Affaires
Modernisation portuaire : L’ANP met les voiles
Gestion des chantiers navals, gouvernance maritime, développement du trafic vert… Autant de chantiers stratégiques lancés par l’Agence pour améliorer la gestion et renforcer la compétitivité des ports à l’horizon 2030. Round-up.
Le Maroc accélère la cadence dans le renforcement de ses infrastructures maritimes. Début octobre, l’Agence nationale des ports (ANP) a relancé la procédure relative à l’élaboration de sa nouvelle stratégie dédiée aux chantiers navals, à la croisière, à la plaisance et au transport de passagers.
Budgétisée à 6 millions de dirhams (MDH), l’étude, prévue sur une durée de sept mois, devra dresser une évaluation exhaustive des services portuaires dédiés à la croisière, à la plaisance, aux passagers et aux chantiers navals. Un diagnostic qui permettra à l’Agence d’identifier, avec précision, les forces et faiblesses de chaque segment et de proposer des axes d’amélioration.
Mais au-delà d’un simple état des lieux, ce travail devra aboutir à la formulation d’un plan d’action structuré, décliné à court, moyen et long terme pour chaque segment. En clair, le futur adjudicataire devra effectuer le diagnostic, l’évaluation des services portuaires, le benchmarking international et l’analyse des tendances de marché. Et enfin, formuler des recommandations stratégiques et établir un plan d’action.
La relance de ce marché stratégique est l’une des dernières initiatives de l’entité publique dirigée par Mustapha Farès, qui enchaîne, depuis le début de l’année, les projets majeurs. Objectif : moderniser et améliorer la gouvernance du secteur portuaire, dans le cadre de sa stratégie à l’horizon 2030.
D’ailleurs, l’intégration d’un volet dédié à la gestion des chantiers navals dans ladite consultation est loin d’être anodine. Elle s’inscrit dans un processus enclenché depuis plusieurs années et qui a pris un nouveau tournant au cours des derniers mois.
Refonte du système de pilotage de la performance
Pour preuve : le 7 avril 2025, l’ANP avait remis en jeu le marché de la concession du futur chantier naval de Casablanca, considéré comme le «futur plus grand chantier naval d’Afrique». Un appel à concurrence a été lancé pour recruter une entreprise en charge de l’aménagement, l’équipement, le financement, l’exploitation, l’entretien et la maintenance du nouveau chantier naval.
Pour assurer une gestion efficace de ses infrastructures, faudrait-il encore disposer d’outils de gouvernance performants et adaptés aux standards internationaux. L’institution portuaire en est bien consciente. D’où son projet de refonte de son système de pilotage de la performance, dans le cadre de sa transformation stratégique en société anonyme.
Cette refonte sera chapeautée par la Direction de pilotage de la performance, mise sur pied en 2024, avec une approche axée sur des indicateurs de performance bien définis : la transparence, l’agilité, l’efficacité opérationnelle et le développement durable.
Afin de rendre ce système plus agile et réactif, l’Agence compte introduire des ajustements pour s’adapter notamment aux évolutions rapides du marché, aux enjeux de durabilité et aux exigences de plus en plus complexes des différentes parties prenantes.
L’une des innovations majeures, c’est l’intégration d’une solution digitale autour du concept Enterprise performance management (EPM). L’objectif étant de suivre en temps réel les indicateurs susmentionnés, de consolider le système automatisé des données et d’avoir une meilleure capacité d’analyse prospective.
Évaluation des concessions portuaires
L’évaluation des concessions portuaires occupe également une place de choix dans la vision prospective de l’entité nationale. En atteste la consultation lancée en juin dernier pour s’adjoindre les services d’un cabinet qui vérifiera le respect des termes contractuels des six concessions en cours de validité au port de Casablanca.
Estimée à deux millions de dirhams (MDH), cette mission d’audit, qui portera sur les cinq derniers exercices, vise aussi à évaluer l’efficacité des mécanismes de gestion et de pilotage des relations avec les concessionnaires concernés et à apprécier l’efficacité des outils de suivi et de contrôle mis en place.
Les trafics durables figurent aussi dans la ligne de mire de l’Agence nationale des ports. Une niche très prometteuse qui attire les grands ports mondiaux.
Capter les flux liés à la transition énergétique
Pour capter ces flux émergents, elle prévoit d’étendre la superficie du port de Jorf Lasfar afin d’y ériger un bassin vert. L’étude y afférente, qui vise à répondre aux besoins techniques, logistiques et environnementaux du futur bassin vert, a été récemment confiée à Tanger Med Engineering (TME).
Au cours des douze prochains mois, la structure détenue à 51% par Tanger Med Special Agency (TMSA) et à 49% par le bureau d’ingénierie Novec, filiale de la CDG, planchera sur l’intégration des «produits verts» aux activités portuaires.
Et ce, en identifiant les filières à fort potentiel (biomasse, ammoniac et hydrogène vert, engrais à faible empreinte carbone) et en analysant les flux logistiques, les exigences en infrastructures, les contraintes réglementaires, ainsi que les perspectives de croissance.
Le choix du port d’El-Jadida ne relève pas du hasard. La plateforme portuaire, un des piliers industriels du Royaume, est implantée dans une zone qui connaît ces dernières années un afflux massif d’investissements verts. On peut notamment citer l’usine de composants de batteries pour véhicules électriques Cobco, fruit de la joint-venture entre Al Mada et le chinois CNGR, qui a démarré ses activités en juin dernier.
L’unité de plus de 2 milliards de dirhams (MMDH) du géant chinois Tinci Materials, qui produira des électrolytes pour batteries, ainsi que l’usine de production de graphite de Fluoralpha, filiale du groupe InnovX (OCP), dans le cadre d’une coentreprise avec le canadien Falcon Energy Materials sont également dans le pipe.
Des flux verts, principalement destinés aux marchés européen et américain, qui pourront ainsi transiter via le port de Jorf Lasfar (voire d’autres ports marocains comme Tanger Med ou Casablanca), au même titre que les futures productions d’hydrogène vert et de ses dérivés dans le cadre de l’Offre Maroc. Ce qui, à coup sûr, renforcera sa compétitivité et en fera l’une des routes maritimes mondiales privilégiées de la transition énergétique.
5 MMDH pour renforcer les infrastructures maritimes
À travers ses nombreux projets stratégiques, l’Agence nationale des ports ambitionne de faire du Maroc un hub stratégique dans le trafic maritime international. Cette volonté royale a été une nouvelle fois confirmée par l’inauguration, en septembre dernier, par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, de plusieurs projets structurants au port de Casablanca.
Ces nouvelles infrastructures, d’un investissement global de 5 milliards de dirhams (MMDH), portent sur l’aménagement d’un port de pêche, la construction d’un nouveau chantier naval, le développement d’un terminal de croisières et l’édification d’un complexe administratif regroupant l’ensemble des intervenants de la plateforme portuaire.