd’hui relativement mature au Maroc, mais la filière reste confrontée à plusieurs blocages structurels. Le principal défi demeure le tri à la source, qui génère des déchets hétérogènes compliquant le travail des industriels. Quant au recyclage chimique, capable de traiter les plastiques multicouches ou fortement souillés, il reste encore à un stade embryonnaire.
Quels sont les principaux défis techniques liés à la valorisation des déchets plastiques ?
L’absence de collecte sélective reste le principal obstacle. Les flux post-consommation sont très hétérogènes, ce qui rend le tri industriel complexe et coûteux.
À cela s’ajoutent les souillures organiques et les impuretés chimiques qui altèrent les propriétés mécaniques des polymères.
Les emballages multicouches posent également problème, car ils sont très difficiles à recycler mécaniquement. Enfin, la loi 28-00 interdit l’usage de matière recyclée pour le contact alimentaire, limitant fortement les débouchés.
Existe-t-il des standards marocains garantissant la qualité des plastiques recyclés?
Oui. Le Maroc a homologué plus de 100 normes internationales dédiées au recyclage. Le CTPC, en partenariat avec Imanor et plusieurs acteurs privés, a également développé des référentiels nationaux portant sur la classification, la collecte et le tri des déchets plastiques. Le centre propose aussi une certification de traçabilité conforme à la norme européenne EN 15343.
Le recyclage devient-il structurellement compétitif ?
Longtemps, la compétitivité du recyclage dépendait fortement des prix du pétrole. Aujourd’hui, la dynamique devient plus structurelle sous l’effet des exigences environnementales et des politiques RSE, notamment dans l’automobile et les secteurs tournés vers l’export européen.
L’intégration de matière recyclée devient progressivement une obligation stratégique.
Accompagnez-vous les industriels dans l’éco-conception ?
Oui. Le CTPC forme les industriels afin de rendre les produits plus facilement recyclables, notamment via le développement de solutions monomatériaux à la place des structures multicouches. Des formations sont également proposées sur l’analyse du cycle de vie et les normes de traçabilité.
Avez-vous constaté une montée en puissance du contrôle des matières recyclées?
À l’heure actuelle, la part du chiffre d’affaires liée spécifiquement aux tests de contrôle qualité sur les matières recyclées (avant transformation) reste encore modeste, ne dépassant pas 20% de l’activité globale de caractérisation des matériaux.
Le contrôle des résines vierges importées demeure majoritaire, porté par des flux d’importation massifs et des exigences de conformité immédiates. Cependant, une inversion de tendance est bel et bien amorcée, avec la future mise en œuvre de la responsabilité élargie du producteur (REP) et les évolutions attendues de la loi 28-00.
Comment sont financés vos projets de R&D?
Le financement repose sur un modèle hybride combinant programmes publics, partenariats institutionnels et collaborations internationales. Le CTPC participe notamment à des projets soutenus par le FACET, le FSI, l’IRESEN ainsi que par des programmes internationaux comme H2020 ou PRIMA.
Que manque-t-il pour faire passer le recyclage à l’échelle industrielle?
Le principal levier reste la généralisation du tri à la source afin d’obtenir des gisements homogènes et de réduire les coûts de décontamination.
Il faut aussi renforcer les incitations financières, soutenir les investissements dans les technologies de tri et accélérer l’évolution réglementaire. À terme, le recyclage peut contribuer à réduire la dépendance du Maroc aux importations de matières plastiques, à condition de structurer durablement la filière.
