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Ahmed Znibar : «Construire un écosystème intégré, de la recherche au recyclage»

Avec un taux d’intégration locale compris entre 60 et 70%, OCP Green Water ambitionne désormais de structurer une véritable filière industrielle marocaine du dessalement, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur. Son managing director en détaille les contours.

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Senior en management industriel, Ahmed Znibar, à la tête d’OCP Green Water depuis novembre 2022, cumule plus de 30 ans d’expérience au sein du groupe OCP. Il a piloté des opérations minières et des projets structurants en ingénierie, mines, chimie, infrastructures et modernisation, intégrant des technologies avancées.

Il a aussi mené des initiatives en dessalement et réutilisation des eaux, et porte aujourd’hui l’ambition du groupe en matière de gestion durable de l’eau, avec des solutions concrètes pour la résilience hydrique.

Vous affichez un taux d’intégration locale de 60 à 70%. Que recouvre-t-il concrètement ?
OCP Green Water déploie une stratégie visant à structurer un écosystème industriel intégré autour des technologies du dessalement. Notre approche repose sur l’identification et la valorisation d’opportunités stratégiques, ainsi que sur la mise en place de partenariats structurants visant à stimuler l’innovation, optimiser les opérations et renforcer la durabilité, tout en contribuant au développement économique local.

Aujourd’hui, entre 60 et 70% des projets sont réalisés localement, de la phase de design à celle de construction, grâce à la mobilisation d’un tissu d’entreprises marocaines. Cette approche repose sur des partenariats structurants favorisant l’innovation, la performance opérationnelle et la durabilité. Certains équipements à forte intensité technologique restent toutefois importés, faute de capacités de production locale.

Lesquels ?
Il s’agit notamment des membranes d’osmose inverse, des pompes haute pression ainsi que de certains équipements spécialisés liés aux trains de filtration. Ces équipements concentrent une forte valeur technologique et sont aujourd’hui produits par un nombre limité d’acteurs à l’échelle internationale.

Justement, avez-vous identifié des opportunités de fabrication locale de ces composants ?
Plusieurs segments présentent un potentiel de développement au Maroc, en amont comme en aval de la chaîne de valeur, couvrant les équipements, les consommables et les produits chimiques utilisés dans les procédés de dessalement.

Cela concerne surtout la fabrication de pressure vessels, de skids, de filtres à cartouche, de produits chimiques comme les antiscalants, ainsi que de certains éléments de piping et d’assemblage. Ces briques technologiques constituent des leviers importants pour structurer progressivement une base industrielle nationale, avec à terme une extension vers l’ingénierie, l’exploitation et la maintenance.

Les membranes restent aujourd’hui le cœur technologique du dessalement. Existe-t-il un potentiel réel pour développer à terme une production au Maroc ?
En collaboration avec l’UM6P, nous avons lancé un programme de recherche structuré autour des technologies membranaires et de l’optimisation des procédés. Les travaux portent sur l’amélioration des performances, la réduction de la consommation énergétique, la limitation de l’encrassement et le développement de solutions de valorisation et de recyclage en fin de vie, dans une logique d’économie circulaire.

Plusieurs projets explorent également le développement de solutions de filtration à base de membranes céramiques, les procédés hybrides de prétraitement ou encore l’apport des nanomatériaux. Parallèlement, nous développons des partenariats avec des industriels internationaux, des centres de recherche et des entreprises nationales, afin de favoriser le transfert de technologies et, à terme, une production locale partielle.

L’ambition est de construire un écosystème complet, couvrant la recherche, les matériaux, l’ingénierie, l’assemblage, la maintenance et le recyclage, permettant de renforcer la souveraineté technologique du Maroc dans le domaine des ressources hydriques non conventionnelles.

Quel est leur poids dans les coûts ?
Les membranes représentent généralement entre 15 et 25% du coût des équipements, et peuvent atteindre jusqu’à 30% des coûts d’exploitation en raison de leur renouvellement et des opérations de maintenance.

Leur caractère stratégique en fait un levier majeur pour renforcer l’intégration industrielle locale, réduire les coûts logistiques et sécuriser les approvisionnements.

Outre l’UM6P, OCP collabore aussi avec InnovX dans la R&D. Dans quelles niches précisément ?
Dans le domaine du dessalement, la performance des installations repose en grande partie sur le prétraitement de l’eau de mer, étape déterminante pour garantir l’efficacité, la fiabilité et la durabilité des systèmes d’osmose inverse, en particulier dans des environnements côtiers caractérisés par une forte variabilité de la qualité de l’eau.

Dans ce cadre, nous mobilisons les capacités de recherche de l’UM6P, ainsi que ses plateformes internationales à Paris et au Canada, et nous nous appuyons sur InnovX dans une logique de codéveloppement industriel. Les travaux portent notamment sur des solutions technologiques et industrielles adaptées au contexte marocain.

Nous collaborons également avec des start-up afin de tester des solutions innovantes dans des conditions opérationnelles réelles, particulièrement dans l’optimisation énergétique, les nouveaux matériaux membranaires, la digitalisation des procédés et la valorisation des sous-produits.

Les programmes de dessalement en cours peuvent-ils structurer une filière industrielle ?
Le déploiement à grande échelle de ces projets constitue un levier structurant pour l’émergence d’une filière industrielle locale. Cela génère une demande stable et soutenue, condition essentielle pour déclencher les investissements industriels et favoriser l’implantation de capacités de production.

Ces projets exercent un effet d’entraînement sur l’ensemble de la chaîne de valeur, en facilitant la structuration de partenariats industriels, le développement de compétences locales, ainsi que la montée en puissance des capacités d’ingénierie et d’exploitation.

Ils contribuent également à créer un environnement propice à l’innovation et à l’intégration progressive du contenu local. Au-delà de la production d’eau, le dessalement devient ainsi un vecteur de transformation industrielle, de souveraineté technologique et de résilience économique.

Observez-vous un intérêt des groupes internationaux pour une implantation au Maroc ?
Nous constatons un intérêt croissant d’acteurs internationaux, qu’il s’agisse de production, d’assemblage ou de fourniture de technologies. Le Maroc est perçu comme un marché à fort potentiel, porté par des projets structurants dans le dessalement, la réutilisation des eaux usées et les infrastructures hydrauliques.

Ces projets se distinguent par le recours à des technologies de pointe et des délais de réalisation particulièrement compétitifs.